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Plus de 800 000 $ pour l’Est ontarien: mieux que rien

[ANALYSE]

HAWKESBURY – Mélanie Joly s’est parée de ses plus beaux atours dans l’Est ontarien, la semaine dernière. En déplacement à Hawkesbury, la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, y a annoncé un plan sur trois ans à la hauteur de 864 000 $ pour les francophones.

SÉBASTIEN PIERROZ
spierroz@tfo.org | @sebpierroz

En gros, la Maison des Arts d’Embrun, le Centre culturel Les trois p’tits points à Alexandria, l’Union des cultivateurs franco-ontariens, les deux ACFO locales pour ne citer qu’eux, verront leur financement opérationnel augmenter de 20 %.

Que valent vraiment les annonces de Mme Joly? Il s’agit en fait de «réchauffé». Les sommes dévoilées sont celles des 2,7 milliards de dollars sur cinq ans du Plan d’action pour les langues officielles.

La dernière mouture valable avait été présentée en grande pompe par Mme Joly et le premier ministre, Justin Trudeau, en personne, à la fin mars.

Pas de quoi pour autant sauter au plafond. D’autant que l’augmentation de 20 % peine à colmater les difficultés des organismes sur le terrain. Prenons l’exemple de l’Association canadienne-française de l’Ontario de Stormont, Dundas et Glengarry (ACFO-SDG) dont le financement annuel fédéral s’élèvera de 26 000 $… à 31 600 $.

Évidemment, l’argent permettrait à l’ACFO d’avoir un peu d’oxygène, peut-être plus de visibilité. Mais ce financement, lequel sera identique sur trois années, va de nouveau se heurter rapidement à l’enjeu de l’inflation.

 

Difficultés permanentes des organismes

C’est bien là où le bât blesse: les organismes souffraient depuis une décennie du statu quo de l’enveloppe gouvernementale. Les libéraux de Justin Trudeau avaient fait du «rattrapage» en augmentant l’argent du Plan d’action pour les langues officielles. Une largesse que n’avait certes pas accordé les conservateurs lors de l’avant-dernière révision de ce même plan en 2013. Mais les 499 millions de dollars consentis supplémentaires ne semblent pas encore suffisants.

Quoi qu’affirment les esprits chagrins sur les médias sociaux, tous les organismes ne sont pas assujettis aux subventions gouvernementales. Loin de là. Pour certains, il n’y a même rien, si ce n’est les heures de travail et la passion inestimables des bénévoles.

 

Électoralisme des libéraux fédéraux

Difficile aussi de ne pas voir une manœuvre électoraliste dans la visite de Mélanie Joly. Les élections fédérales ne sont après tout que dans neuf fois, et Glengarry-Prescott-Russell bien que «rouge» au fédéral n’est jamais insensible aux conservateurs. La preuve avec Pierre Lemieux, député de la circonscription de 2006 et 2015, et désireux de récupérer son ancien siège à l’automne.

N’oublions pas que lors des dernières élections provinciales, Amanda Simard, alors sous la bannière progressiste-conservatrice, avait mis fin à 37 ans de règne des libéraux provinciaux dans Glengarry-Prescott-Russell.

Désormais égérie du mouvement de la Résistance, Amanda Simard est maintenant sur tous les fronts. En s’affichant sous l’œil des photographes mercredi de la semaine dernière avec celle qui a claqué la porte au parti de Doug Ford, Mélanie Joly a voulu envoyer un message.

Derrière la mise en scène, il s’agissait de montrer que les conservateurs n’avaient plus leur place pour défendre cette circonscription composée d’environ 60 % de francophones.

Malgré cet opportunisme politique, et la portée limitée de la somme, on pourrait tout de même dire que l’annonce de Mélanie Joly est mieux que rien. Dans le contexte de la crise linguistique, ces financements fédéraux ont même quelque chose de presque rassurants.

 

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 28 janvier.

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