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Un « bilinguisme officiel » encore très embryonnaire à Ottawa

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

OTTAWA – 15 décembre 2017. Dans une salle de l’hôtel de ville d’Ottawa, une trentaine de militants, élus et leaders ottaviens, ont pris rendez-vous pour célébrer « le caractère bilingue d’Ottawa » reconnu par une loi omnibus 177 passée la veille à Queen’s Park. Après des années de lutte pour le bilinguisme officiel, l’affaire semble enfin réglée…

Deux ans plus tard, force est d’admettre que rien n’a vraiment changé à la Ville d’Ottawa. La formule légale n’a en fait qu’enchâsser le statu quo, sans véritables progrès, ni objectifs définis pour améliorer les services bilingues.

En 2019, le réflexe « franco » n’a pas été présent dans les nominations de haut-cadres. En témoignent les promotions de Wendy Stephanson, à titre de chef des finances de la Ville, et la confirmation de l’embauche de Dean Lett comme directeur des soins de longue durée.

Le hic, c’est que la politique sur le bilinguisme de Ville d’Ottawa stipule pourtant que tous les candidats externes considérés pour des postes de gestion de niveau 1 à 3 doivent être bilingues. Une obligation alors contournée avec une exemption votée de la part du conseil municipal…

En août dernier, Peter Sloly devenait le premier Noir nommé à la tête du Service de police d’Ottawa. Si le bilinguisme n’entrait pas ici dans les critères d’embauche, le fait qu’un unilingue succédait au francophone Charles Bordeleau créait un léger un malaise.

À certains égards, la représentation du français a même semblé reculer à la Ville d’Ottawa en 2019. Aucune réunion du « caucus » francophone, cette rencontre réunissant les conseillers municipaux francophones et francophiles, n’a été tenue depuis octobre 2018, date de la réélection de Jim Watson comme maire.

Il y a dix ans, les élus Michel Bellemare, Jacques Legendre et Georges Bédard constituaient un « caucus » solide et naturel. Une époque désormais très lointaine…

Pour ne rien arranger, ce « bilinguisme officiel », s’il existe vraiment, n’a jamais bénéficié, en deux ans, d’une mention de la part de la Ville d’Ottawa, que ce soit dans les discours du maire ou dans les communiqués municipaux.

Des raisons d’y croire

On peut tout de même espérer quelques éclaircies. Au milieu du brouillard, Mathieu Fleury, éternelle voix des francophones à la table municipale, travaille présentement sur un plan stratégique pour améliorer les services en français. Une avancée à priori concrète. Enfin.

Par ailleurs, Jean Cloutier est beaucoup plus investi pour les francophones qu’il ne l’était lors de son premier mandat. Le conseiller d’Alta Vista a même présenté une motion au comité des finances et du développement économique pour inclure le caractère bilingue d’Ottawa dans plusieurs priorités.

Des pistes de solution

Deux ans après la « reconnaissance du caractère bilingue d’Ottawa », Jim Watson n’est dorénavant plus houspillé sur le bilinguisme officiel. Mais l’amélioration du processus de plainte, la généralisation de l’offre active, une évaluation de la politique existante tous les cinq ans ou l’augmentation de la visibilité de la politique existante sont autant de réelles pistes qui méritent réflexion.

Les circonstances sont difficiles, aujourd’hui, pour demander des comptes à la Ville. Le Commissariat aux services en français a perdu son rôle de « chien de garde » depuis les coupes du gouvernement ontarien, et les militants sont focalisés à réparer les pots cassés du « jeudi noir ». Un véritable bilinguisme officiel dans la capitale serait pourtant bénéfique pour tous les francophones du Canada.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 16 décembre. 

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