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Coupes du gouvernement Ford: un programme d’aide à la diffusion artistique franco-ontarienne annulé

TORONTO – Le Conseil des Arts de l’Ontario (CAO) a annoncé, ce lundi, la fin du programme Connexions théâtre et danse qui, depuis 2012, permettait aux créations franco-ontariennes de se faire connaître du public et de circuler davantage à travers la province. Une des premières conséquences de la réduction de son budget par le gouvernement ontarien, selon plusieurs intervenants.

«Nous allions entamer la septième édition de ce programme. À l’origine, il avait été conçu comme un projet pilote, juste pour le théâtre, puis après deux ans, on y avait ajouté la danse. Au bout de quatre ans, devant le succès rencontré, le CAO avait décidé de le rendre permanent, notamment grâce aux investissements supplémentaires du gouvernement libéral», raconte Martin Arseneau, directeur général de Réseau Ontario.

Le directeur général de Réseau Ontario, Martin Arseneau. Source: Facebook

L’organisme franco-ontarien recevait chaque année de 90 à 125 000 $ du CAO afin d’aider les diffuseurs publics participants, à travers la province, à accueillir des spectacles et à les faire connaître.

«Accueillir du théâtre ou de la danse comporte des défis pour les diffuseurs. Les cachets sont plus élevés, il y a des exigences techniques… Le programme leur permettait aussi d’embaucher une personne pour faire connaître le spectacle, préparer le public… Par exemple, pour la pièce Jack, du Théâtre du Nouvel-Ontario, qui va circuler à travers la province, cette personne aurait pu aller rencontrer des personnes passionnées de road trip mais qui ne fréquentent pas spécialement le théâtre pour leur parler de la pièce et les attirer.»

Bientôt moins de spectacles?

Six diffuseurs faisaient partie du programme: le Centre français Hamilton, La Slague à Sudbury, le Mouvement d’implication francophone d’Orléans, le Conseil des Arts de Hearst, le Centre culturel Frontenac, à Kingston, et le Conseil des organismes francophones de la région de Durham, à Oshawa.

«Cela leur permettait d’accueillir un spectacle de danse et de théâtre en plus, chaque année. Avec la disparition du programme, le risque financier sera plus grand pour eux et il est fort possible qu’ils achètent moins de spectacles. De leur côté, les compagnies vont peut-être hésiter à préparer des tournées.»


«C’est vraiment dommage, car l’idée était d’élargir encore le nombre de villes capables d’accueillir du théâtre franco-ontarien» – Marie-Pierre Proulx, Théâtre du Nouvel-Ontario


Un risque que confirme Marie-Pierre Proulx, directrice artistique du Théâtre du Nouvel-Ontario.

«Ça va nous pousser à réfléchir si ça vaut encore la peine de construire des spectacles pour des tournées ou juste pour des salles professionnelles. Pour Jack, nous avons conçu la pièce avec cette idée de l’adapter au réseau. Il y a aussi la crainte que les diffuseurs soient moins intéressés à présenter des spectacles.»

La directrice générale du Centre des Arts de Hearst, Valérie Picard, assure qu’elle va essayer de maintenir sa programmation, mais confirme l’impact.

«Ça nous a permis d’ajouter une seconde pièce de théâtre à notre programmation et d’offrir depuis trois ans de la danse contemporaine. Il va falloir être créatifs et trouver d’autres sources de financement, mais on veut maintenir au moins une pièce de théâtre par an.»

Hausse de la fréquentation de 40 à 100 %

Coordonnateur du programme Connexions théâtre et danse pour Réseau Ontario, Denis Bertrand en loue les résultats.

«Cela a permis d’augmenter la fréquentation des salles et de rendre plus accessible ces deux disciplines, en rejoignant et en bâtissant une relation de confiance avec le public.»

Réseau Ontario évalue la hausse de fréquentation des spectacles de 40 % à 100 %, selon les cas.

«À Hearst, par exemple, la fréquentation en danse est passée de 12-25 personnes la première année du programme à près de 100 personnes ensuite», illustre M. Arseneau.


«C’était un programme très innovateur!» – Martin Arseneau, Réseau Ontario


Le programme faisait l’envie du reste du Canada, dit-il, et il était prévu de le développer à l’échelle nationale.

Impact des coupes

Aucun des intervenants interrogés par ONFR+ ne blâme le CAO pour la disparition du programme, insistant plutôt sur les coupes imposées par le gouvernement de Doug Ford.

«Le CAO n’a pas pris cette décision de gaieté de cœur, mais le gouvernement a diminué son budget et il lui faut trouver des moyens de diminuer ses dépenses là où ça aura le moins d’impact possible sur la programmation», estime M. Arseneau.

Pour M. Bertrand, les six éditions du programme ont permis de développer une expertise qui n’est pas perdue. Toutefois, il s’inquiète pour l’avenir des diffuseurs culturels.

«Ça les fragilise encore davantage pour mener à bien leur mission.»

Un avis que partage Mme Picard, qui craint de prochaines annonces du CAO sur les fonds de fonctionnement et le financement de plusieurs projets versés aux diffuseurs.

«C’est la première des coupures annoncées. On sait que le budget du Conseil des Arts de l’Ontario a diminué et on s’attend à ce qu’il y en ait d’autres. Tout le monde sera concerné.»

Mme Proulx refuse de céder au découragement.

«On est en mode action! On a tous envie de se retrousser les manches pour ne pas revenir en arrière. Un programme comme celui-ci a permis de développer l’intérêt pour le théâtre, on doit bâtir là-dessus.»

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