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Première hausse du financement en dix ans pour l’éducation en français

OTTAWA – À quelques jours du déclenchement des élections fédérales, Ottawa a annoncé, ce mercredi, le renouvellement du Protocole d’entente relatif à l’enseignement de la langue de la minorité et à l’enseignement de la langue seconde. Le fédéral offre une augmentation de financement aux provinces et territoires, mais fixe des conditions.

La nouvelle entente, qui encadre les versements fédéraux vers les provinces et territoires en matière d’éducation dans la langue de la minorité, prévoit le versement d’un milliard de dollars pour les quatre prochaines années, soit une augmentation de 60 millions de dollars. Cette hausse avait été prévue dans le dernier budget et s’ajoute aux sommes versées via le Plan d’action pour les langues officielles. Il s’agit de la première augmentation en dix ans.

Échu depuis mars 2018, le renouvellement de ce protocole pour 2019-2023 a été annoncé par la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, ce mercredi, dans une école francophone d’Ottawa. Signé par le gouvernement fédéral, il doit toutefois encore être approuvé et signé par les provinces et territoires.

« Il y a une entente entre les provinces et territoires et le protocole a été conclu », assure toutefois la ministre Joly.

Contacté par ONFR+, le ministère de l’Éducation de l’Ontario n’avait pas répondu à nos demandes d’entrevue au moment de la publication de cet article.

Financer les coûts supplémentaires

Les sommes versées par le gouvernement fédéral pour soutenir l’éducation pour les communautés de langue officielle en situation minoritaire et pour l’apprentissage de la langue seconde doivent permettre aux provinces et territoires de faire face aux coûts supplémentaires qui y sont associés.

« Ça finance tous les programmes hors du curriculum, toute sorte d’activités pour promouvoir la francophonie, employer des pédagogues, aider la francisation… », explique le président du Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO), Denis Chartrand.

Jusqu’ici, l’Ontario recevait 79 millions de dollars annuellement de la part du gouvernement fédéral, dont 55 millions de dollars pour l’éducation de langue française et 24 millions de dollars pour soutenir l’apprentissage du français langue seconde.

Le fédéral fixe des conditions

Ce nouveau protocole est toutefois assorti de plusieurs conditions aux provinces, dont celles de mieux consulter les intervenants en éducation et d’améliorer la reddition de compte.

« Plusieurs intervenants nous ont interpelés sur l’importance d’inclure les conseils scolaires dans les négociations et les investissements qui sont faits. Très souvent, ils se posent la question où vont les fonds. Nous avons pris acte de leurs revendications et fixé des balises », explique la ministre Joly qui ajoute que la balle est dans le camp des provinces et territoires.

Ces dernières années, plusieurs irrégularités avaient été dénoncées. En 2011, la Fédération nationale des conseils scolaires francophones (FNCSF) avait eu la surprise d’entendre, devant la Cour suprême du Yukon, que ces fonds fédéraux avaient été dirigés vers les programmes d’immersion au lieu d’être consacrés à la Commission scolaire francophone du Yukon. En avril 2018, la Commission scolaire de langue française (CSLF) de l’Île-du-Prince-Édouard avait menacé d’attaquer sa province devant les tribunaux pour une utilisation jugée inadéquate des 1,5 million de dollars reçus annuellement du fédéral.

La ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la francophonie, Mélanie Joly, dans une école francophone d’Ottawa. Crédit image : Benjamin Vachet

Le président de la FNCSF, Mario Pelletier salue la mise en place de ces nouvelles obligations.

« C’est une excellente nouvelle ! Vous savez, ce n’est pas facile pour les conseils scolaires à travers le Canada, surtout les plus petits conseils scolaires, on a de bons élèves de mauvais élèves. »

L’Ontario fait figure de bon élève, reconnaît le président du CEPEO, mais il juge important de mieux tenir compte des conseils scolaires.

« Maintenant, c’est plus formel et le gouvernement provincial devra prendre en considération ce que les conseils scolaires auront comme priorités et les mettre en œuvre avec l’argent du fédéral, comme la pénurie d’enseignants, l’éducation aux adultes, la promotion de la langue française… »

Hausse insuffisante ?

Cette hausse du financement fédéral de 6,4 % pourrait toutefois être rapidement insuffisante dans le réseau des écoles de langue française. Selon la FNCSF, celui-ci a connu une hausse de plus de 16 % depuis cinq ans et accueille maintenant 170 000 élèves à l’élémentaire et au secondaire qui fréquentent 700 écoles dans les neuf provinces et trois territoires. Une belle avancée qui vient avec son lot de défis, alors que les coûts de la vie ont augmenté.

« C’est un pas dans la bonne direction, ce 60 millions. Ça va faire une grande différence dans nos conseils scolaires à travers le Canada », juge toutefois M. Pelletier qui espère de nouvelles majorations dans les prochains protocoles d’entente.

Mario Pelletier, président de la FNCSF. Crédit image : DSFNE

Cette augmentation, étalée sur quatre ans, devra également être partagée entre toutes les provinces et territoires. Mais la ministre Joly affirme que ce n’est pas le seul investissement de son gouvernement pour l’éducation en milieu minoritaire.

« En plus de ce protocole d’entente, nous avons augmenté le financement en infrastructure, le financement en programmation et aussi pour le recrutement des enseignants », insiste-t-elle.

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