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Un hôpital torontois décroche une désignation sous la LSF : du jamais vu

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – C’est une petite révolution dans le monde hospitalier du Grand Toronto et une nouvelle encourageante pour les patients de langue française : le Women’s College Hospital (WCH) a obtenu une désignation partielle en vertu de la Loi sur les services en français pour l’une de ses cliniques.

Prendre un rendez-vous avec un professionnel de santé qui parle et comprend le français, c’est une réalité depuis plusieurs mois à l’Institut universitaire de médecine de la douleur de Toronto (Toronto Academic Pain Medicine Institute, TAPMI), au troisième étage du WCH.

Mais avec cette reconnaissance officielle, l’hôpital du centre-ville s’engage désormais encore plus fortement puisqu’il s’agira dans les années à venir, au-delà des employés bilingues déjà présents, de remplacer progressivement le reste du personnel de cette clinique par du personnel maîtrisant les deux langues officielles.

Résultat d’une collaboration étroite entre l’hôpital et l’Entité 3 de planification des services de santé en français, cette désignation partielle accordée par les ministères de la Santé et des Affaires francophones garantit donc aux patients un accès en français en tout temps, y compris au niveau de la documentation disponible.

« Il va y avoir une plus grande attention de l’hôpital par rapport à la livraison régulière et active de services en français de qualité », explique Constant Ouapo, directeur général de l’Entité 3. « Il va maintenant veiller à bien recevoir les patients francophones. Il en va de sa crédibilité. »

La clinique se situe au troisième niveau du WCH. Crédit image : Rudy Chabannes

Créé par les cinq principaux centres antidouleur du centre-ville, le TAPMI est un programme académique interdisciplinaire de référence pour les soins de la douleur chronique à l’échelle de Toronto. Il offre aux patients un accès à une équipe de chiropraticiens, médecins, infirmières, ergothérapeutes, pharmaciens, physiothérapeutes, psychologues et agents de services sociaux.

L’approche linguistique de cette clinique désignée reste très minoritaire par rapport à la politique globale du WCH, qui prône plutôt la technologie de traduction multilingue dans ses autres départements hospitaliers. « Il sera intéressant de voir si cette désignation marque une inflexion de la façon de concevoir le français dans les autres services de l’hôpital », glisse un intervenant qui déplore l’absence d’annonce officielle dans ce dossier alors que la désignation est effective depuis deux mois et demi. Déposée en mars 2020 auprès du ministère, la demande a été approuvée en avril dernier.

Le résultat d’un programme pilote malgré la pandémie

L’hôpital torontois n’a pas eu à remplir les 34 critères habituels pour décrocher cette désignation partielle, mais seulement 20, grâce à un programme provincial pilote qui pourrait devenir permanent à la faveur d’une modernisation de la Loi sur les services en français. Le ministère des Affaires francophones, qui étudie cette possibilité, a récemment lancé un sondage auprès des francophones pour en évaluer la pertinence.

« Certains critères étaient difficiles à atteindre selon les régions, comme l’obligation d’avoir un membre du conseil d’administration bilingue ou l’obligation d’avoir une évaluation externe des candidats bilingues », explique Diane Quintas, responsable du Regroupement des entités et directrice générale du Réseau du mieux-être du Nord de l’Ontario, une des entités de planification des services de santé en français.

« L’important était d’assouplir le processus », dit-elle, sans craindre d’impact sur la qualité des services. « L’important est de garder une rigueur assez forte grâce à une évaluation tous les trois ans pour s’assurer qu’ils (les organismes désignés) rencontrent encore les critères. »

Crédit image : Rudy Chabannes

Ce sont les Réseaux locaux d’intégration des services de santé (RLISS), en collaboration avec les entités de planification, qui veillent au respect du cahier des charges imposé par la loi. Une fois que la réforme du système de santé provincial sera entièrement arrivée à son terme, l’agence centrale Santé Ontario prendra le relai des RLISS, voués à disparaître.

Plusieurs observateurs du dossier pensent que cette reprise en main par Santé Ontario pourrait être une opportunité de mettre la pression sur les hôpitaux qui se sont engagés à soumettre une désignation, sans jamais le faire.

Manque de volonté au sein des hôpitaux identifiés

En Ontario, une cinquantaine d’hôpitaux sont en effet identifiés, c’est-à-dire reconnus par le ministère de la Santé comme étant sur la voie de la désignation. Mais dans la réalité, faute de volontarisme de leurs dirigeants et d’imputabilité envers le système de santé, la plupart n’agissent pas en ce sens, sans conséquence sur leur entente financière signée avec le ministère. La province compte actuellement 21 organismes désignés qui offrent des services de santé hospitaliers, dont 12 sont totalement désignés.

Dans le cadre de projet pilote, le WCH est le seul hôpital à avoir obtenu une désignation. Celui de Thunder Bay, également en lice, a dû jeter l’éponge à cause des défis engendrés par la pandémie. L’assouplissement des règles de désignation, conjugué à la réussite du WCH, pourrait toutefois inciter d’autres hôpitaux torontois à prendre eux aussi le chemin d’un tel processus.

« Cette nouvelle approche ne diminue en rien la qualité des services en français offerts et permet surtout de les généraliser en offrant la possibilité à davantage d’organismes d’obtenir leur désignation, plus facilement et dans des délais beaucoup plus courts », explique Marilissa Gosselin, directrice des Affaires francophones au sein du bureau de la ministre Mulroney.

Selon elle, « la simplification du processus constituera un incitatif puissant visant à encourager davantage d’hôpitaux, organismes et organisations offrant des services hospitaliers à faire une demande de désignation ».

Cet article a été mis à jour le jeudi 15 juillet à 11h40.

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