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Une situation chaque jour plus angoissante pour les aînés

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

Au moment où débute la sixième semaine de confinement, la pandémie de COVID-19 continue de bousculer nos certitudes et réévaluer nos priorités. À la faillite du système de santé symbolisée par le manque de masques et de tests est venue s’ajouter une autre réalité tout aussi sombre : dans les foyers de soins de longue durée, les aînés meurent par dizaines.

En Ontario, les chiffres font l’effet d’une bombe. Le coronavirus a déjà pénétré dans une centaine des quelque 600 résidences provinciales. Pour la première fois jeudi dernier, la majorité des 514 cas recensés ce jour-là provenaient d’aînés des foyers de soins de longue durée plutôt que d’une « transmission communautaire ».

Avec ce décompte macabre, la province ne fait pas exception. Radio-Canada a démontré que la moitié des personnes décédées au Canada de la COVID-19 étaient des aînés en centres de soins de longue durée.

Le phénomène semble même mondial. En Europe, où une baisse des hospitalisations en raison du coronavirus se dessine, de premières études évoquent aussi la moitié des décès constatés dans ce que la France appelle froidement les établissements d’hébergement des personnes dépendantes (Ehpad).

S’il est difficile aujourd’hui de jeter la pierre uniquement sur nos gouvernements, cette crise sans précédent met en lumière le manque d’attention que notre société porte à nos aînés. Cette hécatombe à laquelle sont confrontés les foyers de soins de longue durée révèle une crise profonde du système.

Manque criant de moyens

Derrière les murs de ces foyers, les ressources humaines sont insuffisantes, rappelait cette semaine à ONFR+ Linda Silas, présidente de la Fédération canadienne des syndicats d’infirmières et d’infirmiers (FCSII). Les efforts seraient urgents pour rendre attractifs les emplois de ces professionnels de la santé exerçant dans ces centres.

En dépit du dévouement exceptionnel du personnel, les salaires trop faibles et les contrats à temps partiel agiraient trop souvent comme repoussoir.

Aussi, le vieillissement de la population canadienne va de pair avec la demande croissante pour des lits en soins de longue durée. Quelque 35 000 Ontariens sont inscrits sur une liste d’attente. Il y a un an, le gouvernement Ford promettait 15 000 nouveaux lits. Tous ne sont pas encore arrivés.

Conséquences pour ces foyers : les places sont sélectives et réservées la plupart du temps aux aînés exigeant un niveau de soins plus élevé. Un échantillon donc de population plus vulnérable aux maladies.

Enfin, pour la majorité des aînés non infectés se pose néanmoins l’enjeu de la séparation avec les proches. La suspension des visites est un défi immense que les conversations téléphoniques ne peuvent compenser. Chez ces patients, l’impact psychologique des mesures de confinement pourrait être plus gros que prévu.

Un enjeu linguistique

Comprendre le choc de la pandémie de COVID-19 dans les centres pour aînés, c’est aussi s’intéresser aux francophones dans la province. La moyenne d’âge plus élevé des Franco-Ontariens, mais aussi l’unilinguisme souvent plus prononcé des plus de 75 ans, apporte une équation supplémentaire à une situation déjà complexe.

Bon nombre d’entre eux doivent se résoudre à choisir un foyer anglophone, avec le stress que peut générer les communications et consignes émises en anglais dans une période de crise comme celle présentement traversée.

Le coronavirus a au moins un mérite : rendre plus visible la vieillesse, et les difficultés budgétaires des centres. Il est temps de consacrer plus de moyens aux aînés.

Cette analyse est aussi publiée sur le site du quotidien Le Droit le 20 avril.

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