Sans police et sur les trottoirs, Sudbury célèbre le retour de la Marche de la Fierté après trois ans d’arrêt
SUDBURY – Après trois ans de pause, le défilé de la Fierté est revenu animer les rues du centre-ville de Sudbury samedi après-midi. La communauté LGBTQ+ s’est réunie pour marcher malgré un climat social plus polarisé, une météo peu clémente et une décision inédite des organisateurs : l’absence complète de présence policière, une première dans l’histoire de la Fierté sudburoise.
La décision de Fierté Sudbury Pride de ne pas inviter la police n’est pas passée inaperçue. En 2023, Fierté Sudbury Pride avait annulé la marche après une décision controversée d’inclure la police, ce qui avait provoqué l’indignation de groupes militants, tels que Black lives matter Sudbury.
Le 13 juin dernier, l’organisation a présenté des excuses publiques et redéfini sa mission pour recentrer l’événement sur la sécurité, la solidarité et l’inclusion, menant au retour d’une marche sans police.

« Le plus important, c’est de revenir aux racines de la résistance », explique Justine Martin, ambassadrice de la marche, assumant pleinement ce choix de l’organisme.
La jeune femme rappelle les piliers du mouvement ainsi : « L’idée que personne n’est libre tant que nous ne le sommes pas tous. On ne se bat pas seulement pour nos droits à nous, mais aussi pour les immigrants, les réfugiés, les personnes noires et de couleur, les Palestiniens, les Congolais. »
« Une bonne décision »
Plusieurs personnes venues participer à la marche ont salué ce choix. « Je suis contente qu’il n’y ait pas de police », confie Ajax, une personne se définissant comme non binaire et qui participait pour la première fois au défilé depuis le début de sa vie adulte.
Iel souligne que les racines du mouvement LGBTQ+ sont profondément liées à la résistance, rappelant que les premières marches de la Fierté ont vu le jour après les émeutes de Stonewall, un soulèvement contre les violences policières : « Aujourd’hui, on a la chance de célébrer sans craindre pour notre sécurité dans la rue. »

Plus loin dans la marche, un autre francophone appartenant fièrement à la communauté queer, Alex Tétreault, abonde dans le même sens : « C’est une bonne décision, ça permet de créer un environnement plus accueillant pour tout le monde, c’est un bon sacrifice à faire. »
Et sur un éventuel retour de la police lors d’une prochaine édition? La réponse de Justine Martin est sans équivoque : « Non, jamais! »
Entre espoir et vigilance
Le retour de la marche avait une valeur hautement symbolique pour plusieurs participants, dans un contexte qu’ils jugent tendu.
Durant la marche, un incident a brièvement troublé le déroulement de l’événement lorsqu’une personne a manifesté son opposition au défilé.
Un organisateur, présent pour encadrer la marche, a réagi avec vigueur, prenant le mégaphone pour répondre par des slogans affirmant la solidarité et le soutien à la communauté.

Ce moment de tension, bien que ponctuel, reflète les résistances et les défis auxquels la communauté queer est encore confrontée dans son quotidien.
« En ce moment, la vie est assez difficile au niveau sociopolitique pour les personnes queer », constate Alex Tétreault, qui n’en est pas à sa première participation aux événements de la fierté.
« Je pense que c’est important d’être ensemble. Ça fait juste du bien », confie celui qui est le poète officiel de la ville de Sudbury depuis juin 2024, notant aussi une évolution ambivalente du climat local : « Il y a autant, si pas plus d’ouverture qu’avant. Mais il y a une minorité qui n’aime pas le progrès, pis elle prend plus de place qu’on aimerait. »

Plus d’acceptation
Ajax, encore bouleversé·e par les réalités vécues par son partenaire aux États-Unis, voit dans la Fierté un espace de soulagement : « Mon partenaire vit dans la peur aux États-Unis, ici au Canada, c’est plus sécuritaire alors j’espère qu’il pourra vite me rejoindre. »
Gabriel Plante, venu représenter First Copper Cliff Scout in action, une troupe locale affiliée à Scouts Canada, est du même avis : « Il y a plus de tolérance qu’avant, mais ceux qui ne sont pas tolérants ont une voix plus grande qu’ils avaient. »
Par-delà les revendications politiques, plusieurs ont souligné l’importance de rendre la Fierté accessible à tous les âges et à toutes les identités.

« On a toujours dit qu’on était un groupe inclusif », explique Gabriel Plante à propos de Scouts Canada. « Ce n’est pas juste quelque chose qu’on dit, c’est quelque chose qu’on fait. On voulait aussi montrer à nos enfants qu’on les accepte pour qui ils sont. »
Moins « glamour », mais plus significative
Faute d’obtenir la fermeture des rues, la marche s’est déroulée sur les trottoirs du centre-ville. En Ontario, c’est la police locale qui décide de la nécessité d’une fermeture de rue pour un défilé.
Pour la marche de Sudbury, les autorités ont maintenu cette exigence sans envisager d’alternatives, selon les organisateurs. Ceux-ci ont donc opté pour un parcours sur les trottoirs, privilégiant avant tout la tenue de l’événement et la mobilisation de la communauté.
Une contrainte que plusieurs ont acceptée avec philosophie.
« C’est un peu moins glamour de marcher sur le trottoir », concède Alex Tétreault, « mais si ça veut dire qu’on est capable de créer un environnement qui est ouvert et accueillant pour tous les membres de la communauté, c’est un bon sacrifice à faire. »

Justine Martin, malgré la fatigue d’avoir coordonné l’événement, ne cachait pas sa joie : « C’était vraiment excitant de voir la communauté revenir aussi fortement marcher avec Fierté Sudbury. On ne savait pas si les gens allaient revenir, ou si ça allait être tranquille. Mais ce n’était absolument pas calme. »
Selon elle, des centaines de personnes ont participé à la marche, sans compter les nombreuses familles présentes lors des autres activités de la semaine.