Le volet francophone du programme d’immigration ontarien aboli
TORONTO – Au détour d’une refonte du Programme ontarien des candidats à l’immigration (POCI), le volet des travailleurs qualifiés francophones, une des voies vers la résidence permanente, a été supprimé, sans consultation des acteurs du dossier.
Le gouvernement a fait table rase du processus qui comprenait jusqu’ici huit volets pour n’en recréer que quatre : un volet d’offre d’emploi simplifié pour la main-d’œuvre prioritaire de l’Ontario (avec des voies pour les travailleurs hautement qualifiés, semi-qualifiés et des métiers de la construction syndiqués), un volet pour les professionnels de la santé règlementés, un volet pour les entrepreneurs et un autre pour les talents exceptionnels.
Exit donc la voie réservée aux francophones. En effet, jusqu’ici, le POCI comprenait huit volets adaptés à différentes situations.
Avec une offre d’emploi en poche, il était possible de présenter une demande soit en tant que Travailleurs étrangers, soit en tant qu’Étudiant étranger, soit via une troisième voie appelée Compétences recherchées.
Deux autres volets s’adressaient aux diplômés ayant une maîtrise ou un doctorat, tandis que, par le biais du système fédéral Entrée express et, à condition d’avoir une déclaration d’intérêt de l’Ontario, trois autres portes s’ouvraient aux candidats : Priorité basée sur le capital humain, Métiers spécialisés et Travailleurs qualifiés francophones.
Malgré l’abolition de cette dernière voie réservée aux francophones, un fonctionnaire du ministère du Travail, de l’Immigration, de la Formation et du Développement des compétences nous assure que les demandeurs francophones pourront être admissibles dans tous les volets proposés et que la cible en immigration de langue française (5 %) continuera d’être atteinte.
La lentille francophone aux abonnées absents
L’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO) déplore l’absence de lentille francophone dans cette nouvelle mouture. « Ça fait un an qu’on essaye d’obtenir une rencontre avec le ministre pour lui faire part de cet enjeu, mais il fait la sourde oreille, alors on est deçu de ce côté-là », soupire Fabien Hébert, son président.
Et d’ajouter : « Avec une telle lentille , on aurait pu trouver une façon plus fine d’aller chercher des candidats francophones dans les secteurs en pénurie de main-d’oeuvre, mieux s’assurer de certaines compétences linguistiques des candidats qui s’identifient francophones ou encore mieux accompagner les entrepreneurs qui cherchent de nouveaux employés… »
« On n’est pas contre les réformes, assure M. Hébert, mais on aurait aimé avoir la chance d’influencer pour être certain que cela réponde aux besoins. » Il espère en outre que les financements fédéraux liés à la nouvelle cible canadienne en immigration francophone seront maximisés en Ontario.
Depuis cinq ans, la province dépasse chaque année un peu plus cette cible : 5,3 % en 2022, 5,8 % en 2023, 9,5 % en 2024 et 11,4 % l’année dernière, avec 10 750 candidats à la résidence permanente recommandés. Mais depuis 2023, la capacité du POCI à désigner des candidats francophones aurait été fortement affectée par les tirages ciblés du gouvernement fédéral pour les immigrants francophones au sein du système Entrée express.
Le ministère affirme par ailleurs, dans un document de travail en date du 21 avril dernier, que s’est procuré ONFR, que la formule précédente du POCI ne laissait que peu de candidats francophones disponibles, avec seulement 49 candidats francophones désignés en 2025. En cause : le changement de critères fédéraux qui aspirait largement les candidats. L’idée serait donc de réduire certaines exigences linguistiques pour les francophones pour élargir leur admissibilité au niveau de l’Ontario.
Mieux lutter contre les fraudes
« En modernisant le POCI, notre gouvernement mise sur des profils d’expérience, déjà intégrés au marché du travail, capables de contribuer rapidement à nos efforts continus de protection de l’économie ontarienne », justifie le ministre David Piccini, qui pilote ce remaniement.
Ces changements font partie d’une réforme plus vaste visant à mieux lutter contre les fraudes. Le nombre d’ordonnances administratives et d’interdictions de programme visant les contrevenants est passé de zéro à plus de 200 depuis 2018. En 2025, 56 interdictions et 76 pénalités administratives ont été prononcées.
Les dossiers déjà en cours d’examen sous la structure précédente continueront d’être traités selon les anciens critères et ne seront pas impactés par la refonte, affirme le ministère. Temporairement suspendu depuis jeudi dernier, le portail de déclaration d’intérêt du POCI devrait quant à lui rouvrir aux nouvelles inscriptions d’ici la fin de l’été.