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Trudeau, grand absent du Symposium sur le 50e de la Loi sur les langues officielles

Temps de lecture : 4 minutes

OTTAWA – Au lendemain du Symposium sur le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, qui a réuni quelque 500 personnes à Ottawa, l’absence du premier ministre Justin Trudeau suscite des interrogations quant à son engagement réel envers les langues officielles.

Présenté par le gouvernement comme « un symposium historique pour célébrer le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles », l’événement de deux jours a vu défiler plusieurs élus, de tous partis confondus, au Centre national des Arts.

Les porte-paroles en matière de langues officielles pour le Parti conservateur du Canada (PCC) et pour le Nouveau Parti démocratique (NPD), Alupa Clarke et François Choquette, ont fait le déplacement, tout comme plusieurs députés libéraux membres du comité permanent des langues officielles et quelques sénateurs.

Du côté du gouvernement, le ministre de la Justice David Lametti a délivré le mot de conclusion, alors que la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, a fait bonne figure, estime la politologue de l’Université d’Ottawa, Linda Cardinal.

« La ministre Joly a fait beaucoup de chemin et on sent qu’elle comprend mieux le dossier aujourd’hui. Elle maîtrise le discours, même si on ne sait pas ce que ça donnera en termes d’actions concrètes. »

La ministre Joly lors du Symposium sur le 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles. Crédit image : Benjamin Vachet

Même son de cloche du côté de l’ancien adversaire politique du Parti libéral, Yvon Godin.

« Mme Joly et M. Lametti ont fait de bonnes présentations, mais il est décevant de ne pas voir le premier ministre quand on parle du 50e anniversaire de la Loi sur les langues officielles, une loi qui suscite encore tant de problèmes. »

Discret sur le dossier

L’ancien député néo-démocrate dénonce l’absence du premier ministre.

« Ce n’est pas normal qu’il ne soit pas présent ! S’il croit vraiment au bilinguisme comme il le dit et qu’il veut voir des changements, il aurait dû venir partager son message ! »

Pour Mme Cardinal, cette absence démontre une nouvelle fois la discrétion de M. Trudeau dans le dossier.

« Sa présence aurait été un symbole important. C’est une déception, car on ne l’entend absolument pas. Cela dit, on n’entend pas plus Andrew Scheer ni Jagmeet Singh, qui laissent leurs porte-paroles, Alupa Clarke et François Choquette, faire le travail. »

Le premier ministre était pourtant à Ottawa, mardi, pour participer à la réunion du Conseil des ministres, à la période des questions, puis pour prononcer une allocution à la cérémonie des Prix du premier ministre pour l’excellence dans l’enseignement. Un événement tenu à 16h… au Centre national des Arts, où s’achevait alors le Symposium.

La Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada reconnaît que la présence du premier ministre aurait envoyé un beau message.

« Mais ça ne faisait pas partie de nos attentes, donc on ne critique pas ça », dit le président de l’organisme Jean Johnson.

La FCFA déçue du Symposium

L’organisme porte-parole des francophones en milieu minoritaire concentre ses critiques sur l’issue du Symposium.

« On a davantage assisté à une consultation qu’à une célébration et j’avoue que j’aurais voulu entendre davantage de la part du gouvernement. J’aurais voulu qu’il nous dise ce qu’il a entendu pendant sa tournée pancanadienne, les éléments importants qu’il en a retenus et ce qu’il compte faire s’il est ramené au pouvoir, avec un échéancier clair. J’ai quitté le Symposium un peu confus, ne sachant pas où on s’en va vraiment. »

Présent lors des deux journées, M. Godin partage les interrogations de la FCFA.

« Il y a eu de bonnes interactions, mais à la fin, je me serais attendu à des recommandations au gouvernement, qu’il en sorte quelque chose de concret… Un symposium, c’est bien, mais on en fait quoi après ? Je ne vois pas vraiment de lueur d’espoir. »

La politologue Linda Cardinal, panéliste lors du Symposium, se montre plus nuancée.

« C’est sûr que les gens qui s’attendaient à des engagements doivent être déçus, mais on est dans une période préélectorale et il est donc normal que Mme Joly [ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie] et le gouvernement ne montrent pas toutes leurs cartes. Cela dit, c’est vrai qu’il y a de grandes interrogations sur ce qui va se passer maintenant. Ce qui est clair, c’est que ce sera dans la plateforme libérale et que les langues officielles vont être instrumentalisées par les partis pendant la campagne. »

Baisser les attentes

Les messages reçus de certains élus ont également du mal à passer, glisse le président de la FCFA, qui précise qu’ils ne proviennent pas de la ministre Joly.

« Des élus du gouvernement m’ont dit à trois reprises, pendant le Symposium, qu’il fallait baisser nos attentes. Ça fait 50 ans qu’on baisse nos attentes et le processus n’a même pas commencé ! Je sens une tiédeur à l’approche des élections et une réticence à s’engager réellement. »

Le président de la FCFA, Jean Johnson. Archives ONFR+

Au bureau de la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, on explique que toutes les discussions du Symposium, ainsi que des forums et tables rondes des derniers mois feront l’objet d’un rapport qui résumera toutes les prises de position. Celui-ci devrait être présenté en juin.

On rappelle également l’engagement de la ministre Joly à moderniser la Loi sur les langues officielles d’ici 2021, en cas de victoire libérale aux prochaines élections. Cette promesse, dit-on, devrait figurer dans la plateforme électorale.

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