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Pierre Riopel et sa consécration à l’éducation francophone

Temps de lecture : 6 minutes

[LA RENCONTRE D’ONFR+]

SUDBURY – Une trentaine d’années, c’est le temps qu’a passé Pierre Riopel à œuvrer dans le milieu de l’éducation francophone en Ontario. Sa longue carrière a été récompensée récemment par le Prix de la francophonie 2021 remis par l’Association canadienne-française de l’Ontario (ACFO) du Grand Sudbury. À la retraite depuis 2016, il a été président du Collège Boréal et du Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario (CSPGNO). Ce dernier ne chôme toutefois pas ces derniers mois alors qu’il est l’un des architectes de la transformation de l’Université de Sudbury en institution entièrement francophone en tant que président du Bureau des gouverneurs.

« Vous avez reçu le Prix de la francophonie l’ACFO du Grand Sudbury il y a quelques semaines. Comment avez-vous vécu cet honneur ?

Avec beaucoup d’humilité. C’est une superbe belle reconnaissance que j’apprécie énormément et que j’accepte en mon nom, mais aussi pour les organismes dans lesquels je travaille. On fait avancer de beaux dossiers notamment l’Université de Sudbury et puis je pense que c’est un peu de reconnaître ça et l’implication dans la communauté.

Vous avez occupé de nombreux postes dans le milieu de l’éducation. D’où vous vient ce désir du monde scolaire ?

Mon père était enseignant et il a été administrateur d’école pendant une vingtaine d’années. Donc je suis tombé dedans quand j’étais petit. Il n’y a pas juste mon père, il y avait aussi mon grand-père et ma grand-mère. L’engagement du côté de l’éducation a toujours été présent dans ma famille. Quand j’ai fait le choix de devenir enseignant, c’était peut-être un petit peu naturel. La pensée qui m’a toujours guidé est la fameuse citation de Nelson Mandela qui disait que l’éducation était l’arme la plus puissante pour pouvoir changer le monde. En milieu minoritaire, ça passe par les classes.

L’école a fait partie de votre famille jusque dans le salon de votre grand-père. Racontez-nous cette histoire.

Oui. On attendait la construction de l’école et entre-temps pour les jeunes de la petite communauté de Guilleteville, l’année scolaire avait commencé et il n’y avait pas de place pour faire les classes. Donc mes grands-parents ont emménagé l’école dans leur salon et les jeunes avaient des chaises et des pupitres et l’enseignante faisait ses leçons dans la maison chez mes grands-parents. Ça n’a pas duré toute l’année, mais n’empêche que dans toutes les petites communautés franco-ontariennes, il y ait eu des gens qui ont fait des choses comme ça et ça a été passé sous silence.

Pierre Riopel reçoit le Prix de la francophonie de l’ACFO du Grand Sudbury en compagnie de la présidente Lyse Lamothe. Gracieuseté ACFO du Grand Sudbury

Pourquoi croyez-vous fermement en un système d’éducation par et pour les francophones ?

On ne se le cachera pas, à chaque fois qu’on a eu cette opportunité de gérer nos propres établissements soit « par, pour et avec les francophones », on a eu du succès. On a juste à regarder le Collège Boréal (…). Aujourd’hui, on a le par, pour et avec les francophones dans le système scolaire élémentaire et secondaire, au collégial avec nos deux collèges et là c’est le temps à Sudbury de compléter ce continuum comme l’Université de l’Ontario français à Toronto et l’Université de Hearst. On a démontré qu’on est capable de gérer nos propres établissements ainsi.

Vous le dites vous-même, vous êtes passionné par l’éducation francophone. Êtes-vous fière, pour quelqu’un qui a travaillé toute sa vie dans le monde de l’éducation francophone, de voir l’allure des choses aujourd’hui en Ontario ?

C’est vraiment une victoire qu’on ait fait de l’aussi beau travail depuis près de 25 ans. Il y a encore des défis et il y en aura toujours. Il y en a sur lesquels on peut agir, par exemple, au niveau des conseils scolaires. Quand on sait qu’au sein du CSPGNO les deux écoles les plus éloignées sont à 10 heures de route, c’est énorme, mais c’est un défi auquel on peut répondre avec la technologie. Les conseils scolaires de langue française ont relevé les défis auxquels il faisaient face. Quand je regarde les résultats aujourd’hui, le constat que je fais est que ça va bien.

