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Une véritable bataille pour les élections scolaires à Toronto

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TORONTO – Quatorze candidats, cinq sièges… Les élections scolaires suscitent de l’intérêt à Toronto auprès des candidats pour siéger sur le Conseil scolaire catholique (CSC) MonAvenir et le Conseil scolaire (CS) Viamonde.

BENJAMIN VACHET
bvachet@tfo.org | @BVachet

Là où plusieurs conseillers scolaires francophones ont été élus par acclamation à travers la province, c’est tout le contraire à Toronto.

«En participant au conseil des parents, j’ai développé une expérience. Je connais les enjeux que vivent les familles et pense pouvoir faire une différence», explique Anne Godbout, candidate pour le CSC MonAvenir – Toronto Est.

Pour Youssouf Kalogo, nouveau candidat pour le CS Viamonde – Est, il s’agit du prolongement logique de son implication.

«J’ai un réseau et veux être accessible pour les parents. Ils doivent nous connaître, savoir quel est notre rôle. Quand j’ai annoncé ma candidature, certains m’ont demandé qui était le conseiller en place. C’est un problème!»

 

Volonté de changement

Meilleure communication, écoute, transparence, implication des parents… Des changements sont réclamés par les nouveaux candidats au sein des conseils scolaires francophones.

«On consulte les comités de participation des parents, mais ils ne représentent qu’une infime minorité. On pourrait utiliser internet pour mieux consulter!», lance la candidate pour le CS Viamonde – Toronto-Ouest, Geneviève Oger.

Ancien élu au Conseil scolaire catholique du Nouvel-Ontario de 2006 à 2015, dont il a occupé la vice-présidence à partir de 2013, Paul Demers veut apporter une perspective différente comme conseiller de Toronto-Ouest pour le CSC MonAvenir.

«Les clients sont les parents. Ce sont eux qui décident où ils envoient leurs enfants. Il faut donc leur demander quels sont leurs besoins et représenter leurs intérêts et celui des élèves.»

Ces besoins de changement, même certains candidats sortants les reconnaissent.

«Comme dans toute organisation, on peut toujours faire mieux», dit la conseillère scolaire sortante pour Toronto-Centre au CS Viamonde, Chloé Robert. «Il faut mieux faire comprendre comment fonctionne le conseil et comment les décisions sont prises. Actuellement, il est très difficile pour les parents d’assister aux réunions. Il faudrait que les débats soient enregistrés et accessibles.»

Une volonté de transparence que partage le conseiller scolaire sortant dans Toronto-Ouest et président du CS Viamonde, Jean-François L’Heureux qui défend son bilan.

«On doit continuer à bâtir sur nos acquis. Nous avons eu de beaux succès. On a ouvert en moyenne deux écoles par année. Dans l’Ouest, il y avait deux écoles il y a huit ans, il y en a désormais cinq!»

 

Enjeux communs

Mais dans un territoire où l’offre en éducation de langue française demeure insuffisante, comme l’a rappelé le commissaire aux services en français François Boileau, la question du nombre d’écoles, des infrastructures et du transport scolaire reste un enjeu actuel.

«Il nous faut des infrastructures de qualité équivalente à celle des écoles anglophones pour retenir nos élèves. J’ai rencontré des parents qui sont à l’Est et qui doivent envoyer leurs enfants à l’Ouest pour qu’ils puissent faire du sport!», s’indigne Thomas Guillot, adversaire de Mme Robert.

La proposition de rénover l’école anglophone Greenwood pour y installer une nouvelle école secondaire francophone le fait grincer des dents.

«Plusieurs parents qui se présentent s’opposent à ce projet. Mais il faut comprendre que les décisions au conseil se prennent à la majorité et que nous devons aussi tenir des conseils de l’administration», nuance Mme Robert, qui précise toutefois qu’elle s’opposera au projet si aucune garantie n’est fournie d’un accès au parc et à des infrastructures de qualité.

Mme Godbout insiste sur l’importance de rendre les écoles francophones attrayantes à Toronto.

«Les écoles anglophones sont mieux nanties et c’est tout le défi. J’ai moi-même hésité à retirer mes enfants pour les mettre dans une de ces belles écoles.»

Et c’est peut-être l’une des raisons qui attirent autant de candidats, analyse le politologue à la Chaire de recherche sur la francophonie et les politiques publiques à l’Université d’Ottawa, Martin Normand.

«Ce sont des enjeux comme celui-ci qui mobilisent les candidats, quand la clientèle s’estime mal desservie, qu’il y a un manque d’écoles ou d’infrastructures de qualité.»

 

Véritable campagne

Dans cette véritable campagne électorale, on retrouve même des controverses, comme la participation de M. L’Heureux, en pleine période d’élections, à une pelletée de terre pour annoncer les travaux de construction du nouveau bâtiment qui accueillera l’Académie de la Moraine, à Richmond Hill, en 2019.

«Ça a été un long périple et on voulait simplement le souligner. On n’annonçait pas une nouvelle école ou du financement obtenu. C’est malheureux de voir ça comme une controverse», se défend-il.

Certains candidats ont même décidé de former une liste électorale, «Rêvons en grand», qui  regroupe deux candidats à Toronto et quatre autres sur le territoire du CS Viamonde.

«Quand tu es en équipe, ça te permet d’avoir des valeurs communes», explique M. Kalogo.

Deuxième candidat sur la liste dans le territoire de Toronto, M. Guillot ajoute: «Nous sommes plusieurs parents à constater les mêmes problématiques. On veut apporter une vision globale et la perspective du terrain.»

Pour M. Normand, il est sain d’avoir une campagne aussi animée.

«Le palier scolaire est très important. Les conseillers scolaires gèrent un gros budget et leurs décisions vont avoir une incidence directe sur la vie des gens. Avec la réduction du conseil municipal à Toronto, les conseillers scolaires auront une importance particulière. Sans remplacer les conseillers municipaux, ils pourraient devenir les relais de la communauté franco-torontoise auprès de la ville.»

 


Les courses à Toronto:

CSC MonAvenir – Toronto Ouest

  • Laurie Davidson
  • Paul Demers
  • Nathalie Dufour-Séguin

CSC MonAvenir – Toronto Est

  • Claude-Reno D’Aigle
  • Anne Godbout
  • Zino Muamba-Idikay
  • Sherine Stephen

CS Viamonde – Est*

  • Julien Baeta
  • Benoît Fortin
  • Yousouf Kalogo

*Le candidat Abdellah Massaoudi a finalement décidé d’appuyer Youssouf Kalogo

CS Viamonde – Centre

  • Thomas Guillot
  • Chloë Robert

CS Viamonde – Ouest

  • Jean-François L’Heureux
  • Geneviève Oger

 


POUR EN SAVOIR PLUS:

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Benjamin Vachet
Benjamin Vachet
bvachet@tfo.org @BVachet

Originaire de France, Benjamin Vachet vit au Canada depuis plus de douze ans. Titulaire d'un baccalauréat en Administration économique et sociale et d'une maîtrise de journalisme, il a commencé sa carrière en France, avant de la poursuivre au Canada. Il a travaillé pour les hebdomadaires Le Reflet, puis L’Express Ottawa et pour la radio francophone d’Ottawa, Unique FM. Il a rejoint le Groupe Média TFO en 2014. Passionné de politique ontarienne, fédérale et internationale, Benjamin cumule plus de treize années d’expérience en presse écrite, radio et télévision.