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Rentrée scolaire : un casse-tête complexe en dix obstacles

Temps de lecture : 5 minutes

Alors que les familles profitent tranquillement de l’été, les conseils scolaires de la province tentent désespérément de trouver une solution pour la rentrée des classes. Aucun scénario ne fera l’unanimité et tous tentent de se préparer aux réactions des parents, qui pourraient hériter d’une grosse partie du problème. Un dilemme inédit aux conséquences imprévues en dix points.

Taille des classes

L’ensemble des conseils scolaires ontariens se sont fait demander par le gouvernement de Doug Ford de fournir trois scénarios pour la rentrée scolaire. Le plan conservateur implique un retour en classe classique à cinq jours/semaine, un autre mise sur des cours à distance, puis le dernier un mélange des deux avec une présence possible des élèves deux jours par semaine, par exemple.

Mais le facteur clé de cette réflexion concerne la taille des classes permise. Depuis quelques semaines, le chiffre de 15 élèves par classe maximum est avancé par les autorités pour s’assurer de la sécurité des élèves et pour limiter la transmission du virus.

Doug Ford s’invite dans le processus

Le premier ministre ontarien n’a pas attendu les scénarios des conseils scolaires ou l’avis de ses experts en santé publique pour affirmer qu’il souhaitait un retour en classes cinq jours par semaine pour les petits Ontariens.

« Notre objectif est d’avoir les élèves en classe cinq jours par semaine. Parlez aux parents, ils veulent de la certitude », a répété Doug Ford, jeudi. Certains l’accusent de politiser la démarche en place, d’autres affirment qu’il fait siennes les préoccupations des Ontariens.

Le premier ministre ontarien, Doug Ford, à Brampton. Soure : CPAC

Manque d’espace

Un retour en classe à cinq jours/semaine semble difficilement conciliable avec un maximum de 15 élèves par classe.

« Si on garde le maximum de 15 élèves et qu’on veut que tous soient à l’école cinq jours, alors ça nous prend des écoles deux fois plus grandes ! », affirme sans détour Denis Chartrand, le président de l’Association des conseils scolaires des écoles publiques de l’Ontario (ACÉPO).

« D’un côté, on veut la sécurité complète, de l’autre, on nous dit qu’on veut tous les enfants à l’école. Décidez ! ». Peut-être que le milieu scolaire doit faire preuve de créativité en utilisant les gymnases ou les cours d’école, au moins en septembre, affirme-t-il. « On pourrait avoir des classes extérieures. Ça se ferait, on peut amener les élèves dehors pour l’offre de cours », croit M. Chartrand.

Manque de professeurs francophones

Mais le milieu scolaire francophone fait face à un défi supplémentaire : la pénurie d’enseignants dont elle est victime.

« Le gouvernement va devoir nous donner plus de ressources pour cette rentrée particulière. Mais contrairement aux conseils anglophones, les conseils francophones ont un grave problème de ressources humaines. Même si on recevait beaucoup plus d’argent, on serait incapable de trouver des enseignants francophones à temps », confie un conseiller scolaire francophone, qui souhaite conserver l’anonymat.

Qui pour offrir des cours en ligne ?

Ce printemps, pendant la première vague de la pandémie, des professeurs ont pu préparer et offrir des cours en ligne de la maison. Mais en retournant en classes, pourront-ils continuer à offrir un volet numérique aux élèves qui décident de rester à la maison ?

« Les enseignants qui sont en cours ne peuvent pas en même temps donner un cours en ligne. C’est une solution qui a des impacts économiques et sociaux. C’est une situation compliquée et qui va prendre du temps à s’articuler, alors que les modèles ne sont toujours pas décidés à moins de cinq semaines du retour en classe. Mais tous les modèles ont des limites », indique Yves Lévesque, directeur général de l’Association franco-ontarienne des conseils scolaires catholiques de l’Ontario (AFOCSC).

La diffusion en ligne de cours à l’école est étudiée par certains conseils, mais les ressources technologiques devront être mises en place rapidement si ce projet va de l’avant.

Les cours en ligne sont un défi. Source : Pixabay

Que feront les parents qui travaillent ?

Le modèle hybride étudié mise sur des cours à la maison 50 % du temps. Mais alors que feront les parents qui travaillent hors de la maison ?

« C’est un gros gros gros problème. Les parents veulent retourner à une vie normale. Est-ce qu’il y aura des garderies pour les plus vieux qui vont s’instaurer ? Il faudrait penser à des moyens pour la garde des enfants si on y va avec cette option », affirme Denis Chartrand.

Le calendrier scolaire

Certains acteurs de l’éducation auraient souhaité voir certains élèves de retour en classe dès le début du mois d’août, d’autres qu’on repousse la rentrée.

« Repousser la rentrée  ? C’est une possibilité, mais c’est dur de dire si ça changerait vraiment quelque chose. Les conseils scolaires n’en discutent pas, ils n’y pensent pas… Ils sont trop occupés à travailler pour être prêts pour le 8 septembre. On va faire ce qui est humainement possible », affirme Yves Lévesque de l’AFOCSC.

Pour l’instant, les conseils scolaires n’ont pas fait de modifications d’envergure à leurs calendriers.

Le transport scolaire

Le transport scolaire est très populaire au sein du réseau d’écoles franco-ontariennes et impose une réflexion en soi, en contexte de pandémie, s’entendent plusieurs intervenants. Si des membres de même famille peuvent facilement s’asseoir ensemble dans les autobus, il y a fort à parier que les autobus pleins à craquer avec trois élèves par bancs sont chose du passé, du moins pour un temps.

Les conseils scolaires étudient la possibilité de limiter grandement le nombre d’élèves par autobus, à imposer le port du masque ou même à demander aux parents d’amener eux-mêmes leurs enfants à l’école.

Différences régionales

Le virus a frappé de manière différente, selon les régions. Et la rentrée scolaire pourrait être teintée par ces différences. Peut-on envisager que des écoles du Nord accueillent l’ensemble des élèves cinq jours par semaine, alors qu’un modèle hybride avec classes à temps partielles serait privilégié dans d’autres régions ?

Certains conseils scolaires exigent une telle approche. « Lorsque la décision se prendra, on espère que le gouvernement comprenne bien que chaque région est différente. Surtout pour les conseils francophones qui couvrent d’immenses régions. La réalité n’est pas la même à Toronto qu’à Penetanguishene », affirme Denis Chartrand, président de l’ACÉPO.

Qui gardera son enfant à la maison ?

44 % des parents ontariens considèrent vouloir garder leurs enfants à la maison, cet automne, selon un sondage de l’Association des conseils scolaires publics anglophones. Une donnée clé qui est au cœur des réflexions des conseils scolaires.

Dans l’éventualité où autant de parents prenaient cette décision, la pression sur le réseau scolaire serait moindre et un retour à 5 jours/semaine serait possible. Mais le sondage est-il un indicateur fiable de la décision future des parents, dans quelques semaines ?

Plusieurs intervenants du milieu scolaire contactés par ONFR+ en doute. Si la situation se stabilise, la majorité des parents décideront d’envoyer leurs enfants à l’école, sont-ils convaincus.

Avec la collaboration de Benjamin Vachet

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