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Université de l’Ontario français: Mulroney ouverte à discuter avec le fédéral

TORONTO – Caroline Mulroney change de ton et de discours: la ministre aux Affaires francophones ouvre la porte à discuter avec le gouvernement fédéral sur le cas de l’Université de l’Ontario français. À ces déclarations publiques s’ajoutent des échanges en privé entre les intervenants des deux paliers de gouvernement, a appris #ONfr.

ÉTIENNE FORTIN-GAUTHIER
efgauthier@tfo.org | @etiennefg

L’Université de l’Ontario français n’est pas sauvée. Loin de là. Mais pour la première fois, Caroline Mulroney, n’ignore plus les signaux de fumée du gouvernement fédéral, qui a déjà fait part de son désir de financer une partie du projet universitaire. Certains intervenants évoquaient, par exemple, la possibilité qu’Ottawa allonge l’argent nécessaire pour le démarrage de l’Université, en contrepartie d’un engagement de la province du financement de ses activités régulières, une fois qu’elle sera en activité.

«J’ai entendu à travers le comité consultatif que le gouvernement fédéral avait une offre de financement. Nous sommes bien sûr prêts à parler au fédéral concernant cette offre et les détails», a indiqué Caroline Mulroney, ce mardi, à Queen’s Park.

La ministre des Affaires francophones de l’Ontario, Caroline Mulroney. Archives #ONfr

Un discours qui détonne avec celui des dernières semaines de la part de la ministre et de son bureau. Jusqu’à maintenant, la province affirmait que le fédéral n’avait fait aucune offre formelle, laissant même entendre que les propositions de Mélanie Joly, ministre du Tourisme, des Langues officielles et de la Francophonie, n’étaient que des belles paroles sans réels fondements.

«Avant l’élection, les libéraux fédéraux promettent absolument tout, à tout le monde. Nous n’avons pas reçu d’indication du gouvernement du Canada qu’il souhaite fournir du financement pour une université par et pour les francophones à Toronto», affirmait même Stephanie Rea, directrice des communications de la ministre ontarienne de la Formation et des Collèges et Universités, Merrilee Fullerton, il y a à peine une semaine.

 

L’Ontario veut imposer ses règles

Si elle semble ouverte à négocier, Caroline Mulroney souhaite cependant imposer ses propres règles. Ses paroles laissent croire qu’elle ne veut pas voir le gouvernement fédéral venir s’immiscer dans son champ de compétences provinciales en matière d’éducation. «Le financement de l’Université de l’Ontario français, c’est un travail de la province», tranche-t-elle.

«Si le fédéral est prêt à offrir de l’argent, bien sûr, on est prêt à écouter les détails, la ministre Fullerton et moi. Mais il faut être transparent avec les Ontariens: le financement de l’Université est un très grand projet et la province doit être en mesure de pouvoir la financer», a affirmé sans détour Caroline Mulroney, mardi. «Comme vous savez, on a un déficit de presque 15 milliards de dollars et pour financer un projet de cet envergure, il faut absolument que la province soit en mesure de le financer», a-t-elle renchérit.

#ONfr a pu obtenir une confirmation que des échanges ont bel et bien eu lieu entre les bureaux de Mélanie Joly et de Caroline Mulroney au cours des derniers jours. Les fonctionnaires provinciaux et fédéraux seraient aussi maintenant des discussions.

«Lorsque nous avons développé notre plan d’action, ce sont des projets comme celui de l’université francophone à Toronto que nous avions en tête. Nous avons toujours été un bon partenaire de la communauté et nous continuerons de l’être. Toutefois, la province doit également faire sa juste part. Une fois que la Province aura priorisé le projet, nos critères sont clairs, le gouvernement pourra financer jusqu’à 50 % du projet», affirme Jeremy Ghio, porte-parole de la ministre Joly.

 

Forte pression des partis à Ottawa

Le changement de ton de Caroline Mulroney survient une semaine après le passage de la présidente du Conseil de gouvernance de l’Université de l’Ontario français (UOF), Dyane Adam, devant les membres du comité des langues officielles, à Ottawa.

Dyane Adam devant le comité des langues officielles, à Ottawa Crédit image: parlement fédéral

«Il y a d’autres façons d’appuyer le projet. Le gouvernement fédéral investit dans la recherche, l’innovation, l’infrastructure, le développement économique… Si tu veux, tu peux! On est dans une situation urgente, il y a des moyens pour intervenir», a-t-elle adressé à l’intention du gouvernement fédéral.

Elle s’est aussi dit déçue du peu d’implication de Caroline Mulroney pour permettre la survie du projet.

«Nous n’avons pas eu de temps de qualité avec la ministre pour notre projet. Je trouve ça un peu déplorable. Si on avait eu au moins notre temps d’antenne, on aurait pu faire part de tout ce que ça signifie cette université-là», a-t-elle lancé.

Selon certaines sources au fait du projet, l’Université de l’Ontario français pourrait éventuellement bénéficier d’un appui financier du fédéral pour poursuivre ses activités et demeurer présente sur la place publique, en attendant que la province soit prête à aller de l’avant avec l’établissement universitaire.

Le porte-parole aux langues officielles du Parti conservateur du Canada (PCC), Steven Blaney, a appuyé l’idée d’un financement temporaire du fédéral pour le projet. «Un financement temporaire, un pont financier, peut donner de l’oxygène pour permettre que ce projet-là, qui est sur les rails, reste sur les rails», affirmant même qu’il était prêt à contribuer personnellement à une future campagne de financement pour l’institution.

Tous les partis à Ottawa sont unanimes: le projet d’Université de l’Ontario français est essentiel et le gouvernement fédéral doit tout faire pour permettre sa survie.

 


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