Comment peut-on transmettre cette passion de la francophonie à travers l’éducation, selon vous ?

Il y a deux éléments. Tout d’abord, je pense qu’en étant un modèle accessible pour les élèves en leur démontrant que c’est tout à fait naturel que les choses soient comme elles le sont. Un modèle accessible est très important et nos enseignants et nos gens qui travaillent dans les conseils scolaires sont des modèles pour nos élèves. Le deuxième élément, c’est que c’est correct d’être ce qu’ils sont et d’être fidèles à eux-mêmes, mais aussi d’être fier de l’héritage de leurs parents et grands-parents. Les élèves ont une magnifique occasion ici d’apprendre deux langues et de contribuer à la communauté tout en étant qui ils sont. Nous, les francophones, on prend notre place et on ne l’enlève à personne. C’est un message que les jeunes ont besoin d’entendre dans les communautés francophones.

Vous êtes aujourd’hui président du Bureau des gouverneurs de l’Université de Sudbury, après votre retraite vous auriez pu facilement vous retirer et arrêter de vous impliquer. Pourquoi ce désir de continuer ?

Pour me garder occupé et contribuer à rendre ma communauté meilleure. Ça fait cinq ans que je suis à la retraite et je pense que j’ai encore les connaissances et les compétences. La flamme est toujours là et on est vraiment à un carrefour très intéressant et historique au niveau universitaire. À un moment donné, oui, je vais prendre ma retraite définitive en voyageant un peu plus, mais pour l’instant, je demeure engagé dans ma communauté et c’est aussi pour encourager d’autres personnes à être engagées. Je vais passer à d’autres choses et j’espère qu’il va y avoir des gens qui vont suivre cette voie-là.

Le francophone Pierre Riopel. Gracieuseté

Croyez-vous que la saga à l’Université Laurentienne pourrait être un mal pour un bien pour la communauté francophone ?

Je l’ai toujours interprété comme ça depuis le mois de février. Je me suis toujours dit que de cette situation difficile, il y a de bonnes choses qui vont sortir. Ce qui est en train de ressortir de ça, c’est une Université de Sudbury autonome, francophone et laïque. On est sur la bonne voie.

Vous avez été l’un des architectes de la transformation de l’Université de Sudbury. Comment est née cette idée ?

On a été en conversation avec plusieurs partenaires communautaires comme l’AFO. Ça avait du sens et il y avait un certain consensus. Le conseil d’administration a dit que c’était une situation plausible dans notre situation. Une fois qu’on a eu la confirmation que la fédération était terminée, c’est à ce moment-là qu’on a vraiment pu avancer. La décision de la juge Gilmore a été très très claire. Elle a dit que c’était un noble projet de devenir entièrement francophone. Quand un juge dit ça, ça me dit qu’on est sur la bonne voie.

On dit que les prochains mois ou la prochaine année pourraient être un tournant pour l’éducation dans le Moyen-Nord. Quel est votre souhait pour Sudbury et les francophones du Nord ?

Je souhaite un continuum complet, c’est-à-dire toute forme de formation et d’éducation. À partir de la petite enfance, on parle de garderies, on parle d’unités scolaires, du primaire, du secondaire à l’enseignement supérieur comme le collégial et la formation professionnelle et le dernier élément est d’avoir notre université. Pourquoi ? Pour qu’on puisse s’épanouir et vivre dans notre province chez nous en français et d’être fidèle à nous-mêmes. Je veux avoir une université dirigée par et pour et avec les francophones dans ma communauté. On est en voie de le réaliser.

Êtes-vous optimiste ?

Tout à fait. Je n’y serais pas autrement. Je veux que quand les familles ont un choix à savoir s’il envoie leur enfant à l’école de langue française ou langue anglaise, je veuille que les gens aient des choix et des bons choix en français pour que les gens continuent à faire confiance aux établissements de langue française parce que c’est de cette façon-là qu’on est fidèle à nous-mêmes. »


LES DATES-CLÉS DE PIERRE RIOPEL :

1964 : Naissance à Brampton

2001 : Devient directeur d’école au Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario

2010 : Devient président du Conseil scolaire public du Grand Nord de l’Ontario

2013 : Devient président du Collège Boréal

2017 : Devient président du Conseil des régents de l’Université de Sudbury

2021 : Remporte le prix de l’ACFO du Grand Sudbury

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