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Qui est franco-ontarien?

De gauche à droite, l'animateur du débat, Étienne Fortin-Gauthier, et les panélistes Arielle Kayabaga, Carol Jolin, Fete Ngira-Batware et Nathalie Nadon. Crédit image: Benjamin Vachet

TORONTO – À la veille de la journée des Franco-Ontariennes et des Franco-Ontariens, le Mouvement ontarien des femmes immigrantes francophones (MOFIF) organisait, ce lundi, un débat sur l’identité franco-ontarienne.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Qui est franco-ontarien? «Quelqu’un qui parle le français en Ontario, c’est un Franco-Ontarien!»

La réponse lapidaire du président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Carol Jolin, panéliste lors de cet événement, n’a pas résisté à l’épreuve des témoignages, lundi soir. Sur la cinquantaine de personnes présentes, une majorité ne se considérait pas comme franco-ontarienne, «comme de nombreux francophones nés en Ontario», ont rappelé certains participants.

«Dans les écoles, on te demande de t’assimiler. Cette culture m’a été imposée à l’école et je ne sais pas ce que c’est, cette culture francophone! Je me sens canadienne, mon enfant sera francophone, mais je ne le forcerai pas à épouser la culture franco-ontarienne», explique la panéliste Arielle Kayabaga, candidate francophone aux élections municipales à London, arrivée au Canada à l’âge de 10 ans en provenance du Burundi.

Mais pour certains membres du public, l’appartenance à la francophonie ontarienne ne fait pas de doute.

«Je me sens franco-ontarien! J’ai décidé cette identité, car je me suis investie. Aujourd’hui, je me sens chez moi!»

 

À qui la faute?

L’absence d’attachement à l’identité franco-ontarienne de plusieurs nouveaux arrivants viendrait de la fermeture de l’Ontario français à leur égard.


«On n’écoute pas ce que je dis, on se réfère seulement à qui je suis. On me dit toujours « Vous, le Français! »»


«Je vis ici depuis 18 ans et je ne comprends toujours pas ce que c’est, un Franco-Ontarien?»

Mais pour la directrice générale du Centre francophone de Toronto (CFT), Florence Ngenzebuhoro, il s’agit aussi d’un choix individuel.

«Je suis toujours outrée quand on m’enlève mon identité franco-ontarienne. Être franco-ontarien, c’est une question de choix: tu peux décider de toujours rester un immigrant francophone. Moi, j’ai choisi d’être franco-ontarienne! Maintenant, c’est aussi à la société de nous inclure.»

Le débat a d’ailleurs souvent tourné autour de l’intégration des immigrants francophones. Selon la panéliste Fete Ngira-Batware, directrice générale de Solidarité des femmes et familles immigrantes francophones du Niagara (Sofifran), c’est aussi aux immigrants de s’intéresser et de respecter l’histoire de l’Ontario français.

«Quand on est immigrant, on arrive sur une terre avec un peuple franco-ontarien qui a sa culture. Il ne faut pas vouloir diluer un peuple qui existe.»

 

Une question de temps

Pour Mme Ngira-Batware, comme pour M. Jolin, il s’agit d’une question de temps.

«Le peuple franco-ontarien est appelé à se brasser. Il faut laisser le temps. On ne peut pas forcer les Franco-Ontariens à nous accepter», estime Mme Ngira-Batware.

La panéliste Fete Ngira-Batware. Crédit image: Benjamin Vachet

La présidente du MOFIF, Fayza Abdellaoui, se montre satisfaite des riches débats de la soirée.

«La question, c’était peut-être une petite provocation de notre part», sourit-elle. «L’objectif qu’on s’était fixé, c’était surtout de rassembler la communauté et des points de vue différents autour d’un sujet qui n’a pas été encore réglé. Il y a eu beaucoup de différents points de vue qui sont sortis, d’une façon émouvante parfois aussi. On sent bien que c’est un sujet qui a touché.»

Et même si la soirée n’a pas permis d’aboutir à une définition commune, Mme Abdellaoui juge que l’objectif est désormais de se tourner vers l’avenir.

«On est un peu à la croisée des chemins. On n’a pas besoin d’avoir tous la même définition, ce qui m’intéresse maintenant, c’est de savoir où on va pour construire une communauté d’expression française prospère, épanouie et intégrée.»

Un message d’espoir également partagé par Constant Ouapo, le président de  l’Association des communautés francophones de l’Ontario (ACFO) de Toronto.

«Nous avons tous un objectif et un avenir commun.»

Mais pour y parvenir, il faudra que la communauté franco-ontarienne regarde vers cet avenir, juge Mme Kayabaga.

«On veut que cette identité franco-ontarienne grandisse, construise une nouvelle histoire, sans rien enlever de son passé.»

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.