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Priorité à l’éducation pour les Franco-Terre-Neuviens après les élections

SAINT-JEAN – L’élection d’un gouvernement minoritaire libéral ne devrait pas changer drastiquement les choses pour la communauté francophone de Terre-Neuve-et-Labrador. Leurs principaux besoins restent en éducation.

De l’aveu même de son directeur général, Gaël Corbineau, la Fédération des francophones de Terre-Neuve-et-Labrador (FFTNL) est restée discrète pendant la campagne électorale.

«Nous sommes tellement minoritaires que notre stratégie a toujours été d’opérer plutôt en coulisses. Nous avons des rencontres régulières, des liens très forts avec les trois principaux partis et ils ont à peu près la même vision par rapport à la francophonie.»

Les résultats des élections dans la province, ce jeudi, qui placent potentiellement de nouveau le Parti libéral de Dwight Ball à la tête du gouvernement, mais cette fois minoritaire avec 20 sièges sur 40 disponibles à l’Assemblée législative, ne devraient donc pas avoir d’impact majeur, estime l’organisme porte-parole de la communauté francophone.

Une analyse que partage, la politologue de l’Université Mémorial de Terre-Neuve-et-Labrador, Valérie Vézina.

«Depuis 2005, il y a eu beaucoup d’améliorations en ce qui concerne les services en français, même s’il reste bien évidemment des défis. La communauté francophone reçoit beaucoup de support des gouvernements, peu importe le parti au pouvoir. Les services devraient donc être maintenus et les projets aller de l’avant.»

Preuve en est, c’est sous le gouvernement progressiste-conservateur de Paul Davis que les francophones ont obtenu une Politique sur les services en français, en 2015. Et sous les libéraux, celle-ci a commencé à être mise en œuvre, souligne M. Corbineau.

La politologue de l’Université Mémorial de Terre-Neuve-et-Labrador justifie cette réalité par le peu de différences idéologiques entre le Parti libéral, le Parti progressiste-conservateur (Parti PC) et le Nouveau Parti démocratique (NPD). Selon les résultats de jeudi, le Parti PC compte 15 sièges, trois pour le NPD et deux pour les indépendants.

Deux écoles en attente

Au rang des priorités, la FFTNL insiste sur le domaine de l’éducation.

«Nous avons des besoins en matière d’infrastructure scolaire. Nous avons besoin d’une deuxième école à Saint-Jean. Actuellement, nos élèves sont dans un édifice qui ne convient pas, même si ça a permis de désengorger la première école», explique le directeur général de la FFTNL.

Dans son précédent mandat, le gouvernement libéral s’était engagé à financer ce nouvel édifice, alors que le bail actuel se termine en 2022.

La communauté francophone souhaite également que soit remplacée l’école Notre-Dame-du-Cap, à Cap Saint-Georges, sur la côte ouest de Terre-Neuve. Celle-ci a dû être évacuée en mars pour des raisons de sécurité. Depuis, les élèves ont été déplacés dans les locaux d’une école anglophone, faisant craindre des risques d’assimilation.

L’École Notre-Dame-du-Cap. Gracieuseté Conseil scolaire francophone provincial de Terre-Neuve-et-Labrador

«C’est un édifice temporaire depuis les années 80 et qui a toujours posé problème. On espère que les choses vont évoluer, même si on est conscient que ça représente un budget important», concède le directeur général de la FFTNL.

La situation de gouvernement minoritaire pourrait donner un précieux coup de main dans ce dossier, pense Mme Vézina.

«Les partis vont devoir collaborer et on sait que le NPD se montre très ouvert à la protection des minorités et aux investissements en éducation.»

Repeupler la province     

Mais les défis économiques de Terre-Neuve-et-Labrador sont nombreux, rappelle la politologue.

«C’est une province qui dépend beaucoup de ses ressources naturelles, comme ailleurs au Canada, mais ici c’est encore plus exacerbé. La province doit aussi composer avec une population en décroissance.»

Les partis ont d’ailleurs chacun pris des engagements pour favoriser l’immigration et ainsi permettre un repeuplement. Le Parti libéral a promis d’accueillir 1 700 immigrants par an, d’ici 2022. Le Parti PC a quant à lui proposé d’en attirer 15 % de plus que la promesse libérale, et de retenir les nouveaux arrivants avec des crédits d’impôt pour les diplômés et des subventions pour les services de garde. De son côté, le NPD s’est prononcé pour une augmentation de l’accès à des formations linguistiques.

«On espère que ça va rester une priorité, car il y a des besoins de main-d’œuvre dans certains domaines. De notre côté, en matière d’immigration  francophone, nous recevons du financement provincial depuis deux ans qui complète bien l’aide du fédéral, on espère que ce budget restera», lance M. Corbineau.

Incertitude

Malgré l’optimisme affiché par la FFTNL, une certaine incertitude demeure dans une province qui n’avait pas connu de gouvernement minoritaire depuis 1971. Mme Vézina y voit une bonne opportunité pour les partis de mieux travailler ensemble.

«Les électeurs ont envoyé le message qu’ils ne voulaient plus de chicanes, mais que les partis travaillent ensemble pour trouver des solutions. Dwight Ball, dans son discours, s’est montré ouvert à cet esprit de collaboration, mais Ches Crosbie [le chef du Parti PC], en refusant de concéder la défaite, semble s’être tiré dans le pied. Les prochaines semaines vont être très intéressantes. Cela peut amener du positif pour la province.»

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