Si l’Ontario raccourcit la formation des enseignants, les savoirs autochtones doivent devenir essentiels
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[CHRONIQUE]
L’Ontario a l’occasion de repenser la formation des enseignants. Le ministre de l’Éducation, Paul Calandra, a présenté le projet de loi 101, la Loi de 2026 donnant la priorité à la réussite des élèves. La province souhaite former des enseignants plus rapidement et plus efficacement. Cela peut être nécessaire.
De nombreux candidats à l’enseignement sont déjà hautement qualifiés avant même d’entrer dans une faculté d’éducation.
Dans mon propre enseignement à l’Université d’Ottawa, j’ai travaillé avec de futurs enseignants qui détenaient déjà un baccalauréat, une maîtrise et, dans certains cas, même un doctorat. La vraie question n’est donc pas de savoir si ces étudiants sont intelligents ou capables. Ils le sont. La vraie question est de savoir quels savoirs sont essentiels pendant la courte période dont nous disposons pour les préparer à la salle de classe.
À l’Université de l’Ontario français, le baccalauréat en éducation est actuellement offert sur quatre sessions à temps plein, avec des cours en littératie, numératie, évaluation, compétences interculturelles, contextes linguistiques minoritaires, apprentissage numérique et stages en milieu scolaire. Ce sont des domaines importants. Mais si l’Ontario s’oriente maintenant vers un modèle plus court de formation des enseignants en trois sessions, chaque élément manquant devient plus urgent.
L’un de ces éléments manquants est l’éducation autochtone
Dans la formation des enseignants en français, l’éducation autochtone est trop souvent absente, facultative ou traitée comme secondaire. Même lorsqu’elle apparaît comme option, elle entre en concurrence avec d’autres cours que les étudiants estiment devoir suivre pour travailler dans les conseils scolaires catholiques ou répondre à d’autres exigences pratiques d’emploi. Résultat : de nombreux candidats francophones à l’enseignement peuvent obtenir leur diplôme sans la compréhension approfondie des peuples autochtones dont ils et leurs futurs élèves ont besoin. C’est un problème sérieux.
Les francophones comprennent déjà quelque chose d’important au sujet de l’identité. Ils savent ce que signifie vivre entre deux mondes : le français et l’anglais, la majorité et la minorité, la langue et la survie. Mais en Ontario, pour bien enseigner, cela ne suffit plus. Les enseignants doivent aussi comprendre le monde autochtone. Les facultés d’éducation anglophones l’ont largement compris. La plupart incluent maintenant une composante obligatoire en éducation autochtone, parce qu’elles reconnaissent que les enseignants ont besoin de ces connaissances pour réussir et que leurs élèves en ont besoin pour comprendre le pays dans lequel ils vivent.
La formation des enseignants francophones ne peut pas rester en arrière
Un enseignant mal préparé n’affecte pas seulement une salle de classe. Son impact peut durer des années, façonnant la manière dont les enfants comprennent les peuples autochtones, le Canada et eux-mêmes. Les enseignants comptent parce qu’ils contribuent à former la prochaine génération, et parfois même celle d’après.
Une province ne peut pas prétendre prendre la réconciliation au sérieux si les enseignants qu’elle certifie ne sont pas tenus de comprendre les peuples autochtones. Cela compte parce que leurs élèves peuvent être Métis, Premières Nations ou Inuit. Cela compte parce que de nombreux élèves non autochtones doivent aussi apprendre la véritable histoire de ce pays. Cela compte parce que les enseignants ne préparent pas seulement les enfants à des examens. Ils les préparent à vivre au Canada.
Si un élève travaille plus tard dans le domaine de la santé sans comprendre les peuples autochtones, il risque de causer du tort. S’il travaille dans le secteur des ressources naturelles dans le Nord de l’Ontario sans comprendre les droits autochtones, il risque d’échouer. S’il entre dans la fonction publique, le droit, l’éducation ou les services sociaux sans comprendre les traités, les pensionnats, la perte des langues et la résilience autochtone, il sera mal préparé au travail que le Canada lui demandera d’accomplir.
La Commission de vérité et réconciliation n’a pas demandé que l’éducation autochtone soit une décoration. Elle a demandé un véritable changement dans ce que les Canadiens apprennent et dans la manière dont les enseignants sont formés. Cela signifie que les savoirs autochtones ne peuvent pas demeurer un ajout facultatif. Ils doivent faire partie de la fondation.
Alors que l’Ontario repense la formation des enseignants, il devrait exiger que chaque candidat à l’enseignement, y compris chaque candidat francophone, reçoive une formation sérieuse en éducation autochtone. Pas une seule conférence. Pas une semaine symbolique. Un vrai cours. Un vrai lien avec les stages lorsque cela est possible. Une véritable compréhension que les enseignants doivent enseigner aux élèves devant eux, et non simplement reproduire les lacunes de ce qu’ils n’ont eux-mêmes jamais appris. Il ne s’agit pas d’ajouter un fardeau. Il s’agit de rendre la formation des enseignants plus honnête.
Si nous raccourcissons le temps, nous devons préciser le but. Et un objectif est clair : les enseignants en Ontario doivent comprendre les peuples autochtones, non pas superficiellement, mais assez profondément pour enseigner avec respect, justesse et humilité. L’Ontario peut devenir un chef de file dans ce domaine. Il peut renforcer l’éducation francophone et l’éducation autochtone en même temps. Il peut affirmer qu’un enseignant formé pour l’Ontario doit être prêt à enseigner à tout l’Ontario : urbain, rural, nordique, francophone, anglophone et autochtone.
La question n’est pas seulement de savoir à quelle vitesse nous pouvons former des enseignants. La question est de savoir si nous avons le courage de décider ce que chaque enseignant doit vraiment savoir.
Murray Sinclair nous a tendu la main,
La vérité a demandé notre action.
Nous avons dit oui à la réconciliation,
Mais formons-nous vraiment ceux qui enseigneront demain?
Les opinions exprimées dans cette chronique n’engagent que leurs auteur(e)s et ne sauraient refléter la position d’ONFR et de TFO.