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Rentrée scolaire : le grand saut vers l’inconnu

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

Au cours de la semaine, Doug Ford a multiplié les annonces : embauche de 200 agents pour la police provinciale de l’Ontario, prolongement du métro à Scarborough, appels d’offres lancés pour une ligne de transport… Mais le premier ministre a surtout dû s’expliquer sur la rentrée scolaire.

Début septembre, deux millions d’élèves sont invités à revenir dans les salles de classe de l’Ontario dans le contexte inédit de la pandémie. Ces derniers jours, les 72 conseils scolaires provinciaux peaufinent leurs sondages auprès des parents pour cette rentrée. Une tendance se dégage : quelque 10 % des enfants ne reviendront pas physiquement en classe.

Malgré un nombre de contaminations en baisse constante, l’Ontario devra vivre avec l’épidémie encore de longs mois. La crainte des parents est d’autant plus légitime que certaines régions, à l’instar de Toronto et de Windsor-Essex, ont payé le prix fort en termes des décès.

Doug Ford se veut rassurant, martelant que son plan dévoilé le 30 juillet est le « meilleur » et le plus « sécuritaire » au Canada. Le chef du gouvernement peut au moins se targuer d’une vision a priori prudente. L’Ontario est la seule province à obliger le port du masque à tout moment dans l’école à partir de la 4e année. Une différence avec le Québec où les élèves en seront exemptés une fois dans les salles de classe.

Par ailleurs, au secondaire, une limitation à 15 élèves par classe sera imposée dans 24 conseils scolaires dits « désignés ». Dans ce modèle « hybride » retenu dans les régions plus touchées par la pandémie, les élèves combineront la présence physique dans les salles de classe et les cours en ligne.

Des mesures difficiles à mettre en place

C’est là justement où le bât blesse, tant la mise en pratique s’avère laborieuse. Depuis des semaines, les voix s’élèvent pour dénoncer une répartition inégalitaire où, dans la même ville, cohabitent des écoles secondaires « hybrides », avec des établissements sur un modèle à temps plein.

Bien que saluée par plusieurs virologues, l’initiative de favoriser les cours en ligne comporte aussi un coût. La charge est tout d’abord financière puisqu’elle oblige les établissements à recruter davantage de personnel. Humaine aussi, car elle contraint des parents à rester à la maison pour surveiller leurs enfants.

Autre inquiétude qui continue d’enfler : les difficultés du gouvernement à convaincre sur la distanciation physique. Ce troisième pilier pour combattre le virus, après le masque et les tests, manquerait de solidité, notamment à l’élémentaire, où les limitations du nombre d’élèves n’entrent pas en vigueur.

Dans la région de Toronto, la présence fréquente de « portatives » exiguës, n’est pas une garantie sanitaire, estiment des parents. Même chose pour les fameuses « cohortes » préconisées par le gouvernement et censées limiter les interactions entre élèves.

Obligation de flexibilité pour Ford

Dans ce contexte inédit, le gouvernement Ford, critiqué maintes fois pour son manque de dialogue avec les enseignements, n’a pas d’autre choix que de se montrer flexible. L’autorisation par le ministère de l’Éducation d’une limitation à 15 élèves par classe pour deux écoles francophones de Windsor-Essex situées dans un conseil « non désigné » va dans le bon sens.

Il est encore prématuré de juger le plan du gouvernement, l’équation comportant encore trop d’inconnues. Dans plusieurs mois, au regard des chiffres des contaminations dans les écoles, il sera cependant temps de dresser un premier bilan.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 22 août. 

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