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Trudeau toujours discret sur la situation des francophones

Le premier ministre Justin Trudeau lors de son point presse, ce mercredi. Crédit image: Benjamin Vachet

OTTAWA – Le premier ministre Justin Trudeau s’est montré toujours aussi prudent dans le dossier des droits linguistiques, malgré les événements de ces dernières semaines en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Une stratégie qui peut s’expliquer par la proximité des élections fédérales, juge la politologue Stéphanie Chouinard.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Interrogé sur la remise en cause des droits linguistiques des francophones, notamment en Ontario et au Nouveau-Brunswick, ce mercredi, lors de son point presse de fin d’année, le chef du gouvernement libéral a préféré insister sur l’engagement du fédéral dans le dossier.

«Il n’y a aucune remise en cause de la part du fédéral de l’importance de défendre les minorités linguistiques à travers le pays. J’ai été très content de pouvoir m’asseoir avec les différents chefs de partis [à la Chambre des communes] pour pouvoir nous mettre tous d’accord que la défense des communautés de langue officielle en situation minoritaire est une priorité. Le gouvernement fédéral va toujours être là et faire tout ce qu’il peut pour défendre les droits minoritaires à travers le pays. Ça fait partie de mes valeurs, de mes priorités», a-t-il répondu à #ONfr.

Insistant sur sa volonté de rassembler les Canadiens autour de valeur commune et dénonçant les divisions – notamment sur la délicate question de l’énergie pétrolière qui a opposé ces derniers jours le Québec à l’Alberta -, le premier ministre a scrupuleusement évité les critiques frontales contre les deux provinces où les droits linguistiques semblent menacés.

«Évidemment, les gouvernements provinciaux ont leurs champs de compétence, ils ont le droit de prendre leurs décisions», a-t-il indiqué, rappelant toutefois le rôle que peuvent jouer les citoyens dans ces dossiers. «Les populations locales peuvent être très convaincantes dans leurs revendications», a-t-il souligné, faisant sans doute référence aux manifestations massives à travers l’Ontario, et le reste du pays, le 1er décembre, en soutien aux Franco-Ontariens.

 

Le Nouveau-Brunswick «franchit une ligne rouge»

Mais la situation ne semble pas prête de s’arranger en Ontario et au Nouveau-Brunswick. Hier, le premier ministre Blaine Higgs a ordonné à Ambulance Nouveau-Brunswick d’éliminer l’exigence du bilinguisme lors de l’embauche d’ambulanciers. Une décision qui a provoqué la colère de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick (SANB).

«Avec cette décision, le gouvernement Higgs nous montre de façon irrévocable ses vraies couleurs. Cet ordre d’éliminer les exigences linguistiques lors de l’embauche d’ambulanciers porte directement atteinte à nos communautés acadiennes et francophones. (…) La SANB déplore cette décision cavalière et irresponsable, qui représente une ligne rouge à ne pas franchir», a dénoncé l’organisme par voie de communiqué, ouvrant la porte à un recours judiciaire.

Le président de la SANB, Robert Melanson. Source: Facebook SANB

Cette décision a également fait réagir la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, inquiète du climat actuel en matière de droits linguistiques.

«Les événements en Ontario et maintenant au Nouveau-Brunswick montrent que nous sommes entrés dans une période où il nous faudra à nouveau résister contre ceux et celles qui voudraient nous faire reculer. Mais c’est dans l’adversité que nos communautés montrent de quel bois elles se chauffent», a déclaré le président de la FCFA, Jean Johnson.

 

La ministre Joly réagit

Ce matin, la ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, Mélanie Joly, s’était prononcée sur cette première entaille aux droits linguistiques de la part du nouveau gouvernement néo-brunswickois.

«Je suis de très près les impacts de la décision du Nouveau-Brunswick. Les Néo-Brunswickois méritent d’avoir des services de qualité dans la langue officielle de leur choix. Leurs droits linguistiques doivent être respectés», a-t-elle gazouillé.

Mais le premier ministre a soigneusement évité de faire de même. Une discrétion qui pourrait avoir des raisons stratégiques, explique la politologue du Collège militaire royal du Canada, Stéphanie Chouinard.

«On sait que Mme Joly a été rétrogradée, cet été, en perdant le ministère du Patrimoine canadien. Peut-être que le premier ministre s’est entendu avec elle afin qu’elle pilote seule le dossier des langues officielles pour le gouvernement fédéral?»


«Il est certain que si le premier ministre prenait la parole sur le dossier, l’impact ne serait pas le même, car sa légitimité est supérieure à celle de tous ses ministres» – Stéphanie Chouinard, politologue


La politologue souligne toutefois que les réponses du gouvernement fédéral à la crise en Ontario et aux décisions au Nouveau-Brunswick ne sont pas les mêmes.

«Mme Joly est montée rapidement aux barricades et de manière assez agressive sur le dossier ontarien. La réponse pour le Nouveau-Brunswick est moins forte, car M. Higgs et Dominic LeBlanc [ministre des Affaires intergouvernementales et du Nord et du Commerce intérieur] sont déjà à couteaux tirés. Peut-être que Justin Trudeau ne veut pas en rajouter?»

 

L’impact des élections fédérales

D’autant que les élections fédérales approchent à grands pas, rappelle Mme Chouinard, qui y voit un rapport de cause à effet.

«Peut-être que le premier ministre serait plus enclin à se mouiller si les prochaines élections fédérales n’étaient pas si proches. Sa popularité est en chute libre et il aura beaucoup de travail à faire pour obtenir un second mandat. Ne pas se prononcer peut avoir un aspect stratégique.»

Et même si le Québec n’a pas hésité à appuyer massivement les Franco-Ontariens, du côté citoyen comme du côté de la classe politique, le choix du gouvernement Trudeau pourrait s’avérer payant, juge-t-elle.

«Même s’il y a eu un bel élan de solidarité, au moment de voter, je ne pense pas que ce soit ça qui compte pour les électeurs québécois. Il y a beaucoup d’autres enjeux qui pèseront beaucoup plus lourd dans la balance, comme le projet d’oléoduc Énergie Est.»

 


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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.