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Une cérémonie de citoyenneté juste en anglais pour un nouveau Canadien

EDMONTON – Un nouveau citoyen canadien francophone a eu la déception de voir sa cérémonie de citoyenneté donnée uniquement en anglais alors qu’il avait demandé à être servi en français.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Cela devait être une fête, l’accomplissement du long parcours qui permet à des milliers de personnes, chaque année, de devenir officiellement citoyens canadiens. Mais pour Joris Desmares, sa cérémonie de citoyenneté, à Edmonton, laissera un goût amer.

«J’avais choisi d’avoir ma cérémonie en français, mais avant que celle-ci ne débute, on est venu me voir pour me demander si, comme j’étais le seul à avoir demandé ma cérémonie en français, cela ne me dérangerait pas qu’elle se déroule juste en anglais. J’ai voulu être gentil, sans doute trop, mais je dois avouer que ça m’a un peu surpris et vexé.»

Originaire de France, M. Desmares vit au Canada depuis 2010 et en Alberta depuis 2013. Pour lui, il était important de vivre ce moment dans sa langue maternelle.

«C’est important pour nous les francophones d’être reconnus dans un moment aussi important. On ne vaut pas moins que les autres! Quand j’ai reçu mon certificat de citoyenneté, je me suis assuré de remercier en français.»

 

Plainte à venir

Le président de la Fédération des communautés francophones et acadienne (FCFA) du Canada, Jean Johnson, ne décolère pas.

«Une cérémonie faite complètement dans la langue de Shakespeare! Vraiment pas fier de cela!», a-t-il gazouillé, alors qu’il accompagnait M. Desmares, un ami.

Joris Desmares et le président de la FCFA, Jean Johnson, après la cérémonie de citoyenneté. Crédit image: Gracieuseté

En entrevue avec #ONfr, il indique qu’il déposera une plainte auprès du Commissariat aux langues officielles (CLO) du Canada, ce que M. Desmares envisage également.

«Il n’y a eu aucun effort de fait! C’est sûr que je vais déposer une plainte. Cela envoie le message que parce que nous sommes une minorité, nous avons moins de droits!»

 

Un droit, pourtant

Sur le site internet d’Immigration, Réfugiés et Citoyenneté Canada (IRCC), il est indiqué que les cérémonies de citoyenneté peuvent avoir lieu dans trois formats linguistiques différents: bilingue, principalement en anglais ou principalement en français. Mais dans la mesure où M. Desmares avait choisi le français, il aurait dû avoir accès à une cérémonie en français ou bilingue.

«Quand la personne est venue me voir, elle s’est adressée à moi en français. Elle m’a expliqué toutefois que le juge présent était unilingue, ce que je trouve étrange quand on laisse le choix aux nouveaux citoyens d’avoir leur cérémonie en français», commente M. Desmares.

 

Un problème assez rare

Joint par #ONfr, IRCC confirme que ce dernier aurait dû avoir droit à un service dans sa langue.

«La ou les langues dans lesquelles se déroulent les cérémonies sont déterminées par la langue de choix indiquée par chaque demandeur. Lorsqu’il y a des demandeurs qui choisissent le français et d’autres, l’anglais, la cérémonie est livrée en format bilingue. (…) De plus, depuis le 1er août 2018, lorsque les demandeurs de citoyenneté reçoivent leur «Avis de convocation à une cérémonie de citoyenneté», ceux-ci sont informés qu’ils peuvent reporter leur cérémonie à une date ultérieure si les candidats ou leurs invités préférèrent une cérémonie dans les deux langues officielles.»

Du côté du Commissariat aux langues officielles (CLO) du Canada, on indique que ce problème reste assez rare.

«Nous avons reçu deux plaintes recevables dans les dernières années. Nous avons reçu une autre plainte récemment, mais nous étudions sa recevabilité», explique le Commissariat.

Mais une autre explication serait également possible, s’interroge M. Johnson.

«Lors de la cérémonie de Joris, j’ai remarqué que plusieurs nouveaux citoyens parlaient français entre eux et très bien. Peut-être ne savaient-ils pas qu’ils auraient tout à fait pu demander leur cérémonie en français?»

Autre hypothèse, avancé par le directeur général de la Société de l’Acadie du Nouveau-Brunswick, Ali Chaisson dans un gazouilli: «Le problème n’est pas rare! Le problème est rarement rapporté! Depuis que les communautés sont ‘impliquées’ dans l’immigration, nous témoignons de ces exemples. Les témoins ‘avertis’ influencent la culpabilité…»

 

Article mis à jour pour la dernière fois le vendredi 8 février 2019, à 10h13.

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