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Une forêt symbolique pour la francophonie à l’Université Saint‑Paul

L'Université Saint-Paul d'Ottawa prépare un espace symbolique pour la francophonie. Photo: Gracieuseté de l'Université Saint-Paul

OTTAWA – L’Université Saint‑Paul (USP) prépare un projet ambitieux pour 2026 : la création de la Forêt de la francophonie, un espace vivant destiné à célébrer la mémoire, la solidarité et l’avenir de la communauté francophone ontarienne. L’établissement cherche également à renforcer sa visibilité et à démontrer son ouverture, face aux perceptions parfois limitantes, liées à son identité catholique et à son statut d’établissement bilingue.

Pour 2026, l’université prévoit d’étendre cet espace afin de transformer la Place de la francophonie en un véritable cœur d’une forêt symbolique, qui s’enrichira progressivement au fil des ans avec la plantation annuelle de nouveaux arbres et l’aménagement de lieux favorisant le bien‑être et la convivialité sur le campus.

De gauche à droite, Louis Patrick Leroux, recteur de l’USP, Daniel St-Louis, directeur du campus Collège Boréal à Ottawa et Martin Normand, Président-directeur général de l’Association des collèges et universités de la francophonie canadienne, le 25 septembre dernier. Photo : Gracieuseté de l’USP

Ce projet s’inscrit également dans le cadre du 40e anniversaire de la Loi sur les services en français, soulignant l’engagement durable de l’USP pour la promotion et le soutien de la communauté francophone ontarienne dans une perspective à la fois commémorative et tournée vers l’avenir.

Le recteur Louis Patrick Leroux souligne que ce projet dépasse le simple symbole : « Nous voulions aller plus loin que le drapeau et le discours : chaque arbre représente la continuité, le renouveau et la vitalité de notre communauté francophone ». 

« Lorsque je suis arrivé à l’Université Saint‑Paul, il y a presque deux ans, j’ai demandé qu’on installe un mât et un drapeau franco-ontarien pour souligner l’importance de notre présence francophone locale »
— Louis Patrick Leroux

La sélection des essences n’est pas anodine : chacune reflète un aspect de la francophonie, de sa résilience à sa capacité d’adaptation face aux changements.

Le recteur précise que ce projet contribuera à faire du campus, entre le canal et la rivière Rideau, un lieu accueillant et stimulant, où la communauté pourra se rassembler et profiter d’un environnement vert et inspirant.

Un bilinguisme symétrique

L’Université Saint‑Paul, fédérée à l’Université d’Ottawa depuis 1965 et désignée depuis 2019 en vertu de la Loi sur les services en français, a su maintenir une proportion stable d’étudiants francophones dans ses programmes : la moitié des 1 100 étudiants de l’institution suivent des cours en français. 

Pour favoriser l’accès des francophones, l’institution s’appuie sur le programme « 2 + 2 », qui permet aux étudiants ayant complété deux ans dans des collèges francophones comme La Cité ou Boréal de poursuivre directement leur baccalauréat pendant deux années supplémentaires. 

« Ce modèle représente environ un quart de nos nouveaux étudiants francophones », explique le recteur. Ce programme permet d’attirer des étudiants spécialisés dans des domaines comme la communication sociale ou l’innovation sociale, des secteurs où la demande francophone reste forte.

« Nous avons un bilinguisme officiel parfaitement équilibré : 50 % des étudiants suivent les cours en français et 50 % en anglais. C’est très rare : souvent, les universités se disent bilingues, mais la promotion du français reste marginale. Ici, ce n’est pas le cas, et il m’a semblé essentiel de le mettre en valeur pour montrer à la communauté francophone que nous en faisons pleinement partie. »

Le recrutement international

Saint‑Paul accueille aussi une proportion significative d’étudiants internationaux : environ 30 % de la population étudiante. La majorité provient de pays francophones, en particulier d’Afrique et d’Europe, mais certains sont anglophones. 

Ce recrutement est cependant confronté à plusieurs défis. Depuis 2024, les nouvelles restrictions fédérales sur les permis d’études et les permis de travail postdiplôme ont limité l’arrivée de nouveaux étudiants internationaux, compliquant le maintien des effectifs.

Malgré ces contraintes, le recteur souligne que les candidats qui postulent à Saint‑Paul sont généralement très motivés et sérieux. « Nous avons dû nous adapter rapidement, mais nous avons réussi à maintenir un niveau de qualité et de diversité dans notre population étudiante », affirme-t-il.

Pour l’établissement, l’avenir passe par sa capacité à croître tout en restant fidèle à sa mission francophone. « La présence d’étudiants francophones issus de l’immigration est extrêmement importante. Elle maintient l’effervescence du campus et nous permet de continuer à croître, même si la population francophone locale pourrait diminuer », explique-t-il.

Louis Patrick Leroux est recteur de l’USP depuis 2024. Photo : Gracieuseté de l’USP

Renforcer la réputation et l’ouverture

L’université fait également face à un défi de réputation lié à son identité catholique. Certains étudiants potentiels peuvent percevoir l’établissement comme fermé, alors que Saint‑Paul accueille des étudiants de différentes confessions et convictions, incluant anglicans, musulmans et non-croyants. 

Pour le recteur, clarifier cette ouverture est essentiel pour continuer à attirer des étudiants francophones et internationaux.

Cette ouverture se traduit aussi par des partenariats internationaux avec des universités au Brésil, en Turquie et en Espagne. Ces collaborations permettent de créer des programmes conjoints et des séminaires sur des thèmes interculturels et sociaux, offrant aux étudiants des expériences uniques et renforçant la visibilité et la réputation de l’université.

La dimension francophone reste centrale : Saint‑Paul a aussi noué des ententes avec des établissements francophones, comme l’Université d’Angers ou un institut catholique en Martinique, qui accueillent chaque année une quinzaine d’étudiants.