Retrait de Champlain à Orillia : la communauté francophone appelle à la concertation
ORILLIA – La statue de Samuel de Champlain à Orillia, récemment réinstallée puis retirée, suscite de vives réactions au pays. Les grands organismes de l’Ontario français suivent le dossier de près. Pour ces acteurs patrimoniaux, ce symbole fondateur de la francophonie canadienne doit être préservé, mais pas au détriment des perspectives autochtones. La communauté appelle à une concertation respectueuse et inclusive pour raconter un passé commun.
La saga autour de ce monument francophone de la petite ville ontarienne d’Orillia s’est attiré l’attention de nombre de médias locaux, provinciaux et nationaux, autant francophones, Journal de Montréal/Québec, qu’anglophones, National Post, CBC ou encore The Globe and Mail.
Même le leader du Parti conservateur du Canada, Pierre Poilievre s’était emparé de la polémique via ses réseaux sociaux :
Alors que le devenir de la statue Champlain reste encore à déterminer, nous sommes allés prendre le pouls des organismes franco-ontariens qui suivent de près le dossier.
« Nous avons encore vivement en mémoire les célébrations en 2015 du 400e anniversaire de l’arrivée de Champlain en Ontario auxquelles nous avions participé au pied de cette statue de Champlain à Orillia », raconte Rolande Smith, la présidente de la Société d’histoire de Toronto (SHT).
Pour celle-ci ce n’est pas tant l’incompréhension qui a dominé les débats autour du monument, mais plutôt la tristesse. « La SHT souhaite s’unir à tous ceux qui travailleront sur sa préservation et réhabilitation », indique Mme Smith.
Selon l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), qui reconnaît l’importance historique de Samuel de Champlain dans l’histoire francophone de l’Ontario et du Canada. Les monuments publics ne sont jamais de simples objets patrimoniaux : ils portent des récits, des symboles et parfois des blessures devant être pris au sérieux.
Point crucial pour Fabien Hébert, le président de l’AFO, « il est essentiel d’éviter d’opposer la préservation de l’histoire francophone et le respect des perspectives autochtones. Notre responsabilité collective est plutôt de trouver des façons de transmettre l’histoire avec rigueur, nuance et contextualisation, dans un esprit de dialogue et de réconciliation ».
Selon celui-ci, toute décision entourant un symbole public de cette importance doit être prise avec les communautés concernées, notamment les Premières Nations, les résidents et les acteurs patrimoniaux.

« L’histoire francophone mérite d’être connue, comprise et transmise, mais elle doit l’être d’une manière respectueuse, inclusive et fidèle à la complexité de notre passé commun », a conclu M. Hébert.
Le Réseau du Patrimoine franco-ontarien (RPFO) prône également la concertation.
« Il est essentiel que toute action dans ce dossier reconnaisse l’importance du patrimoine franco-ontarien, tout en s’inscrivant dans une approche de dialogue et de respect envers les communautés concernées », a déclaré Jacynthe Dupont, directrice générale du RPFO.
Pas de remise en question de la Route Champlain selon la SÉO
Catherine B. Bachand, la directrice générale de la Société économique de l’Ontario (SÉO), a indiqué suivre la situation avec attention.
La SÉO a en effet créé La Route Champlain, circuit touristique et historique de 1500 km pour valoriser le patrimoine et les attraits francophones et bilingues de la province, en suivant les traces de l’explorateur Samuel de Champlain au cours de ses expéditions menées en 1615-1616.

La directrice rappelle que la Route Champlain demeure d’abord une initiative touristique qui s’inscrit dans une démarche plus large de mise en valeur des lieux, des communautés et des récits liés à la présence historique française et, plus largement, francophone en Ontario.
« Samuel de Champlain occupe une place importante dans l’histoire de l’Amérique du Nord et du fait français au Canada (…) Le retrait ou la remise en question d’un monument ne diminue donc pas l’intérêt de la Route Champlain ni l’importance de reconnaître le patrimoine francophone en Ontario. Il rappelle plutôt l’importance de présenter cette histoire dans toute sa complexité, en tenant compte des perspectives autochtones », défend-elle.

« Nous sommes sensibles aux préoccupations exprimées, notamment celles qui touchent la représentation des peuples autochtones dans les récits historiques, les monuments et les sculptures. Ce sont des questions importantes qui doivent être abordées avec respect et nuance. »
Selon celle-ci, dans le futur la réflexion devra tenir compte des perspectives autochtones. Il s’agira « d’entreprendre une démarche réfléchie, avec l’ensemble des partenaires concernés, dans un esprit de dialogue et de réconciliation ».
Article écrit avec des informations additionnelles de Rudy Chabannes.