Tarifs : le maire d’Ottawa annonce des mesures et appuie le changement de nom de l’avenue Trump
OTTAWA — Le Conseil municipal d’Ottawa a adopté ce mercredi une motion visant à protéger les entreprises locales contre les nouveaux droits de douane américains, notamment en renforçant l’achat canadien, en facilitant l’accès des entreprises aux contrats municipaux et en resserrant la coopération économique avec Gatineau. Les échanges ont aussi donné lieu à l’annonce d’une démarche pour renommer l’avenue Trump.
Présentée par le maire Mark Sutcliffe, la motion répond à l’imposition, depuis le 22 août, de droits de douane américains de 50 % sur de nombreux produits canadiens.
« Ces tarifs touchent directement les entreprises locales. Ils créent un climat d’incertitude et de perturbation comme je n’en ai jamais vu auparavant », a déclaré le maire devant le Conseil.
La Ville entend poursuivre une stratégie d’approvisionnement donnant la priorité au Canada et réduire les obstacles rencontrés par les entreprises d’Ottawa qui souhaitent obtenir des contrats municipaux. Selon la motion, près de 96 % des dépenses d’approvisionnement de la Ville en biens et services ont été effectuées auprès de fournisseurs locaux en 2025.
Le texte prévoit aussi la relance de la campagne « Achetez local, achetez canadien » et la mise à jour, sur le site de la Ville, d’une trousse regroupant les ressources destinées aux entreprises touchées. Les résidents et les commerçants sont par ailleurs invités à afficher le drapeau canadien à leur fenêtre en signe de solidarité.

« Les entreprises locales peuvent afficher des pancartes dans leurs vitrines afin d’encourager les résidents à dépenser leur argent chez elles, plutôt que de l’envoyer à Amazon et de faire venir des produits des États-Unis », a-t-il déclaré.
Ottawa et Gatineau comme une seule région économique
Une partie importante de la motion porte sur le rapprochement économique entre Ottawa et Gatineau. La Ville souhaite collaborer avec Gatineau ainsi qu’avec les gouvernements fédéral et provinciaux afin de faire reconnaître les deux villes comme une seule région économique et de réduire les obstacles au commerce interprovincial.
Cette coopération doit notamment viser les secteurs du tourisme, de la défense, de la cybersécurité, des technologies et de la culture. Le personnel municipal devra également examiner des solutions d’infrastructure capables de mieux relier les réseaux de transport de marchandises de l’Ontario et du Québec.
La conseillère Stéphanie Plante, qui dit avoir demandé l’ajout de cet élément à la motion, a insisté sur les difficultés de circulation des poids lourds entre les deux rives.

« On sait qu’on ne peut pas simplement continuer à les faire passer par King Edward. Il faut absolument une infrastructure dédiée aux camions et aux poids lourds », a-t-elle affirmé à ONFR, évoquant notamment le projet d’un sixième lien interprovincial.
Le conseiller Rawlson King a pour sa part salué la nouvelle entente de collaboration, conclue la veille entre Ottawa et Gatineau, qui vise notamment à renforcer les liens économiques entre les deux villes.
« C’est précisément le moment de travailler ensemble afin d’attirer des investissements, de créer des possibilités économiques et de bâtir une région de la capitale nationale plus forte, face à l’incertitude économique et aux tarifs américains », a-t-il souligné.
Et d’ajouter : « Chaque dollar dépensé auprès d’une entreprise locale d’Ottawa est un dollar qui demeure ici, qui soutient une famille locale et qui contribue à bâtir le type de résilience économique dont nous avons besoin. »
Des PME aux entreprises technologiques
La conseillère Marty Carr a demandé que les petits producteurs locaux, notamment les producteurs de miel et les petites entreprises de transformation alimentaire, soient pris en compte.
« Pour elle, il est vraiment difficile d’accéder aux grands réseaux de distribution et aux grands marchés. Nous devrions aussi examiner cet aspect », a-t-elle signifié.
De son côté, la conseillère Cathy Curry a insisté sur la portée plus large de l’achat local.
« Quand on parle d’acheter local, il ne faut pas penser uniquement aux commerces de détail ou aux produits que l’on achète directement dans un magasin. Il faut aussi penser aux pièces et aux composantes qui entrent dans la fabrication de différents équipements, notamment les serveurs et les technologies que nous utilisons », a-t-elle fait valoir.
Elle a rappelé que de nombreuses entreprises d’Ottawa, notamment dans le secteur technologique de Kanata, conçoivent et fabriquent localement ces composantes.
L’avenue Trump pourrait changer de nom
Les discussions sur les tarifs ont par ailleurs relancé le débat entourant l’avenue Trump, dans le quartier Parc central.
Le conseiller Riley Brockington a annoncé qu’il travaillerait avec les résidents et le personnel municipal afin de lui trouver un nouveau nom. Le secteur, construit il y a environ 25 ans, compte plusieurs rues dont les noms sont associés à la ville de New York.

« Je trouve qu’ici, dans la capitale nationale, le fait d’avoir le nom de Donald Trump sur une rue constitue, d’une certaine manière, une marque de respect et un honneur », a déclaré le conseiller.
Selon lui, Donald Trump ne répondrait plus aux critères actuels de la Ville en matière de dénomination commémorative.
M. Brockington assure que le choix d’un nouveau nom se fera avec les résidents de l’avenue Trump. Une précédente tentative, menée il y a quelques années, n’avait pas abouti.
Stéphanie Plante s’est dite « absolument, à 100 % » favorable au remplacement du nom.
« C’est une bonne occasion de discuter avec les résidents et de mettre en valeur des personnes qui ont façonné cette ville, que ce soit des femmes ou des personnes issues des minorités », a-t-elle indiqué à ONFR.
Le maire Mark Sutcliffe a reconnu qu’un changement de nom entraînerait certaines démarches administratives pour les résidents, notamment auprès des compagnies d’assurance, mais il a appuyé le principe d’une nouvelle appellation.
« J’appuie cela, et ce serait ma préférence ici à Ottawa. Mais je comprends aussi pourquoi il y a de la résistance, parce que cela demande des efforts », a-t-il nuancé.