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Sécurité : les résidents d’Overbrook réclament des mesures concrètes

Les intervenants des divers organismes ont échangé avec les résidents pour renforcer la collaboration autour des enjeux de sécurité. Photo : Amine Harmach / ONFR

OTTAWA – Les résidents d’Overbrook, l’un des quartiers vulnérables de la capitale, ont réitéré lundi soir leur appel à des actions concrètes contre l’insécurité. Police, organismes communautaires et citoyens s’étaient déplacés en grand nombre pour une réunion organisée par l’Association communautaire d’Overbrook, en présence du conseiller municipal Rawlson King.

« Cet été, il s’est passé trop d’événements inquiétants : des situations violentes, des accidents, même des morts. Ça doit changer et c’est pour ça qu’on est ici », a déclaré à ONFR David Ferguson, lors d’une réunion sur la sécurité à Overbrook, lundi soir. 

Membre du conseil d’administration de l’association, il cite notamment la mort tragique d’un enfant de cinq ans, happé par un camion le 15 octobre sur le chemin Presland, dans une zone de construction.

« Certains résidents n’aiment pas parler à la police. Il faut créer plus de liens, plus de compréhension », souligne David Ferguson. Photo : Amine Harmach / ONFR

Elle-même mère d’un enfant de 5 ans, Mandy Metcalfe réside dans le quartier depuis 2017. Elle observe une dégradation des conditions routières dans ce secteur qui se situe à proximité du quartier Vanier.

« Là où j’habite, il y a presque un accident par jour », s’inquiète-t-elle. Elle raconte également avoir été victime de vol : « On m’a volé mon vélo. C’était mon premier vélo. »

Elle repart toutefois de la rencontre mieux informée. 

« Beaucoup de résidents ne savent pas vers qui se tourner pour faire un signalement. Aujourd’hui, c’était très informatif, je sais maintenant à qui m’adresser », a-t-elle confié alors qu’elle remplissait un sondage sur la sécurité, partagé durant cette rencontre. 

Tout au long de la soirée, plusieurs organismes et intervenants se sont succédé pour présenter leurs services et renforcer le dialogue avec les résidents de ce quartier dont près de la moitié est bilingue. 

Pour Robynn Collins, spécialiste de l’accueil communautaire au Service de police d’Ottawa, un problème demeure central : le manque de signalements.

« Beaucoup de personnes hésitent à appeler, par peur d’être identifiées ou de représailles. Or la police va là où les appels nous mènent. Si les crimes ne sont pas signalés, on ne peut pas savoir qu’un problème persiste », affirme-t-elle.

Les caméras, une solution?

Lors de sa présentation, le sergent Sébastien Lemay a détaillé plusieurs initiatives, dont CAMsafe, un registre volontaire lancé au printemps. Celui-ci permet aux résidents et aux entreprises d’indiquer s’ils souhaitent partager, sur demande, les images de leurs caméras de surveillance.

Selon lui, l’outil vise avant tout à faciliter les enquêtes et à remplacer le porte-à-porte traditionnel.

Le sergent Sébastien Lemay et Robynn Collins ont insisté sur l’importance des signalements et de la collaboration entre police et résidents. Photo : Amine Harmach / ONFR
« Ce n’est pas Big Brother. On n’a pas accès aux caméras. On identifie seulement les adresses où il pourrait y en avoir. »

Ottawa frôle désormais les 1000 inscriptions sur le registre, grâce aux événements communautaires et aux codes QR distribués sur le terrain, précise le sergent Sébastien Lemay, ajoutant que les caméras déployées récemment par les policiers en première ligne sont également concernées. 

Il insiste sur le gain de temps et de ressources, dans un contexte où les effectifs sont limités. La plateforme permet, « en un clic », d’identifier les résidences équipées d’une caméra et de contacter rapidement leurs propriétaires pour vérifier les images, qu’il s’agisse d’un véhicule suspect, de personnes recherchées ou d’un dossier de personne disparue, explique-t-il.

Lors de leur présentation, les services de la Société de logement communautaire d’Ottawa (OCH) (Ottawa Community Housing) ont également déclaré disposer de près de 2900 caméras installées. 

À ce sujet, le sergent Lemay précise que pour obtenir des images, « nos agents ont le réflexe, quand ils approchent d’un édifice ou d’une station, de communiquer avec OCH ou OC Transpo, qui dispose pour sa part de dizaines de milliers de caméras ».

Ces caméras ne figurent toutefois pas dans CAMsafe, faute de volume, mais les policiers savent vers qui se tourner lorsqu’un incident survient, assure le sergent Lemay.

Des initiatives qui s’essoufflent

Pour Ismael Awaleh, président de l’Association communautaire d’Overbrook, la méfiance reste forte. Il rappelle qu’il y a cinq ou six ans, la Ville avait tenté d’installer des caméras publiques dans Overbrook, un projet rejeté par les habitants, mais aussi faute de consensus politique à l’échelle du conseil de la Ville.

Ismael Awaleh, président de l’Association communautaire d’Overbrook, explique que la sécurité du quartier demeure une préoccupation importante pour les familles. Photo : Amine Harmach / ONFR

« Aujourd’hui, on demande aux gens d’enregistrer leurs caméras personnelles. Plusieurs voisins craignent que cela ouvre la porte à une forme de surveillance », estime-t-il.

Ismael Awaleh, qui vit dans le quartier Overbrook depuis plus de 20 ans, dit aussi constater que les initiatives communautaires peinent à durer : « Chaque fois qu’on fait un pas en avant, on recule. On nous dit qu’il n’y a pas assez de fonds, que c’était juste un projet pilote. Quand on commence un travail, il faut le finir. »

Il espère néanmoins que les engagements récents mèneront à des actions concrètes.

Pour le conseiller municipal Rawlson King, qui représente le quartier Rideau-Rockcliffe, la clé réside dans la collaboration.

« La sécurité n’est pas seulement l’affaire de la police ou des autorités : c’est aussi celle de la communauté. »

Rawlson King a présidé l’Association communautaire d’Overbrook avant de devenir conseiller municipal. Photo : Amine Harmach / ONFR

Il souligne qu’Overbrook travaille depuis longtemps dans une logique multisectorielle, avec des enjeux complexes : criminalité, usage de drogues, problèmes d’abordabilité, santé mentale. Il rappelle aussi l’existence du protocole de soutien post-incident, un programme pilote lancé dans le quartier.

Plusieurs partenaires étaient présents, dont les représentants du Centre de ressources Rideau-Rockcliffe, du programme d’amélioration de la sécurité des routes à Ottawa, du programme Échec au crime ainsi que des agents du Service d’application des règlements municipaux.