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Taille des classes francophones : le gouvernement recule

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – Sous la pression des parents et des enseignants, 18 écoles secondaires censées rouvrir à pleine capacité opéreront finalement en mode hybride à la rentrée scolaire. Le ministère de l’Éducation a autorisé trois conseils scolaires de langue française non désignés à organiser un apprentissage à 50 % en classe et 50 % à la maison. Des effectifs de 30 élèves passeront ainsi à 15, pour des raisons de sécurité.

Six écoles de Viamonde et dix écoles de MonAvenir viennent grossir la liste des exceptions, les deux premières ayant été obtenues par Providence pour deux de ses établissements. Désormais, les écoles secondaires francophones du Grand Toronto et de Windsor seront sur le même pied d’égalité que leurs homologues anglophones pour organiser une rentrée sécuritaire.

Une partie de leurs élèves viendront pendant quelques jours en classe, pendant que les autres jours poursuivront leur apprentissage de manière asynchrone à partir de la maison. Ce mode opératoire va considérablement alléger les effectifs par classe.

Le ministre de l’Éducation, Stephen Lecce. Archives ONFR+

À l’origine de ce revirement : la liste des conseils scolaires désignés suscitait l’incompréhension de nombreux parents et enseignants. Le ministre Lecce y sanctuarisait les écoles secondaires anglophones de deux régions à haut risque, Toronto et Windsor, mais pas les conseils francophones de ces mêmes territoires, malgré qu’ils aient des écoles voisines, avec les mêmes défis et les mêmes risques d’éclosion.

Viamonde et MonAvenir ont donc demandé une dérogation pour 18 de leurs écoles, qui s’ajoutent aux 28 établissements des deux conseils scolaires francophones déjà désignés : le Conseil des écoles publiques de l’Est de l’Ontario (CEPEO) et le Conseil des écoles catholiques du Centre-Est (CECCE).

18 écoles secondaires de plus en mode hybride

« Les parents et les employés ont soulevé des préoccupations par rapport au fait qu’on n’était pas un conseil désigné et croyaient qu’on mettait à risque les élèves de nos écoles puisqu’ils allaient être à l’école à 100 % du temps et dans des salles de classe sans limites », explique André Blais, directeur de l’Éducation du conseil scolaire catholique MonAvenir. « À quelques exceptions près, nous visons 15 élèves par classe. »

La quasi-totalité des écoles secondaires de MonAvenir bascule ainsi en apprentissage hybride, à l’exception de Nouvelle-Alliance, à Barrie – qui ne partage pas le territoire avec les conseils désignés – ainsi que de Monseigneur-Jamot, à Peterborough et Pape-François, à Stouffville, deux écoles naissantes de la maternelle à la 12e année, dont les effectifs sont faibles.

André Blais, directeur de l’Éducation du Conseil scolaire catholique MonAvenir. Source : Twitter

On retrouve, dans la liste, des écoles de Welland, Hamilton, London et Cambridge, qui échappent donc à la directive ministérielle d’ouverture en classe entière.

Conseil scolaire Viamonde :

  • École secondaire Jeunes sans frontières (Brampton)
  • École secondaire Gabriel-Dumont (London)
  • École secondaire Toronto-Ouest (Toronto)
  • Collège Français (Toronto)
  • École secondaire Étienne-Brûlé (Toronto)
  • École secondaire Ronald-Marion (Pickering)

Conseil scolaire catholique MonAvenir :

  • École secondaire Académie catholique Mère-Teresa (Hamilton)
  • École secondaire catholique Saint-Jean-de-Brébeuf (Welland)
  • École secondaire catholique Monseigneur-de-Charbonnel (North York)
  • École secondaire catholique Père-Philippe-Lamarche (Scarborough)
  • École secondaire catholique Saint-Frère-André (Toronto)
  • École secondaire catholique Père-René-de-Galinée (Cambridge)
  • École secondaire catholique Renaissance (Aurora)
  • École secondaire catholique Sainte-Trinité (Oakville)
  • École secondaire catholique Sainte-Famille (Mississauga)
  • École secondaire catholique Saint-Charles-Garnier (Whitby)

Conseil scolaire catholique Providence :

  • École secondaire catholique E.J. Lajeunesse (Windsor)
  • École secondaire catholique L’Essor (Tecumseh)

Ces mesures ne touchent pas les élèves de 7e et 8e années qui fréquentent ces établissements. Leur rentrée reste conventionnelle.

Un changement majeur à deux semaines de la rentrée

Ce brutal changement de cap du gouvernement concernant ce qu’a qualifié à plusieurs reprises le premier ministre Doug Ford de « meilleur plan au pays » laisse peu de temps aux conseils scolaires franco-ontariens pour réorganiser les effectifs, le temps de travail et les mesures de santé publique, à tout juste deux semaines de la rentrée.

« Nous avions dû présenter trois plans pour le ministère de l’Éducation le 29 juillet dernier, donc ce n’est pas comme si on se lance d’un coup dans l’inconnu », tempère M. Blais. « Le modèle que nous allons emprunter est bien réfléchi et nous allons pouvoir en donner les détails tôt cette semaine. »

Les conseils scolaires espèrent notamment réorienter les enseignants qui ne souhaitent pas revenir en classe physique vers l’apprentissage à distance, de sorte à limiter le recrutement en temps de pénurie. Des discussions doivent commencer cette semaine avec leur syndicat pour concrétiser ce plan.

« Un gouvernement déconnecté des Franco-Ontariens »

La porte-parole du Nouveau Parti démocratique (NPD) sur les questions de santé, France Gélinas, déplore un plan initial taillé sur mesure pour les conseils anglophones.

« Les conseils scolaires francophones qui couvrent un territoire plus vaste n’ont jamais fait partie de la discussion », lance-t-elle. « Et à deux semaines de la réouverture, on découvre qu’il y avait 18 écoles dans ces régions-là. C’est pitoyable. Par son ignorance, on a un gouvernement qui fait plus de mal que de bien. »

La députée de Nickel Belt et porte-parole du NPD aux questions de santé, France Gélinas. Archives ONFR+

La députée de Nickel Belt estime que le gouvernement s’est saisi de cette question tardivement, tout comme il l’a fait pour la rénovation des systèmes de ventilation. En bout de ligne, à chaque fois, ce sont les écoles de langue française qui en font les frais, selon elle.

« Les écoles francophones sont souvent les plus vieilles écoles, cédées par les conseils anglophones qui n’en voulaient plus. Ce sont celles qui ont les salles les plus petites » où la distanciation, l’hygiène des mains et la ventilation sont un enjeu. « Le gouvernement le sait mais n’a rien fait de spécifique pour nous. Au contraire, il nous a oubliés jusqu’à deux semaines de la rentrée. »

Sollicité par ONFR+, le bureau du ministre de l’Éducation, Stephen Lecce, n’avait pas donné suite à notre requête médiatique au moment d’écrire cet article.

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