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Toronto: le projet de Maison de la francophonie fait du surplace

TORONTO – L’idée d’une Maison de la francophonie à Toronto a vu le jour, il y a plusieurs décennies, pour permettre aux Franco-Torontois d’avoir un épicentre économique et culturel. Si le projet d’Université de l’Ontario français a donné un nouveau souffle au projet, il demeure que des obstacles persistent et que l’argent continue d’être un enjeu, admet l’un de ses instigateurs.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

Août 2017. Dyane Adam propose de faire de la Maison de la francophonie un acteur clé de la future Université de l’Ontario français, mais surtout du carrefour francophone qui s’y collerait. La Maison s’occuperait des résidences universitaires et des services aux étudiants, notamment. Les instigateurs du projet de Maison de la francophonie sont satisfaits.

Un an plus tard, rien n’a vraiment avancé. La raison est simple: le financement annoncé pour l’Université de l’Ontario français ne concerne pas le carrefour francophone.

«Tout est un peu en attente pour voir où l’Université de l’Ontario français va s’installer de manière provisoire et surtout où elle va s’installer de manière permanente», explique Kip Daechsel, président du comité qui souhaite donner vie au projet de Maison.

Kip Daechsel, président du projet de Maison de la francophonie de Toronto Photo crédit: gracieuseté

La Maison ne verrait donc pas le jour avant l’ouverture d’un campus permanent? «Pour le moment, c’est ce qu’on a sur la table», répond-t-il, tout en affirmant que les choses pourraient changer avec l’évolution du projet. «On se penche sur un projet qui pourrait voir le jour bien avant cinq ans», ajoute-t-il.

Le projet de Maison de la francophonie a bien changé depuis dix ans, admet M. Daechsel. «Notre projet à la base était de fournir des locaux pour des organismes francophones à but non-lucratif. De créer une synergie entre ces organismes et de créer une présence à Toronto, c’est toujours notre but. On a toujours eu l’intention d’avoir un locataire principal. Avant, c’était le Centre francophone, ensuite le Collège Boréal, maintenant ce qu’on envisage, c’est d’offrir des résidences, ce qui peut générer des revenus et soutenir la Maison», explique-t-il.

L’argent demeure le nerf de la guerre. «Il y a trois sources potentielles. Le provincial, ça reste à voir. Le fédéral, on a eu des discussions et il y a de l’intérêt. Et le secteur privé, car on a des revenus fiables, on peut emprunter de l’argent et s’autogérer», dit-il. Est-ce que la Maison est sur le radar du nouveau gouvernement Ford? «C’est trop tôt, on a pas eu de contacts encore avec eux. J’ai eu vent que la nouvelle ministre déléguée aux Affaires francophones, Caroline Mulroney, est très ouverte au projet et veut faire une contribution à la communauté», ajoute néanmoins Kip Daechsel.

 

La perspective de l’Université

Le recteur par intérim de la future Université de l’Ontario français, Normand Labrie, apporte un autre éclairage sur la situation. «Les subventions gouvernementales pour l’université vont à l’enseignement universitaire, pas pour les mètres carrés. Le ministère de la Formation et des Collèges et Universités va dire non. Mais il peut y avoir le fédéral qui peut collaborer, car il a déjà collaboré à des maisons de la francophonie ailleurs au pays», dit-il.

Normand Labrie croit qu’il faudra faire preuve de créativité. «Il faut définir un modèle d’affaire. Est-ce que les résidences pourraient être sous forme de condominiums avec un lieu commun, le tout géré par une autre société avec un conseil d’administration?», se questionne-t-il.

Image diffusé par le Regroupement des étudiants franco-ontariens pendant les mouvements pour faire pression sur le gouvernement pour la création d’une université francophone en Ontario. Archives #ONfr

La Maison de la francophonie serait l’un des nombreux organismes présents dans le carrefour francophone. Le Centre francophone et TFO, notamment, sont au nombre des organismes qui veulent aussi se joindre au projet. «On a identifié les organismes qui ont besoin de renouveler un bail et de déménager d’ici les dix ou quinze prochaines années», souligne Normand Labrie, qui donne un indice sur le possible échéancier de ce volet du projet universitaire. L’Université de l’Ontario français aura un campus temporaire, dans un premier temps, faut-il rappeler.

Le carrefour francophone sera une pierre angulaire de la future Université de l’Ontario français, insiste cependant Normand Labrie. «Ça fait partie du projet académique de l’Université, on croit que c’est essentiel», dit-il. M. Labrie affirme que les étudiants pourraient, par exemple, faire des stages ou apprendre au sein même des sociétés qui seront présentes dans le carrefour.

Pour sa part, le gouvernement ontarien se fait pour l’instant avare de commentaires. «Le cabinet de la ministre est au courant de ce projet. Nous rencontrons présentement des Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens afin de déterminer leurs priorités et les projets qui feront avancer leurs communautés. Ce processus est en cours», s’est contentée de dire Jessica Trépanier, porte-parole de Mme Mulroney.

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Étienne Fortin-Gauthier
Étienne Fortin-Gauthier
efgauthier@tfo.org @etiennefg

Étienne Fortin-Gauthier est journaliste depuis une dizaine d’années. Il a collaboré à plusieurs grands médias canadiens et européens, dont La Presse Canadienne, le quotidien La Presse, l’Agence France-Presse et le groupe de presse L’Avenir (Belgique). Il s’est initié aux dossiers de la francophonie canadienne lors d’un séjour au Réseau francophone d’Amérique, qui travaille de près avec les stations radiophoniques francophones en milieu minoritaire. Étienne est diplômé de l’École des affaires publiques et internationales de Glendon, à Toronto, et du programme bidisciplinaire en communication et science politique de l’Université de Montréal.