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Préposés, des piliers du système de soin en renfort de la première ligne

Temps de lecture : 4 minutes

La crise sanitaire a mis en lumière des professionnels de l’ombre dont on redécouvre l’indispensable utilité dans le système de soins de longue durée : les préposés aux services de soutien à la personne (PSSP). Alors que l’Ontario tente de relancer leur formation et leur recrutement, gros plan sur ces aidants de première ligne, engagés et passionnés, qui ont choisi ce métier par vocation, en dépit de conditions de travail rendues extrêmes par la pandémie.

« Il faut avoir de la force physique et être mentalement prêt, car il y a des journées très stressantes », se livre Rachi Adechoubou. Cette francophone de la région de York a travaillé durant trois ans comme PSSP avant de passer son diplôme d’infirmière. Elle décrit un métier harassant et passionnant à la fois dans lequel on tisse des liens forts avec les patients, des liens que brise inlassablement la mort et qu’il faut retisser avec d’autres, comme un éternel recommencement.

« On entre dans la vie privée des gens. Parfois ils nous acceptent, parfois non. On les écoute. Rentrer dans l’espace de quelqu’un sans le connaître nécessite de construire une relation de confiance qui met du temps. »

Cette expérience humaine l’a beaucoup touchée et l’a confortée dans l’idée d’aller plus loin en passant son diplôme d’infirmière.

Elle encourage les jeunes à embrasser cette profession dans laquelle « on apprend beaucoup des autres, mais aussi de soi-même en développant des parties de soi qu’on ne connaît pas ».

« Je veux leur rendre ce qu’ils m’ont apporté »

C’est justement la voie qu’emprunte Cassie Deslauriers. Après avoir travaillé dans le domaine social et le secrétariat médical, la jeune femme de Kapuskasing suit une formation accélérée en douze semaines, débutée en janvier au Collège Boréal.

Les conditions de travail brusquement mises à jour dans le feu de la pandémie ne l’effraient pas. Au contraire, elle y voit une opportunité et une situation qui légitime son choix, celui d’être utile aux personnes âgées.

« Il y a un gros manque de préposés dans la communauté, et il y a plus de belles choses que de choses négatives dans ce métier. Les gens qui ont bâti notre ville méritent en retour d’avoir de bons soins. Je veux leur rendre ce qu’ils m’ont apporté. Ça me satisfait en-dedans », explique celle qui obtiendra son diplôme à la fin du mois.

Cassie Desloriers, PSSP en formation à Kapuskasing. Gracieuseté

Certains PSSP choisissent le travail à domicile, d’autres dans un foyer de soins de longue durée ou encore un hôpital. Cassie espère être recrutée à l’hôpital où elle fait son stage, fortement attirée par l’esprit d’équipe qui y règne et que l’adversité dans la pandémie a accentué.

« C’est comme une deuxième famille. Tout le monde est fatigué à cause de la COVID-19, mais les collègues sont toujours là pour t’aider et t’encourager. »

Côtoyer la vie et la mort

« Le plus difficile », relate Rachi Adechoubou, « c’est quand les gens meurent la main dans la tienne. Les préposés qui travaillent en soins palliatifs en savent quelque chose. On est là pour accompagner les aînés, mais aussi pour apporter notre soutien aux familles endeuillées. C’est dur ».

Elle n’a pas été surprise d’apprendre dans quel état étaient certains foyers de soins de longue durée en Ontario, dans la foulée du rapport des forces armées.

« On n’a pas assez de personnel. Par exemple, la nuit, une préposée est seule avec 30 personnes, et on a une infirmière pour 84 personnes. On doit répondre à tellement de besoins que je ne suis pas étonnée que ces foyers aient eu autant de COVID-19. Nos syndicats avaient averti et on n’a rien eu. »

Rachi Adechoubou, ancienne PSSP et infirmière dans la région de York. Gracieuseté

La pandémie a clairement accru la charge de travail dans une profession qui peine à retenir ses effectifs. 40  % des PSSP quittent le secteur des soins de santé après avoir obtenu leur diplôme ou dans l’année suivant leur formation. La situation a poussé la province a finalement débloqué des fonds pour financer la formation accélérée de 8 200 nouveaux PSSP prêts à travailler dans les soins de longue durée, dont 216 places pour les francophones.

« Je suis contente que le gouvernement prenne enfin ça au sérieux pour soulager les préposés, mais aussi pour la qualité des soins aux aînés », réagit Mme Adechoubou. « On aurait pu éviter beaucoup de problèmes en le faisant plus tôt. »

Éclosion de COVID-19 : pas de risque zéro

En dépit des mesures de protection individuelle, de la baisse de la transmission communautaire et de la vaccination progressive, les foyers de soins de longue durée ne sont pas à l’abri d’une éclosion de COVID-19.

« On vit avec. Il faut faire face à ça », réagit Jemigrace Ktaoka, PSSP en formation au collège La Cité à Ottawa. « La pandémie a atteint beaucoup de personnes. Tous ces gens ont besoin de nous. » 

Elle voudrait cependant avoir plus de pratique dans sa formation et plus de certitudes sur le vaccin. « J’ai hâte d’être sur le terrain et de commencer mon stage en avril. Mais ce qui m’inquiète, c’est le vaccin : quand l’aurons-nous, sera-t-il obligatoire ? Quels défis cela posera ? On a aussi besoin de plus de formation et d’équipement pour être prêt », juge-t-elle.

Jemigrace Ktoka, PSSP en formation à Ottawa. Gracieuseté

Rachi Adechoubou, de son côté, a vécu de près une éclosion. Une unité entière de son établissement a été placée en isolement durant quatre mois avec des infirmières et des PSSP affectées uniquement à cette unité. « On a pu s’en sortir et on se prépare pour une possible troisième vague, en espérant qu’il n’y en aura pas. » 

Une chose est sûre, les PSSP ont joué un grand rôle au cours de la pandémie, car « lorsque l’état de santé d’une personne change, ce sont elles qui nous informent, étant plus proches d’eux que nous. Là où une infirmière passe cinq minutes avec un patient pour donner un médicament, une préposée reste en moyenne 30 minutes », glisse Mme Adechoubou.

La COVID-19 n’est pas non plus un obstacle pour Cassie Desloriers. Pour une raison simple : « J’aimerais que quelqu’un prenne soin de moi, un jour, comme les préposés prennent soin des gens aujourd’hui », répond-elle.

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