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Réfugiés francophones: trois récits d’intégration inspirants

Arielle Kayabaga, nouvelle conseillère municipale élue à London Gracieuseté Arielle Kayabaga

[TÉMOIGNAGES]

TORONTO – L’Ontario accueille chaque année des centaines de réfugiés francophones, qui espèrent une vie meilleure et sans menaces à leur sécurité. Avec le temps qui passe, bon nombre d’entre eux franchissent les obstacles à l’intégration et contribuent à la société ontarienne, habités par leur bagage de sensibilité et leur vécu bien unique. Portraits de trois réfugiés qui ont pris la place qui leur revient en politique, au niveau social et en éducation.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Arielle Kayabaga, une nouvelle élue qui abat les barrières

La voix d’Arielle Kayabaga est tremblotante, l’excitation et la fatigue sont palpables. Quelques heures avant notre entretien, elle apprenait la bonne nouvelle. Des milliers de citoyens de London, sa ville canadienne d’adoption, ont voté pour elle afin qu’elle les représente au sein du conseil municipal. «Je deviens la première femme noire élue à London. Ils ont décidé de donner leur confiance à une femme réfugiée. Vous vous imaginez la barrière qui vient de tomber pour des centaines de personnes?», dit-elle avec émotion.

Arielle Kayabaga, réfugiée qui a pris sa place tout au long de son parcours en Ontario. Gracieuseté Arielle Kayabaga

Sa mère et elle ont fui un Burundi en guerre. Née à Bujumbura, Arielle Kayabaga est arrivée au pays à l’âge de onze ans, se remémore-t-elle. «Mais à l’époque, je n’avais pas conscience de mon statut. C’est lors d’une conférence sur les réfugiés que j’ai compris que j’en étais une!», confie-t-elle.

Elle n’a jamais accepté d’être perçue comme différente des autres, faisant entendre sa voix tout au long de son parcours. Rapidement, elle prend part aux activités de groupes de la jeunesse francophone et développe ses qualités de leader. Des acquis qui l’amèneront à s’impliquer comme animatrice culturelle dans les écoles ou encore, comme responsable de projets en immigration francophone.

«Lorsqu’on veut voir le changement, il faut incarner le changement», explique-t-elle. Comme élue, elle compte insuffler un changement positif. «Je veux mettre en place des stratégies qui vont aider les nouveaux arrivants, notamment en leur donnant les outils pour faire leur place dans le milieu du travail», dit-elle.

«Jamais dans ma vie, je ne me suis définie par mon statut. Mais je souhaite faire comprendre à tous, qu’un réfugié, c’est un battant, qui fait preuve de force et de persévérance. Ce sont des champions qui peuvent améliorer notre société», dit-elle.

 

Billy Kalenga, l’importance d’aider à son tour

Aux aurores, un matin de juin 2012. Fort Érié. Billy Kalenga ouvre la porte du poste frontalier canadien. Il n’en ressortira que dix heures plus tard. «J’avais trouvé le courage de venir demander l’asile au Canada. J’étais terrifié et l’entrevue avec l’officier d’immigration a été longue et stressante», se remémore-t-il. Cette journée a été le début d’un long périple, marqué par plusieurs obstacles.

Billy Kalenga tente aujourd’hui d’aider les réfugiés comme lui. Gracieuseté Billy Kalenga

«Malgré mes études avancées et ma riche expérience professionnelle en République démocratique du Congo, je n’ai pu trouver que des emplois au salaire minimum. J’ai atterri dans une manufacture, comme bon nombre de réfugiés», confie-t-il. «La reconnaissance des titres demeure un grand obstacle à l’intégration. Ça met parfois les réfugiés dans une situation précaire et ils sont sous-payés», ajoute-t-il.

Bâtir un réseau et apprendre l’anglais, deux défis qu’il saura aussi surmonter au fil du temps à Toronto, où l’anglais est la langue de la majorité. Son retour aux études a tout changé.  «J’ai d’abord obtenu un certificat portant sur la migration des réfugiés, puis j’ai débuté une maîtrise. J’ai par la suite rapidement obtenu un emploi au Centre francophone de Toronto où je suis appelé à accompagner les nouveaux arrivants dans les écoles, ainsi que leurs parents», confie-t-il avec fierté.

De pair avec ses études, il mène des recherches sur les mouvements migratoires et collabore avec le Conseil canadien pour les réfugiés. «Mes travaux contribuent à apporter de nouvelles connaissances sur les déplacements de personnes et leurs causes. C’est un outil essentiel pour sensibiliser les décideurs sur les mesures à prendre pour régler les crises migratoires», dit-il.

Son expertise est maintenant reconnue dans la communauté. «Chaque semaine, je reçois des appels d’inconnus qui me demandent de l’aide. Je leur donne l’aide que j’aurais aimé recevoir à l’époque», confie M. Kalenga. «La porte est ouverte pour moi, maintenant, c’est à mon tour de l’ouvrir aux autres», ajoute-t-il, ému.

 

Emmanuelle, symbole d’espoir

Quitter son Congo natal pour s’établir à 10 000 kilomètres de là, au Canada. Emmanuelle (nom fictif) l’a fait. Pour sa sécurité et celle de sa famille. D’abord, le choc. Le sentiment d’être perdue dans un nouveau monde. La peur, également, d’être rejeté, ici aussi. Elle a été traversée par tous ces sentiments, dans un long processus de reconstruction.

Une enseignante et un élève. Montage #ONfr

«Au départ, j’ai reçu l’aide financière de l’État. Mais plutôt que de recevoir, j’ai décidé que j’allais donner au pays qui m’accueillait. J’ai ouvert le journal, j’ai vu un emploi dans une école et j’ai été rencontrer la directrice», confie-t-elle. «Elle m’a demandé si j’avais mes papiers. Je lui ai répondu que non, que j’étais encore demandeur d’asile. Le jour même, elle m’engageait comme surveillante des élèves», dit-elle.

Elle a rencontré ainsi deux «marraines» sur ce nouveau chemin canadien, qui ont changé sa vie. «Je ne vais jamais les oublier. Quand on est réfugié, notre vie est pleine d’inconnus. Le travail donne une précieuse stabilité», confie-t-elle. Emmanuelle se découvre alors une passion pour le milieu de l’éducation. «La directrice de l’école m’a permis de prendre confiance en moi. Elle m’a aussi encouragé à aller chercher un diplôme en enseignement», confie la femme, fraîchement diplômée.

«Le Canada est un pays d’immigrants. Je suis maintenant au bon endroit pour inspirer d’autres générations de jeunes réfugiés ou immigrants qui se cherchent. C’est un pays d’espoir et je le symbolise», conclut-elle.

 

*#ONfr s’est assuré d’obtenir l’autorisation des personnes interviewées avant de diffuser leur nom et leur récit.

 


Nombre de réfugiés francophones acceptés en Ontario entre 2010 et 2015:

2010            630

2011            800

2012            790

2013            550

2014            450

2015            455

 

À titre comparatif, il faut savoir que la province a accueilli entre 13 000 et 28 000 réfugiés pendant cette même période.

(Données fournies par le gouvernement de l’Ontario)

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.