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Des défis pour les francophones à travers le pays

Temps de lecture : 5 minutes

En Ontario, les mesures prises par le premier ministre Doug Ford ont déclenché une crise linguistique inattendue. Cette crise a été traitée à travers le Canada et même au-delà des frontières. Pourtant, la province n’est pas la seule où les communautés francophones rencontrent d’importants défis.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

NOUVEAU-BRUNSWICK

La province du Nouveau-Brunswick partage l’attention médiatique avec l’Ontario en ce qui a trait aux menaces vis-à-vis des droits linguistiques des francophones.

Fin septembre, l’élection d’un gouvernement minoritaire progressiste-conservateur dirigé par un ancien membre du parti Confederation of Regions (CoR), un parti anti-bilinguisme de la fin des années 80 et du début des années 90, a attiré l’attention. Car dans la seule province officiellement bilingue du Canada, le nouveau premier ministre Blaine Higgs dirige désormais avec l’appui d’un descendant du CoR, l’Alliance des gens du Nouveau-Brunswick de Kris Austin. Avec ses trois sièges, ce parti très critique des obligations linguistiques de la province détient la balance du pouvoir.

« Je me dis parfois qu’il aurait peut-être été préférable qu’on abolisse le poste de commissaire aux langues officielles au Nouveau-Brunswick pour que les gens se mobilisent », regrettait récemment l’avocat acadien spécialiste des droits linguistiques, Michel Doucet.

Même si le premier ministre Blaine Higgs a indiqué ne pas vouloir suivre les pas de Doug Ford, le 10 décembre dernier, il a ordonné, ce mardi, à Ambulance Nouveau-Brunswick d’éliminer l’exigence du bilinguisme lors de l’embauche d’ambulanciers.

NOUVELLE-ÉCOSSE

Le Nouveau-Brunswick n’est pas la seule province des Maritimes où les francophones connaissent des défis. En Nouvelle-Écosse, la communauté acadienne lutte depuis 2012 pour le retour de ses circonscriptions électorales protégées, qui lui garantissaient un certain nombre de représentants et une voix à l’Assemblée législative. Ces circonscriptions avaient été supprimées par le gouvernement néo-démocrate de Darrell Dexter.

« Je crois que M. Dexter [premier ministre néo-démocrate de 2009 à 2013] était profondément anti-francophone. Mais c’est une minorité. Les anglophones connaissent généralement bien notre histoire et à la différence du Nouveau-Brunswick, comme nous sommes moins nombreux, ils ne nous perçoivent pas comme une menace », explique la directrice générale de la Fédération acadienne de la Nouvelle-Écosse (FANE), Marie-Claude Rioux.

Le parlement de Nouvelle-Écosse, à Halifax. Crédit image : Louperivois, Wikipedia

Malgré le changement de gouvernement en 2013 avec l’arrivée au pouvoir des libéraux de Stephen McNeil en 2013 et une victoire devant la Cour d’appel de la Nouvelle-Écosse, en janvier 2017, les choses avancent encore lentement. Récemment, la Commission de délimitation des circonscriptions électorales a rendu son rapport préliminaire.

« Nous en sommes très satisfaits, car la commission recommande le retour des circonscriptions acadiennes protégées de Clare, d’Argyle et de Richmond et envisage des solutions pour Chéticamp. »

Le rapport final devrait être connu d’ici le 1er avril 2019.

« Nous avons bon espoir. On voit mal le gouvernement rejeter les recommandations. »

MANITOBA

Plus à l’Ouest, la situation des Franco-Manitobains est également compliquée, reconnaît le président de la Société de la francophonie du Manitoba (SFM), Christian Monnin.

« La restructuration au Bureau de l’éducation française, qui est responsable de tous les services à la communauté éducative francophone et pour l’éducation langue seconde, nous préoccupe. C’est la pierre angulaire d’une éducation en français de qualité ! »

En 2017, le gouvernement progressiste-conservateur de Brian Pallister a décidé d’abolir le poste de sous-ministre adjoint francophone pour le remplacer par une direction générale.

