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Trans Mountain : le rapport de l’Office national de l’énergie juste en anglais

Temps de lecture : 3 minutes

OTTAWA – Le Rapport de réexamen du projet d’agrandissement de l’oléoduc Trans Mountain, publié récemment par l’Office national de l’énergie (ONÉ), est pour l’instant disponible uniquement en anglais. Une situation que dénoncent plusieurs députés.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Les francophones qui s’intéressent au projet d’extension du pipeline Trans Mountain ont intérêt à comprendre l’anglais ou à être patients s’ils veulent en savoir plus sur le possible agrandissement du réseau, qui doit relier Edmonton au terminal pétrolier de Burnaby.

Plusieurs députés fédéraux dénoncent la publication uniquement en anglais du dernier rapport de l’ONÉ. Un rapport de 700 pages dans lequel l’Office recommande d’approuver l’extension du réseau d’oléoducs qui transporte le pétrole brut et le pétrole raffiné de l’Alberta à la côte de la Colombie-Britannique.

Le Bloc Québécois est monté aux barricades par la voix des députés Xavier Barsalou-Duval et de Mario Beaulieu.

« Le français est supposé être une langue officielle dans ce pays, mais pour le gouvernement du Canada, on dirait que les francophones sont des citoyens de deuxième classe. Pour le Canada, ça ne semble pas être suffisant de prendre des milliards de l’argent des Québécois et de l’investir dans le pétrole le plus polluant du monde en Alberta. Pour ajouter l’insulte à l’injure, il faut aussi que ça se fasse dans la langue du maître », a dénoncé le député Barsalou-Duval.

Le porte-parole aux langues officielles pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), François Choquette, n’en revient tout simplement pas.

« J’en perds mes mots ! C’est extrêmement choquant que ça arrive encore, sur un sujet aussi important et sensible pour les Canadiens. Il y a tellement de gens qui sont concernés… »

Ce projet d’extension fait les manchettes et divise les Canadiens, suscitant l’opposition de nombreux groupes environnementaux, là où d’autres y voient une opportunité économique.

L’ONÉ, un récidiviste

Ce n’est pas la première fois que l’ONÉ est pointé du doigt dans ce domaine. En 2014, des problèmes de traduction en français de la demande de projet de TransCanada pour l’oléoduc Énergie Est avaient conduit plusieurs résidents québécois affectés par le tracé, ainsi que le Centre québécois du droit de l’environnement (CQDE), à porter la cause devant les tribunaux. La cour fédérale n’avait toutefois finalement pas entendu la cause en raison de l’abandon du projet Énergie-est, mais le Commissariat aux langues officielles (CLO) du Canada avait reçu 11 plaintes entre 2014 et 2015 pour dénoncer cette situation.

À l’époque, l’ONÉ rétorquait que les documents étant fournis par une entreprise privée, il ne pouvait la contraindre à les rendre disponibles dans les deux langues officielles.

« On avait travaillé tellement fort pour que ça ne se reproduise plus… Ils nous avaient dit être de bonne volonté. C’est une insulte de leur part. Il faut qu’il y ait des conséquences ! », plaide M. Choquette.

Pour expliquer la situation dans le cas de ce dernier rapport, publié par l’ONÉ lui-même, l’institution fédérale dit avoir dû répondre à l’urgence.

« En temps normal, nous avons effectivement l’habitude de publier simultanément nos rapports dans les deux langues. Dans ce cas-ci cependant, le temps qu’il aurait fallu pour rédiger et publier simultanément le rapport dans les deux langues officielles aurait fait en sorte que l’Office n’aurait pas pu respecter son échéance », indique l’ONÉ dans un échange de courriels avec #ONfr.

L’Office promet toutefois que le document sera prochainement disponible en français.

« La Loi sur les langues officielles stipule qu’une décision peut être rendue d’abord dans une langue, si l’établissement d’une version bilingue entraînerait un retard qui serait préjudiciable à l’intérêt public ou à une partie. Soyez assuré néanmoins que nous déployons tous les efforts possibles pour que la version française soit prête dans les meilleurs délais. »

Clarke demande des sanctions exemplaires

Le porte-parole aux langues officielles pour le Parti conservateur du Canada (PCC), Alupa Clarke, demande au gouvernement une intervention ferme.

« Il faut commencer à se poser des questions ! Il y a les problèmes à la Banque d’infrastructure, sur le site internet d’appel d’offres et maintenant ça… Ça fait trois en six mois ! C’est inacceptable et honteux que des agences gouvernementales ne respectent pas à ce point la Loi sur les langues officielles. Le gouvernement doit intervenir et faire un exemple ! S’il faut congédier des gens, qu’il le fasse. À un moment donné, ça suffit ! »

Alupa Clarke à la Chambre des communes. Gracieuseté

Le bureau de la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, dit prendre le problème au sérieux et assure que c’est à la demande du gouvernement que le problème sera corrigé.

« C’est inacceptable et selon nos informations, l’ONÉ est en train de corriger la situation. Il est crucial que nos institutions soient en mesure de communiquer avec les Canadiens dans les deux langues officielles », a commenté l’attachée de presse de Mme Joly, Jeremy Ghio.

Cette controverse devrait atterrir une nouvelle fois sur le bureau du commissaire aux langues officielles. Les deux députés bloquistes ont d’ores et déjà prévu de déposer une plainte, et MM. Clarke et Choquette disent également l’envisager.


POUR EN SAVOIR PLUS :

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