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Une Journée nationale de la vérité et de la réconciliation, c’est bien mais est-ce assez ?

Temps de lecture : 4 minutes

Aujourd’hui, marque la première édition de la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation. Dénommée journée du chandail orange, c’est une occasion de réflexion sur l’histoire de notre pays et les défis auxquels sont confrontés les peuples autochtones au quotidien. Bien que considérés comme un pas vers la bonne direction, est-ce que ces efforts seront suffisants pour améliorer les relations entre le gouvernement et les communautés autochtones ?

Proposée le 3 juin 2021, cette journée rend hommage aux enfants disparus et aux survivants des pensionnats, leurs familles et leurs communautés. La commémoration publique de l’histoire tragique et douloureuse des pensionnats et de leurs séquelles durables est un élément essentiel du processus de réconciliation.

Émanant du Projet de loi C-35, la Journée nationale de la vérité et de la réconciliation est le résultat d’amendements législatifs apportés par le Parlement à la Loi sur les lettres de change, la Loi d’interprétation et le Code canadien du travail.

Pour Clifford Bastien Jr, Chef de la nation algonquine de Mattawa à North Bay, la commémoration de cette journée représente un pas en avant vers une meilleure collaboration entre les peuples autochtones et le gouvernement du Canada.

« Je n’appelle pas ça [la journée nationale de la vérité et de la réconciliation] un congé fédéral. Je vois plutôt cela comme un temps de réflexion. Pendant des années, peu de gens ont cru en nous lorsque nous évoquions les atrocités qui se sont produites au sein des pensionnats autochtones. Nous espérons que maintenant que nous sommes dans l’œil du public, les gens prennent le temps de connaître davantage l’histoire des peuples autochtones au Canada », ajoute-t-il

Cette opinion est partagée par Luc Larocque, responsable du dossier autochtone au Conseil scolaire Franco-Nord de Nispissing.

Luc Laroque, responsable du dossier autochtone au conseil scolaire Franco-Nord de Nispissing. Gracieuseté

« Selon moi, c’est un pas de plus vers la réconciliation. Du côté éducatif, cette journée est une raison supplémentaire pour nous de pouvoir éduquer notre communauté scolaire. C’est un moyen d’éduquer et d’informer les parents et élèves sur les réalités autochtones », explique-t-il

L’apprentissage autochtone devenu obligatoire dans le curriculum scolaire 

Dans un communiqué de presse paru le 29 septembre, le gouvernement de l’Ontario a mis en place un plan de renforcement de l’apprentissage de l’histoire autochtone au sein des établissements scolaires de la province. 

Créé en collaboration avec les partenaires autochtones, les aînés, les gardiens du savoir traditionnel et les intervenants du secteur de l’éducation, le plan vise à développer le contenu et l’apprentissage liés aux Premières Nations, aux Métis et aux Inuits dans le curriculum du palier élémentaire.

« De plus, en 2021-2022, le ministère consacre 23,96 millions de dollars à l’éducation autochtone pour appuyer les élèves des Premières Nations, des Métis et des Inuits dans le cadre d’un engagement plus vaste du gouvernement à l’égard de la réconciliation. Le gouvernement de l’Ontario a renforcé cet engagement en annonçant cette semaine qu’il continue d’accroître le financement pluriannuel permettant d’appuyer la durabilité des organismes partenaires. »

« Nous nous engageons à reconnaître les contributions des membres, des collectivités et des nations des Premières Nations, des Métis et des Inuits à notre province et à notre pays tout en apprenant leur histoire et leur culture », a déclaré le ministre Stephen Lecce.

Stephen Lecce, ministre de l’Éducation de l’Ontario. Archives ONFR+

Pour Luc Larocque, cette annonce est essentielle pour la communauté éducative, car elle permet d’assurer la formation du personnel.

« Étant responsable du dossier autochtone au niveau de mon conseil scolaire, je peux assurer que les fonds investis sont nécessaires à la conception de programmes pour éduquer les gens. Non seulement cela permettra de mettre sur pied des services pour desservir nos élèves auto-identifiés, mais aussi desservir nos élèves qui sont non identifiés en leur assurant une certaine éducation », explique-t-il

Pour le chef de la nation algonquine, même s’il se dit heureux de la nouvelle, il insiste sur le fait d’inclure les aînés dans le processus d’apprentissage de la culture et de l’histoire autochtone.

« Je pense que le gouvernement doit parler aux premières nations pour d’abord connaître leur histoire et ensuite permettre à ces derniers de venir la partager dans les écoles. Cela [le nouveau programme] ne devrait pas reposer uniquement sur un apprentissage un à un entre un enseignant et ses élèves. Il faudrait parler aux Premières nations, Métis et Inuits pour connaître les éléments à inclure dans ce nouveau programme. Au final, nous devons être impliqués à tous les niveaux », ajoute-t-il

Le passage à l’action comme moyen de réconciliation

D’après Chef Clifford Bastien, même si les efforts effectués par le gouvernement sont louables, il reste encore fort à faire pour soutenir les populations autochtones.

« Nous voulons être égaux au reste de la population à l’intérieur et à l’extérieur des réserves. Il y a de l’eau potable dans l’ensemble du pays, mais pourquoi au sein de certaines réserves, il n’y en a pas. Nous voulons avoir accès à une bonne éducation et à des services équitables. Ce sont des choses qui peuvent être faites aisément. On dirait qu’ils ne veulent pas agir sur ces dossiers. Je pense qu’il est temps d’allouer plus de fonds en éducation, en santé, et dans le l’eau potable pour les réserves. C’est par là qu’il faut commencer », déplore-t-il.

Pour Chef Clifford, le gouvernement semble dire les bonnes choses, mais les actions tardent à suivre.

« Je suis sûr que le gouvernement de l’Ontario peut faire plus. La route est encore longue. Les populations autochtones partout au Canada ont été confrontées à beaucoup de difficultés pendant des générations. Actuellement, nous sommes sur la bonne voie et nous espérons y rester », conclut-il.

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