« On nous indique que la direction générale a un accès plus direct au ministre à l’Éducation et de la Formation [Kelvin Goertzen], ce qui pourrait être intéressant, mais on ne sait pas comment ça va fonctionner dans la pratique. De plus, il s’y trouve neuf postes vacants sur 16, c’est très élevé ! On craint cette tendance à l’échelle nationale de remettre en cause les acquis des francophones au nom de l’efficacité économique. »


« C’est un gouvernement qui est prêt à s’asseoir avec nous » – Christian Monnin, SFM


Le bilan du gouvernement progressiste-conservateur comporte toutefois une satisfaction, selon la SFM : le vote en 2016 de la Loi sur l’appui à l’épanouissement de la francophonie manitobaine, censée protéger les services en français.

SASKATCHEWAN

De quoi faire l’envie des Fransaskois. Car depuis l’arrivée au pouvoir du Parti saskatchewanais en 2007, les premiers ministres Brad Wall et son successeur Scott Moe se montrent distants avec leur communauté francophone.

« On a le sentiment d’un manque généralisé de reconnaissance des francophones », analyse Marc Masson, le directeur des communications de l’Assemblée communautaire fransaskoise (ACF).

Pourtant, ce ne sont pas les sujets qui manquent pour les Fransaskois, notamment en éducation. Mais actuellement, c’est le dossier de la Direction des affaires francophones qui capte l’attention.

Auparavant rattaché au conseil exécutif, cette institution chargée de faire le lien entre le gouvernement provincial et les Fransaskois dépend, depuis octobre, du ministère des Parcs, de la Culture et des Sports.

« La Direction des affaires francophones était auparavant très proche du pouvoir, désormais on craint qu’elle ne perde de son impact. Quelle va être sa place dans les prises de décisions ? La faire dépendre du ministère de la Culture renvoie à l’idée, qu’on a aussi entendu chez M. Ford en Ontario, que les francophones sont une communauté ethnique comme d’autres. Ça donne l’impression que notre importance a diminué. »

Les changements apportés inquiètent d’autant plus l’ACF que l’organisme porte-parole des Fransaskois ne l’a appris que par l’intermédiaire des journalistes et sans consultation.

COLOMBIE-BRITANNIQUE

Pour les francophones de Colombie-Britannique, les dernières années ont souvent rimé avec cause judiciaire. Depuis 2010, ils ont dû se présenter pour trois cas différents devant les tribunaux. Deux causes sont encore en cours qui pourraient très bien aboutir devant la Cour suprême du Canada.

Mais la Fédération des francophones de la Colombie-Britannique (FFCB) insiste que tout ne va pas si mal dans la seule province qui ne possède ni politique ni loi en matière de services en français.

« On revient de très loin, mais ça se passe très bien avec le nouveau gouvernement. Peut-être parce qu’il est minoritaire [la Colombie-Britannique est gouvernée par le Nouveau Parti démocratique, avec l’appui du Parti vert], mais il est plus enclin au compromis », explique Christian Deron, coordinateur des relations gouvernementales et de la recherche à la FFCB.

La nomination de l’ancien directeur général de Canadian Parents for French pour la Colombie-Britannique et le Yukon, Adrian Dix, comme ministre responsable des Affaires francophones n’est pas étrangère à la situation.

« Il a une sensibilité aux enjeux et la volonté d’améliorer les choses. Il ne veut pas que les langues officielles ne soient qu’une série de poursuites devant les tribunaux. On sent une volonté réparatrice de la part du gouvernement. »

Mais la situation du gouvernement de John Horgan reste précaire. Et les avancées sont encore peu concrètes pour les francophones.

« On voudrait plus de services en français et que ceux-ci soient protégés, mais c’est un travail de long terme, car si c’est pour avoir une politique ou une loi vide, autant mettre l’argent dans les services directement. »

Cet article a été mis à jour le mardi 18 décembre à 14h49.


POUR EN SAVOIR PLUS :

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