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Rentrée sans cours de français à Toronto : vives réactions des Franco-Ontariens

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – La possibilité évoquée par le Toronto District School Board (TDSB) de supprimer ses cours de français et d’immersion à la rentrée est vivement dénoncée par plusieurs Franco-Ontariens.

Dans son plan préliminaire pour le retour à l’école en septembre, le plus gros conseil scolaire ontarien a créé l’émoi, ce mercredi.

Expliquant qu’un retour en classe hybride ou adapté, avec des effectifs limités en classe, obligerait à recruter entre 988 et près de 2 500 enseignants supplémentaires, pour un coût compris entre 98,85 et 248,9 millions de dollars, le TDSB envisage de supprimer ses trois options de programmes en français au niveau élémentaire, soit l’immersion et les cours de français intensifs et de base.

« Il faut bien comprendre que nous ne visons pas spécifiquement les programmes en français, mais la réalité est celle-ci dans la région : avant la pandémie, nous avions déjà beaucoup de mal à recruter et conserver des enseignants qualifiés pour offrir ces programmes en français. Ce personnel qualifié est dur à trouver. Si en septembre, on doit réduire la taille des classes, il faudra plus d’enseignants, et ce sera donc encore plus difficile », explique Ryan Bird, directeur des communications du TDSB.

Une classe d’école vide en Ontario. Crédit image : GettyImages

Différents scénarios sont donc évoqués dans le plan consulté par ONFR+, mais sans un retour en classe totalement normal à la rentrée de septembre, les programmes en français risquent d’en payer les conséquences.

« On veut vraiment continuer à offrir des options et on va essayer d’être créatif, peut-être en offrant ces programmes à distance. Nous n’avons pas encore toutes les réponses », précise M. Bird. « Mais on ne veut pas non plus se retrouver à devoir décider quelles écoles ou quels élèves peuvent avoir accès aux programmes en français. On veut trouver une solution pour tout le monde. »

Le TDSB assure ne pas être le seul dans cette situation. Contactés par ONFR+, plusieurs autres conseils scolaires n’ont toutefois pas confirmé étudier un scénario similaire.

Une décision du ministère de l’Éducation

La décision finale reviendra au ministère de l’Éducation qui sera chargé de valider les plans de retour en classe proposés par les conseils scolaires de la province, début août.

Interrogé en conférence de presse, le premier ministre Doug Ford a rappelé que tous les scénarios étaient sur la table, tout en insistant sur les efforts financiers faits par la province en matière d’éducation.

Le premier ministre Doug Ford. Archives ONFR+

« On dépense plus que tout autre gouvernement en éducation. Le TDSB recevra 55 millions de plus qu’auparavant, dont 23 millions de dollars dédiés à l’embauche d’enseignants. Il faut garder à l’esprit que ce conseil scolaire ne fait que regarder différents scénarios. Notre objectif, c’est un retour en classe, cinq jours par semaine, mais qui sait où en sera en septembre ? On travaille avec les conseils scolaires et on aura un plan établi d’ici l’ouverture des écoles. »

Critiques contre le TDSB

Si le TDSB assure ne pas vouloir viser les programmes en français, mais surtout faire face à une pénurie – aggravée par la COVID-19 – d’enseignants capables d’offrir des cours en français, son plan n’a pas manqué de faire réagir.

Sur les réseaux sociaux, nombreux sont les Franco-Ontariens qui ont dénoncé une décision qui risque d’affecter le bilinguisme et qui suggère que celui-ci coûte trop cher.

L’Association canadienne des professionnels de l’immersion (ACPI) se dit « outrée » par cette proposition jugeant que « les conséquences pourraient être catastrophiques pour la pérennité des programmes d’immersion et de l’apprentissage des élèves de la seconde langue officielle du pays ».

Tout en reconnaissant le « contexte exceptionnel causé par la pandémie de COVID-19 », le commissaire aux langues officielles, Raymond Théberge, espère que « tous les conseils scolaires trouveront des solutions leur permettant de continuer d’offrir des cours de français et d’immersion française aux élèves fréquentant ses écoles », « un élément fondamental pour favoriser la dualité linguistique, un des piliers sur lequel repose la société canadienne ».

L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) a également vivement critiqué cette décision.

« Ce conseil scolaire a déjà fait le même coup lors d’un récent budget provincial en expliquant que si son financement était gelé, il devrait couper dans les programmes en français. On se retrouve encore avec la même stratégie et on lui demande d’arrêter de prendre en otage la communauté franco-ontarienne, dont font partie les francophiles, pour faire avancer ses dossiers politiques », s’insurge le président de l’organisme.

Carol Jolin s’étonne que seul ce plan soit envisagé par le TDSB et que malgré des surplus dus à l’arrêt précipité des cours en classe à cause de la pandémie, le conseil n’ait pas déployé cet argent pour recruter davantage.

« Le conseil scolaire doit réfléchir à d’autres options, plutôt que de choisir la décision facile. L’impact serait énorme, notamment à long terme sur les services en français, alors que des employeurs, notamment à Toronto, cherchent et veulent du personnel bilingue. Les conseils scolaires francophones parviennent à combler leurs besoins en personnel, même si c’est difficile, pourquoi pas eux ? »

Une aubaine pour les conseils scolaires francophones ?

Si le TDSB met son plan à exécution, les conseils scolaires francophones pourraient-ils en profiter pour accueillir davantage d’élèves ? C’est la question que se pose l’ancien président du Conseil scolaire Viamonde, Jean-François L’Heureux, sur Twitter.

« Si les programmes d’immersion sont abolis, je me demande combien de parents (ayants droit) du TDSB vont inscrire leurs enfants aux conseils Viamonde et MonAvenir ? »

Joints par ONFR+, le conseil scolaire catholique MonAvenir ne souhaite pas commenter la situation, alors que le conseil scolaire public Viamonde dit se concentrer sur son propre plan.

L’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO) joue la prudence et attend le scénario de rentrée choisi avant d’en commenter l’impact.

En coulisses, on explique toutefois que l’impact d’une telle décision serait mineur pour les conseils scolaires francophones, puisque peu des 29 600 étudiants inscrits en immersion et aux programmes intensifs de français du TDSB sont des ayants droit.

De plus, la pandémie aurait obligé les conseils scolaires à limiter leurs velléités de recrutement, explique-t-on à ONFR+, ajoutant que les raisons sont multiples pour que les parents choisissent d’inscrire leurs enfants dans le réseau anglophone, notamment le côté pratique avec des écoles plus nombreuses et accessibles.

Joint par ONFR+, Canadian Parents for French Ontario n’avait pas encore répondu à notre demande d’entrevue au moment de publier cet article.

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