« Sans prospérité économique, l’essor de la francophonie n’est pas complet », Félix Corriveau
ENTREVUE EXPRESS
QUI :
Félix Corriveau, directeur général d’Impact ON, organisme franco-ontarien de développement économique, anciennement connu sous le nom de Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO).
LE CONTEXTE :
À l’occasion du Congrès annuel de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO), Impact ON présente un mémoire intitulé Notre prospérité entre nos mains. Dans la foulée du Livre blanc issu des États généraux de la francophonie ontarienne, l’organisme formule cinq propositions pour renforcer l’autonomie économique des communautés francophones, soutenir leurs entreprises et ouvrir de nouveaux marchés.
L’ENJEU :
Impact ON veut faire reconnaître le développement économique comme un pilier incontournable de l’avenir de la francophonie ontarienne. L’organisme réclame notamment des investissements provinciaux ciblés, un meilleur soutien à la relève entrepreneuriale et une plus grande représentation francophone dans les instances décisionnelles. Reste à savoir si ces propositions, complémentaires à celles de l’AFO, trouveront un écho auprès du gouvernement de Doug Ford.
« Pourquoi avoir rédigé ce mémoire et choisi de le présenter à l’occasion du Congrès de l’AFO?
C’est un peu une tempête parfaite. Il y a d’abord tout le travail réalisé par l’AFO dans le cadre des États généraux, qui débouche sur un Livre blanc. Nous pensions qu’il fallait consacrer l’économie comme facteur d’essor de nos communautés francophones.
Nous sommes aussi dans un moment de grandes restrictions financières, budgétaires et économiques. Ce mémoire est notre réponse aux conditions actuelles et à la nécessité de diversifier les occasions économiques.
En quoi vos propositions viennent-elles compléter le Livre blanc de l’AFO?
Nous saluons le travail titanesque réalisé par l’AFO. Nous avons eu des conversations avec l’organisme au sujet du contenu de ce mémoire et il a été accueilli très favorablement.
Nous voulons apporter l’éclairage d’une organisation de développement économique. Sans prospérité économique, tout ce qu’on demande en matière d’essor de la francophonie, ce n’est pas complet.
La présidence de l’AFO est remise en jeu lors de ce congrès. Un changement pourrait-il modifier votre collaboration?
Absolument pas. Nous voulons travailler avec tout le monde. Nous saluons la contribution de M. Hébert, qui se représente, mais aussi la venue de nouvelles personnes qui souhaitent apporter leurs idées à l’AFO. Qui que ce soit qui sera élu, nous travaillerons avec cette personne.
Votre mémoire présente cinq priorités. Quelle en est la première urgence?
Il est temps que les pouvoirs publics réservent une partie des investissements, notamment provinciaux, au développement économique des collectivités francophones. Elles disposeraient ainsi des capitaux et des infrastructures nécessaires pour attirer les talents, soutenir les entreprises et créer durablement des projets entrepreneuriaux.
Vous insistez également sur la relève entrepreneuriale. Pourquoi?
Un grand nombre d’entreprises sont sur le point de changer de mains. Beaucoup d’entrepreneurs arrivent à l’âge de la retraite sans savoir quoi faire de leur entreprise. Parallèlement, des francophones et de nouveaux arrivants souhaitent entreprendre. Il faut appuyer ces gens-là et créer une véritable stratégie ontarienne de croissance et de relève entrepreneuriale.
La francophonie peut-elle aussi contribuer à la diversification économique de l’Ontario?
La Francophonie internationale, c’est 320 millions de personnes sur cinq continents. C’est un des plus vastes espaces de commerce, d’investissement et de coopération économique au monde.
Nous avons une expertise reconnue en technologie, en infrastructures, en éducation, en agriculture et en santé. C’est une occasion à saisir pour conquérir de nouveaux marchés.
Quelles sont vos deux dernières priorités?
D’abord, investir dans le leadership économique francophone. Quand il y a des francophones autour de la table dans des postes décisionnels, cela oriente les discussions. Nous proposons de former davantage de leaders francophones pour siéger dans ces instances.
Enfin, investir avec des partenaires enracinés dans les collectivités. Impact ON peut travailler avec le monde communautaire, les entreprises traditionnelles et la communauté d’affaires. Notre appel est simple : venez travailler avec nous.
Qu’attendez-vous maintenant du gouvernement ontarien?
Nous demandons que les recommandations du Livre blanc soient mises de l’avant et que l’importance du développement économique soit reconnue pour assurer la résilience de nos communautés francophones. Si l’économie ne fait pas partie de l’équation, c’est un rouage qui manque dans l’engrenage. »