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Une trentaine de professeurs francophones congédiés : une onde de choc

Temps de lecture : 3 minutes

SUDBURY – « Renversé, humiliant, insulté », voilà les mots des professeurs francophones qui ont été congédiés par l’Université Laurentienne, ce lundi. Au total, près de 30 membres du corps professoral ont été congédiés, ce qui serait proportionnellement plus élevé que chez les professeurs anglophones.

Même si le nombre de programmes anglophones qui ont été supprimés est plus élevé, certains professeurs se verront déplacer vers d’autres programmes, ce qui n’est pas le cas pour le corps professoral francophone.

Les professeurs ont appris la nouvelle en avant-midi lundi dans de brèves réunions avec des membres de l’administration et des ressources humaines via vidéoconférence. Un processus « froid » pour plusieurs.

« On s’est senti comme de vieux meubles. 14 ans de service terminés en une heure où on nous convoque à une rencontre obligatoire avec un message qui nous est lu tout le long. On se fait congédier comme ça. C’est très impersonnel et expéditif », avance Thierry Bissonnette, professeur en littérature.

Les professeurs fulminent notamment par la façon dont tout a été fait. Ils affirment s’être fait lire des textes vides. L’un d’eux se dit insulté.

« On nous a lu des textes qui, essentiellement, ne voulaient rien dire. On aurait dû laisser le recteur envoyer sa lettre, c’était une perte de temps (…). On s’est senti très très insulté. On a le sentiment qu’il n’y a pas de compassion du tout », lâche Denis Hurtubise, professeur au département de Philosophie.

Le summum pour M. Hurtubise est le fait qu’il subisse un congédiement en anglais seulement.

« Ça c’est épouvantable, la vice-rectrice (Marie Josée Berger), qui est francophone en plus, a à peine soufflé une phrase en français et il y a les ressources humaines qui disent tout en anglais », se désole le professeur avec plus d’une dizaine d’années d’expérience.

« Un carnage »

Pour ces enseignants, c’est une décennie d’enseignement qui prend fin de façon abrupte.

« J’ai fait 15 ans d’études et je me suis battu pour un poste permanent, alors qu’il y a peu de gens qui arrivent avec un doctorat et qui décrochent un poste permanent. Ça fait 15 ans que je suis à La Laurentienne et je me suis toujours investie pour la Laurentienne, les étudiants et la communauté francophone. Se faire chasser comme ça de façon mesquine, humiliante et petite, ce n’est pas agréable », lance Aurélie Lacassagne, professeure au département de science politique.

Pour le professeur d’Histoire Joël Belliveau, il s’agit d’un désastre pour sa faculté.

« C’est un carnage pour la Faculté des arts. Pratiquement tout est parti en arts en français, il ne reste plus rien en français sauf Sociologie et un professeur de linguistique (…). J’ai trouvé que le processus était froid et brutal. J’ai trouvé ça très moyen et pas du tout chaleureux », indique celui qui enseigne à l’établissement sudburois depuis près de 12 ans.

Une lettre de démission demandée pour Romano

L’Union des associations des professeurs des Universités de l’Ontario (OCUFA) demande la démission du ministre des Collèges et des Universités Ross Romano. L’association l’accuse de ne pas avoir fait son travail. Selon l’OCUFA, le ministre n’a plus la confiance des employés du secteur universitaire.

« Si Ross Romano avait fait son travail, aucune de ces coupures ne se serait produite », a déclaré Rahul Sapra, président de la Confédération des associations de professeurs d’université de l’Ontario.

« Romano et le gouvernement Ford connaissaient les profondeurs des difficultés financières de la Laurentienne depuis des mois, voire des années. Ils ont eu de nombreuses occasions de prendre des mesures pour éviter cette crise. Au lieu de cela, ils ont choisi de ne rien faire et ont trahi la confiance des Ontariens », ajoute M. Sapra.

Le syndicat votera mardi pour la ratification de la convention collective, un morceau inclus dans l’accord devant la Cour avec les différents partis.

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