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Samy Khalid, Franco-Ontarien nommé héraut d’armes du Canada

Temps de lecture : 4 minutes

[ENTREVUE EXPRESS]

QUI :

Samy Khalid est le nouveau héraut d’armes du Canada.

LE CONTEXTE :

La gouverneure générale du Canada, Julie Payette, a annoncé, le 20 mai, la nomination de M. Khalid à titre de héraut d’armes du Canada. M. Khalid s’est joint à l’Autorité héraldique du Canada en 2014, à titre de héraut Saguenay, avant d’en devenir le directeur adjoint par intérim, en 2019. Ce Franco-Ontarien d’adoption, impliqué depuis de nombreuses années en Ontario français, est titulaire d’un doctorat en histoire et spécialiste de l’étude identitaire.

L’ENJEU :

L’Autorité héraldique du Canada est le service fédéral chargé de créer des emblèmes héraldiques : armoiries, drapeaux et insignes. Elle demeure toutefois méconnue des Canadiens.

« Qu’est-ce que cela représente pour vous de devenir héraut d’armes du Canada ?

Ça fait longtemps que je m’intéresse aux armoiries et à la science héraldique, donc c’est un très beau moment dans ma carrière, même si ça intervient dans des circonstances un peu spéciales…

Comment avez-vous développé cet intérêt pour la science héraldique ?

Je suis né en Suisse qui a une tradition héraldique de longue date et très répandue. J’ai grandi avec des armoiries aux murs de ma maison, qui venaient du côté de ma famille maternelle. Quand l’Autorité héraldique du Canada a été créée en 1988, j’ai voulu faire quelque chose pour le côté de ma famille paternelle et j’ai donc consulté le héraut d’armes.

C’est quelque chose qui m’intéresse depuis la jeunesse et qui regroupe plusieurs de mes champs d’intérêt. Je suis historien et mon doctorat portait sur les questions d’identité. Ce sont deux notions importantes en science héraldique.

Samy Khalid, héraut d’armes du Canada. Crédit image : Gracieuseté Autorité héraldique du Canada / MCpl Vincent Carbonneau, Rideau Hall, OSGG

Vous l’avez souligné, vous entrez en poste dans le contexte particulier de la COVID-19. Comment la pandémie affecte votre travail ?

Ça nous ralentit un peu, car nous sommes en télétravail. La partie de notre équipe qui se consacre à la science héraldique et qui travaille avec le demandeur à matérialiser en symboles une histoire, des passions et des parcours peut continuer. Mais c’est plus difficile pour la partie artistique de notre équipe qui, ensuite, peint l’emblème et calligraphie le texte, car nous n’avons pas accès aux papiers et aux fournitures artistiques.

Les Canadiens ne sont pas très familiers avec l’Autorité héraldique du Canada. Y a-t-il malgré tout une forte demande ?

Nous avons entre 100 à 200 dossiers par an, ce qui permet à notre petite équipe de répondre à la demande. Car cela prend du temps. C’est un processus d’un an à un an et demi, entre la consultation, la recherche et l’aspect artistique…

Est-ce que ça coûte cher de faire faire ses armoiries ?

Le service de création est pratiquement sans frais. Le prix de production de l’oeuvre d’art varie selon le nombre d’emblèmes à peindre, entre 2 000 et 3 000 $, pour ce qui est une œuvre d’art unique et un document juridique officiel.

Qui utilise vos services et quelles sont les motivations des gens qui viennent vous voir ?

Nous avons toute sorte de gens, mais aussi des organismes et des institutions. Tout le monde peut faire appel à nous.

Pour les particuliers, c’est souvent un projet familial, des personnes qui veulent laisser un legs, trouver une signature personnelle avec un cachet prestigieux.

En Europe, à l’époque médiévale, les armoiries étaient une façon, pour les gens, qui souvent ne savaient pas écrire, de dire qui ils étaient, comme une sorte de carte d’identité, notamment sur le champ de bataille. Ça s’est ensuite répandu, notamment au Canada avec l’arrivée des Européens. Mais on constate que toutes les civilisations ont utilisé des symboles pour se représenter.

Aujourd’hui, c’est pareil, ça rejoint la question de l’identité et de l’appartenance. C’est un peu comme un tatouage qui, à l’aide de symboles, annonce notre identité. La différence, c’est que le tatouage ne dure que le temps d’une vie, alors que les armoiries se transmettent de génération en génération.

Pour les organisations, comme des universités par exemple, c’est un point de ralliement, que l’on met sur les diplômes et qui confère un caractère officiel et prestigieux.

Comment devient-on héraut ?

Il n’y a pas de formation et les hérauts viennent de différents milieux, littéraire, scientifique, artistique… C’est un métier qui demande de l’écoute, mais aussi de bonnes connaissances en histoire, en botanique, en mythologie, en zoologie… Car il faut pouvoir expliquer pourquoi on choisit tel ou tel symbole. Le Canada est d’ailleurs le seul pays à consigner cette information. C’est important, car quand on pense à certaines armoiries, comme celles des rois de France, par exemple, on ne sait pas toujours pourquoi tel symbole a été utilisé.

Y a-t-il des symboles qu’on ne peut pas utiliser ?

Il y en a très peu, mais par exemple, il y a la couronne royale, car ça appartient au souverain de la Grande-Bretagne.

Nous pouvons utiliser une infinité de symboles, mais nous retenons les plus intemporels, car à la différence d’un logo, des armoiries doivent pouvoir résister à l’épreuve du temps.

Quel est votre rôle dans tout ça ?

Je suis le dernier juge, mais aussi celui qui gère l’équipe. Je travaille aussi sur le volet de l’enregistrement des armoiries existantes et sur celui des symboles des Premières Nations, utilisés depuis des millénaires, notamment quand des universités, des municipalités ou des régiments veulent inclure l’un d’eux.

Les armoiries de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario, dévoilée en 2018. Source : Site internet AFO

Vous avez travaillé à l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) comme analyste politique, au Regroupement du patrimoine franco-ontarien, comme rédacteur en chef du magazine Le Chaînon… Votre parcours est un peu atypique…

J’ai un intérêt de longue date pour l’histoire et tout au long de ma carrière, je me suis intéressé à la langue comme tradition, à la défense du français et du patrimoine et à l’identité. Aujourd’hui, je pense que tout ça se rejoint. J’ai d’ailleurs géré le dossier des armoiries de l’AFO. »

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