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Le gouvernement Trudeau prévoit un déficit « record » de 343,2 milliards

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Les mesures pour lutter contre les conséquences économiques de la COVID-19 ont considérablement creusé le déficit du Canada. Mais dans son portrait économique et budgétaire, dévoilé ce mercredi, le gouvernement Trudeau défend sa stratégie.

« Nous avons fait ce que nous avions besoin de faire pour reprendre le contrôle et relancer l’économie tranquillement », avait lancé, un peu plus tôt aujourd’hui, le premier ministre.

Justin Trudeau donnait ainsi le ton au dévoilement très attendu du portrait économique et budgétaire de son gouvernement.

Dans cet exercice visant à donner « une idée de notre économie telle qu’elle est à l’heure actuelle », selon les termes du ministre des Finances, Bill Morneau, on apprend que le déficit projeté sera de 343,2 milliards de dollars en 2020-2021.

Subvention salariale d’urgence, prestation canadienne d’urgence, aides pour les étudiants, les entreprises, investissements en santé… Ces derniers mois, le gouvernement a déployé plus de 230 milliards de dollars en soutien direct et jusqu’à 85 milliards de dollars en report de versements de taxe, d’impôt et de droits de douane. Des dépenses qui représentent près de 14 % du produit intérieur brut du Canada.

« Ça fait depuis trois mois que l’on met beaucoup d’énergie et d’investissement pour soutenir les familles et les entreprises. On pensait qu’il était temps de partager certaines informations même si nous ne les avons pas encore toutes », explique la ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances, Mona Fortier, en entrevue avec ONFR+.

La ministre de la Prospérité de la classe moyenne et ministre associée des Finances, Mona Fortier. Archives ONFR+

Pour mesurer l’ampleur de l’impact de la COVID-19, on peut rappeler que le déficit budgétaire de 2019-2020 était de 34,4 milliards de dollars, selon le gouvernement.

La situation pourrait encore s’aggraver, analyse la politologue à l’Université d’Ottawa, Geneviève Tellier.

« Le gouvernement était réticent à faire cette mise à jour, mais étant minoritaire, il a été un peu contraint par l’opposition. Cela dit, ce portrait n’est qu’une photo instantanée qui ne nous dit pas grand-chose, car nous sommes encore dans la crise. Le déficit pourrait se creuser davantage », dit-elle, estimant que la mise à jour économique promise pour cet automne sera plus utile.

Les libéraux défendent leur stratégie

Le gouvernement libéral défend son approche, assurant que sans les mesures mises en place depuis mars, le chômage et l’économie canadienne auraient été encore plus affectés par la COVID-19.

« Si nous n’avions pas agi de la sorte, la situation serait bien pire. Nous avons enlevé la pression sur les Canadiens en les aidant à payer leurs factures. Cela a permis d’être en meilleure position pour aplatir la courbe », soutient Mme Fortier.

« Notre gouvernement savait que le coût aurait été bien plus lourd si nous n’avions rien fait » – Bill Morneau, ministre des Finances

Au Canada, 5,5 millions de Canadiens – soit 30 % de la population active – ont perdu leur emploi ou vu leurs heures de travail considérablement réduites en mars et avril. En mai, le taux de chômage a atteint 13,7 %, son plus haut niveau en plus de 40 ans.

Comment résorber le déficit ?

Sans jamais évoquer un éventuel retour à l’équilibre, la ministre des Finances précise que le gouvernement s’en remettra à des emprunts à plus long terme en raison des faibles taux d’intérêt, afin de limiter les effets négatifs du déficit.

« Nous restons dans une bonne position financière pour continuer à soutenir les Canadiens », insiste la ministre Fortier.

À plus long terme, faut-il prévoir une baisse des services ou une hausse d’impôts ?

« Pas nécessairement », répond Mme Tellier. « Le gouvernement pourrait avoir une stratégie de remboursement de la dette étalée sur 10 ou 15 ans, comme ça s’est fait par le passé après les guerres mondiales. »

Elle se dit toutefois étonnée que le gouvernement n’ait pas profité de son portrait économique pour étudier certaines augmentations d’impôts ciblées, notamment pour les géants du Web, par exemple.

Pas de plan de relance

Reste que les prévisions du gouvernement demeurent encore incertaines. L’économie rouvre progressivement, mais la COVID-19 n’a pas dit son dernier mot, après avoir fait 106 167 malades et 8 711 décès au pays.

« Le chemin de la reprise demeure long et incertain. Aujourd’hui, et au cours des prochains mois, notre santé économique dépendra largement de la santé publique », insiste M. Morneau pour qui « arrêter la propagation du virus demeure la meilleure politique économique ».

Le ministre des Finances, Bill Morneau. Archives ONFR+

« On sait qu’une autre éclosion est possible, on doit continuer à prioriser la santé des Canadiens et concentrer nos efforts là-dessus », ajoute Mme Fortier, qui ne ferme pas la porte à d’autres dépenses.

Mais le Parti conservateur du Canada (PCC) dénonce l’absence de plan de relance des libéraux.

« Tous les pays du G7 ont un plan. Mais ce gouvernement n’a aucun plan pour guider notre relance économique et stimuler la croissance », a regretté le chef de l’opposition officielle, Andrew Scheer, qui espérait des annonces concrètes, comme la mise en place d’une prime de retour au travail et des fonds supplémentaires pour permettre au Bureau du vérificateur général du Canada d’examiner les dépenses du gouvernement.

« Les mesures ont été prises dans l’urgence et on pouvait difficilement s’attendre à un tel plan alors qu’on est en pleine pandémie », tempère Mme Tellier. « Cela dit, là où le PCC peut marquer des points, c’est sur le manque d’incitatifs pour le retour au travail. »

De plan, il en est quelque peu question dans le document pour rappeler la proposition du gouvernement fédéral, début juin, de verser 14 milliards de dollars aux provinces et territoires pour aider la reprise. Un appui sous conditions qui fait encore l’objet de négociations.

« Les discussions se poursuivent », lance Mme Fortier, sans préciser ce qui bloque, ni quand elles aboutiront.

« Je pense que ce qu’on peut surtout retenir aujourd’hui, c’est que la situation est plus sérieuse qu’on le pensait et que cela pourrait avoir des conséquences sur les prochains choix de dépenses », juge Mme Tellier.

Cet article a été mis à jour à 18h07

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