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Une Journée internationale de la Francophonie teintée par la crise linguistique

TORONTO – La Journée internationale de la Francophonie prend une tournure bien différente, cette année à Queen’s Park, après la crise linguistique de l’automne. D’un côté, différents acteurs vont dénoncer à nouveau ces coupes francophones, de l’autre, la ministre des Affaires francophones, va vanter son approche.

Sur le coup de 9h30, à quelques pas de Queen’s Park, le crieur public Daniel Richer a entamé la lecture du Manifeste franco-ontarien. «L’heure est à l’action. L’heure est à la passion. Debout! Luttons contre cet adversaire coriace que nous connaissons bien», a-t-il lancé, face à la maison du pouvoir ontarien.

Il a été suivi par plusieurs autres intervenants de la communauté franco-ontarienne. «Fini les courbettes et les stepettes. Ça fait 100 ans qu’on est privé d’argent», a lancé Carol Jolin, président de l’Assemblée de la francophonie de l’Ontario (AFO).

Le député du NPD, Guy Bourgouin,
la directrice de Sofifran, Fété Ngira-Batware Kimpiobi, le président de l’Assemblée de la francophonie Carol Jolin et le jeune leader William Burton. Crédit image: Andréanne Baribeau


Quelques dizaines de citoyens ont pris part à l’événement. «Je ne suis pas d’accord avec la manière dont Doug Ford utilise l’argent et ce qui a été annulé. Quand j’étais jeune, je n’avais pas le choix d’étudier en français à mon école. Il ne faut pas revenir là», a confié Danièle Laflamme. «Je veux dire à Mme Bombardier qu’il y en a des francophones en Ontario. On est très vivant. Le français est une des langues officielles du Canada, on ne doit pas l’oublier», a renchéri Diane Laflamme-Millette, en insistant sur l’importance de mobiliser aussi les jeunes franco-ontariens.

Sur les réseaux sociaux, certains ont soutenu que le crieur n’allait pas interpeller les jeunes franco-ontariens. Les commentaires témoignaient d’un certain fossé générationnel, alors que certains affirmaient qu’il s’agissait d’une démarche d’une autre époque.

«C’est un reflet de notre culture, de notre folklore», réplique Carol Jolin. «Aujourd’hui, il faut toujours être à la fine pointe des technologies, des médias sociaux. Mais il ne faut pas oublier notre histoire. C’est un moyen original qu’on a trouvé d’aller de l’avant pour continuer le mouvement de la résistance», a-t-il ajouté. 

Caroline Mulroney rappelle ses engagements en francophonie

La ministre des Affaires francophones, Caroline Mulroney, a pris la parole en chambre en après-midi pour exposer la vision de son gouvernement en matière de francophonie.

«L’Ontario compte 1,5 million de personnes parlant le français, dont plus de 622 000 Franco-Ontariennes et Franco-Ontariens, ce qui représente la plus grande population francophone au pays, en dehors du Québec», a-t-elle rappelé. «La communauté franco-ontarienne a à son actif une panoplie d’artistes, des lieux de diffusion culturels, des médias et un ensemble d’institutions et d’organismes qui maintiennent et renforcent sa vitalité dans l’ensemble de la province», a renchéri la ministre.

Si le gouvernement Ford a montré peu d’engagement envers l’Organisation internationale de la Francophonie (OIF), dont il est membre, la ministre Mulroney a évoqué la question. «L’Ontario est fier d’appartenir à la grande famille de la Francophonie internationale. Le statut de l’Ontario comme membre observateur au sein de l’OIF illustre bien l’importance que l’on accorde à ce sentiment d’appartenance», a-t-elle dit.

«Nous comprenons l’importance qu’accorde la communauté franco-ontarienne à l’éducation par et pour les francophones, à l’accès à des services de santé en français de qualité, et à un accès accru à la justice en français», a soutenu Caroline Mulroney, faisant aussi mention de son désir d’améliorer la stratégie en immigration francophone, sans cependant préciser ses stratégies pour y arriver ou de nouvelles initiatives.

Guy Bourgouin, critique néo-démocrate en francophonie, a réagi vivement en chambre. Il a évoqué les propos de Brian Mulroney qui affirmait que Caroline Mulroney était la mieux placée pour défendre les Franco-Ontariens. «Vu le manque de respect envers les Franco-Ontariens, difficile d’être d’accord!», a-t-il lancé. «J’invite les francophones et francophiles en Ontario et au Canada à partager leur fierté et leur solidarité envers la francophonie mondiale. Nous sommes! Nous serons!», a ajouté la libérale Marie-France Lalonde.

Doug Ford porte l’épinglette du drapeau franco-ontarien

La francophonie s’est invitée abondamment dans les travaux parlementaires en cette Journée internationale de la Francophonie. Plusieurs élus, dont le premier ministre Doug Ford, ont décidé de porter une épinglette arborant le drapeau franco-ontarien lors de la période des questions.

Tout au long de celle-ci, l’opposition a interpellé ici et là le gouvernement sur la question du français en Ontario. Le Nouveau Parti démocratique (NPD) a affirmé que les décisions du gouvernement Ford feraient mal au milieu de l’éducation francophone.

Piquée au vif, la ministre de l’Éducation a répliqué. «Le narratif que l’opposition essaye de créer est malhonnête. On défend nos professeurs francophones, le système de l’éducation. Et nous avons une bonne relation avec eux», a soutenu Lisa Thompson.

Guy Bourgouin a, pour sa part, demandé si des fonds supplémentaires seraient accordés à l’ombudsman de l’Ontario pour accueillir le personnel du commissariat indépendant aux services en français, qui disparaîtra sous peu. Michael A. Tibollo, ministre du Tourisme, de la Culture et du Sport, n’a pas fourni de réponse claire, se contentant d’affirmer que des économies seraient réalisées.

Différentes activités se sont également déroulées un peu partout en Ontario pour marquer cette journée.

Article écrit avec la collaboration d’Andréanne Baribeau

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