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Trudeau ou le rendez-vous manqué avec les francophones

[ANALYSE]

OTTAWA – Un document de plus de 500 pages, mais finalement peu de mention à l’une des deux langues officielles du pays. Le budget présenté la semaine dernière n’a guère convaincu les francophones, sans décevoir vraiment.

À vrai dire, on se doutait que ce quatrième et dernier budget fédéral du premier mandat de Justin Trudeau ne serait pas un coup d’accélérateur pour les francophones. Les attentes des différents organismes étaient mesurées. Trop peut-être.

Au mieux, on retrouve un engagement écrit pour le renouvellement du Protocole d’entente à l’enseignement dans la langue de la minorité et à l’enseignement de la langue seconde. Cet accord encadrant les ententes par lesquelles le gouvernement fédéral transfère des fonds aux provinces et aux territoires est échu depuis 2018.

Plus concrètement, le ministère des Finances promet 21,6 millions de dollars sur cinq ans pour moderniser la Loi sur le divorce dans les deux langues officielles.

En revanche, les francophones n’ont pas obtenu la revalorisation du Plan d’action pour les langues officielles. L’enveloppe destinée aux provinces et territoires pour offrir des services dans la langue de la minorité a été augmentée de 500 millions de dollars l’an passé. Pas assez selon les organismes qui réclament toujours 75 millions de plus.

Des budgets qui se ressemblent

Faut-il dès lors tacler le gouvernement de Justin Trudeau pour son manque de sensibilité à la cause francophone ? La question se pose avec acuité, au moment où le premier ministre s’apprête à jouer sa survie à la tête du Canada. La remontée de son rival conservateur Andrew Scheer dans les sondages n’annonce d’ailleurs rien de bon pour le camp libéral en vue des élections du 21 octobre.

En trois ans et demi, les budgets de Justin Trudeau vis-à-vis des francophones ont fini par se ressembler. Rien à voir heureusement avec l’énoncé économique de Doug Ford le 15 novembre dernier si catastrophique pour l’Ontario français, mais pas très folichons non plus.

Un bilan mi-figue mi-raisin

Si l’on devait dresser un premier bilan du mandat de Justin Trudeau pour les francophones en contexte minoritaire, il faudrait parler plutôt de rattrapage que d’une nouvelle impulsion. Représenté surtout par la ministre Mélanie Joly, le gouvernement libéral a tout de même bien répondu à quelques revendications.

À commencer par le rétablissement des programmes de mobilité francophone et de contestation judiciaire supprimés par les conservateurs de Stephen Harper. Les quelque 500 millions de dollars injectés dans le Plan d’action sur les langues officielles vont donc aussi dans ce sens.

Mais après avoir réparé les pots cassés, les libéraux n’ont pas poursuivi les réformes. Beaucoup d’élus du parti de M. Trudeau n’ont pas appuyé le projet de loi néo-démocrate pour que les juges de la Cour suprême du Canada deviennent bilingues. Sur l’immigration, force est d’admettre que la fameuse cible de 4,4 % de nouveaux arrivants francophones n’est encore qu’un lointain mirage.

Sur la forme, l’équipe libérale a même semblé par moments déconnectée. En témoignent la non-anticipation des réactions à la suite de la nomination avortée de Madeleine Meilleur à titre de commissaire aux langues officielles il y a deux ans, ou encore les incantations du ministre de l’Immigration, des Réfugiés et de la Citoyenneté Ahmed Hussen, promettant de dépasser justement la cible de 4.4 %.

Il reste encore six mois à Justin Trudeau pour passer la vitesse supérieure avec les francophones. Dans le cas contraire, on pourra parler d’un rendez-vous manqué.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 25 mars.

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