Unis pour séduire : les collèges et universités francos font front commun
TORONTO – Clips numériques, bannières promotionnelles, publicité dans toute la province… Les neuf collèges et universités francophones et bilingues de l’Ontario conjuguent leurs efforts pour lancer une nouvelle image de marque autour du thème « La vie de campus », qui donnera dans quelques jours son nom à un nouveau site web concentrant toute l’offre de programmes en français.
Les acteurs du postsecondaire étaient présents ce jeudi à l’Université de l’Ontario français (UOF) à Toronto pour marquer le coup d’envoi d’une campagne coordonnée. Objectif affiché : moderniser l’image de marque des établissements de langue française afin d’inciter les étudiants à poursuivre leurs études en français.
Appuyée à hauteur de 2 millions de dollars par le ministère des Collèges et Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité, via les fonds du Programme des langues officielles en éducation, l’initiative est pilotée par la Table de concertation postsecondaire francophone de l’Ontario qui réunit les neuf collèges et universités francophones et bilingues.
Sa présidente, Lynn Casimiro, croit que travailler sur cette stratégie numérique commune est la preuve qu’« on est plus fort ensemble pour accrocher l’intérêt des jeunes, leur donner le goût d’en savoir un peu plus sur l’offre de programmes. On a plein d’avantages à faire valoir. On a des programmes de qualité et on veut amener les jeunes à les considérer fortement. »

« On a une belle histoire à raconter sur nos établissements et la valeur ajoutée incommensurable de faire ses études en français, abonde Serge Miville, recteur de l’Université de Sudbury. En Ontario, travailler dans un milieu bilingue, c’est synonyme d’une augmentation salariale automatique de 5 à 20 %. On a quelque chose à faire reconnaître et rayonner. »
Chaque année, près de 7000 finissants des écoles secondaires franco-ontariennes se retrouvent devant un choix crucial pour leurs études, la moitié opte pour des programmes anglophones. C’est la cible numéro 1 de cette campagne qui inclut un nouveau site web, une identité visuelle rafraîchie, un déploiement publicitaire dans et hors de la province ainsi qu’une présence numérique et communautaire renforcée.
« On avait déjà un consortium à l’international avec Avantage Ontario. Avoir cet outil-là en Ontario vient refléter la complémentarité de nos institutions, de nos programmes, ajoute Marco Fiola, principal du Collège Glendon, le campus bilingue de l’Université York. On a des offres de programmes très diverses, qu’on soit dans le Nord, dans l’Est. Et chez nous à Glendon, ça va rehausser notre visibilité comme institution bilingue en Ontario et ça ne peut qu’être positif. »

La cohésion n’a pas toujours été au rendez-vous entre ces établissements autonomes en compétition et en quête d’équilibre budgétaire, notamment au moment de l’émergence du projet d’Université de l’Ontario français. Mais le temps de la compétition acharnée entre institutions francophones est révolu à en croire les différents leaders du postsecondaire.
« Nous, on n’est pas en compétition avec La Cité, ni avec aucun programme francophone. La compétition, elle est avec les établissements anglophones et les programmes en anglais, affirme Daniel Giroux, président du Collège Boréal.
« Le message est très clair, dit-il : on veut d’abord encourager les étudiants à continuer en français. Et, comme province, pour convaincre, on doit mettre en avant la qualité des programmes en français. »

« Même si nous sommes tous contraints de travailler pour soi pour des raisons systémiques, il y a une volonté d’avancer ensemble, insiste Normand Labrie, recteur de l’UOF, qui se réunit tous les trois mois avec ses homologues pour évoquer des défis et projets collectifs. »
Depuis que la Table de concertation existe, les choses ont évolué, renchérit Mme Casimiro : « On a établi des projets et des priorités. Ça change totalement la dynamique de travail en commun. Oui, on a chacun notre identité et nos besoins, mais on a dans le même temps ouvert une nouvelle ère de collaboration. »

Dans un contexte financier tendu pour la majorité des collèges et universités en Ontario, ce financement arrive à point nommé. Il « rehaussera le profil de nos établissements francophones de calibre mondial et veillera à ce que nous continuions à former des diplômés exceptionnels », plaide Nolan Quinn, ministre des Collèges et Universités, de l’Excellence en recherche et de la Sécurité.
Pour Caroline Mulroney, ministre des Affaires francophones, c’est la garantie d’une « visibilité accrue pour nos établissements postsecondaires de langue française ».