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Université de l’Ontario français : place aux choses sérieuses

Temps de lecture : 2 minutes

[ANALYSE]

TORONTO – 7 septembre 2021. La date n’évoque encore rien, mais elle sera historique en Ontario français. Ce jour-là, l’Université de l’Ontario français (UOF) ouvrira enfin ses portes. Une inauguration qui achèvera des années de lutte pour un projet vieux de plusieurs décennies.

L’UOF a franchi une nouvelle étape cette semaine. Le ministère des Collèges et Universités a autorisé les quatre programmes universitaires connus de longue date : culture numérique, pluralité humaine, environnements urbains, et économie mondialisée.

Cette confirmation était attendue depuis plusieurs semaines. Le 25 septembre, jour du traditionnel « bonbon » pour les Franco-Ontariens, le gouvernement Ford avait préféré valoriser les initiatives du drapeau comme emblème provincial, et la mise en place des accents et cédilles sur les permis de conduire, le tout sans un mot pour l’université.

Dans les coulisses, on dit que retard à annoncer la signature s’explique par l’implication du fédéral dans le dossier. L’équipe Trudeau, qui finance la moitié des 126 millions de dollars de l’UOF, aurait demandé au gouvernement provincial de retarder l’annonce de quelques jours.

Début d’une course contre la montre

Quoi qu’il en soit, cette nouvelle étape n’est en rien décisive. Les prochains mois seront même cruciaux pour le recrutement des futurs étudiants. La date butoir du 15 janvier 2021 pour finaliser les inscriptions représente une véritable course contre la montre. Une cible de 200 élèves est fixée pour l’ouverture dans 11 mois.

En confirmant ses programmes, la direction de l’UOF a surtout dévoilé les frais annuels pour un étudiant : 6 100 $/année. Des chiffres dans la moyenne de l’Université d’Ottawa, York ou encore le Collège Glendon. En somme, étudier à l’UOF n’offrira pas d’avantages financiers.

L’autre bémol pour l’institution s’avère la concurrence extrême des institutions torontoises anglophones.

Les dirigeants de l’institution devront se montrer persuasifs en premier lieu pour convaincre des élèves des écoles de langue française d’étudier à l’UOF. À Toronto, le défi de la rétention des élèves de ces mêmes établissements se pose avec beaucoup plus de force qu’ailleurs.

Il faudra aussi faire preuve de pédagogie pour expliquer les titres des quatre programmes encore obscurs pour le commun des mortels.

Mais une grille de lecture serait plus optimiste et encourageante. D’une part, les inscriptions de l’UOF peuvent être dopées par l’aspect virtuel offert par le contexte pandémique. En témoignent des chiffres de la rentrée à l’Université Saint-Paul à Ottawa marqués par un bond des inscriptions de 19 %.

Par ailleurs, le déficit de notoriété dont souffre l’université aurait été en partie corrigé avec la « publicité » des derniers mois. La crise linguistique de l’automne 2018 a offert au projet une attention inattendue au-delà des frontières ontariennes. Les nouvelles institutions n’ont pas toutes cette chance.

Le paradoxe de l’UOF

Ouverte en 2021, l’UOF incarnera d’entrée un paradoxe. Bien qu’elle soit le projet le plus abouti des Franco-Ontariens de la décennie 2010, elle n’échappe pas aux critiques au sein de la communauté. Pour certains, la seule véritable « université franco-ontarienne » restera à jamais l’Université d’Ottawa. Pour d’autres, une université francophone digne de son nom devrait d’abord fédérer tous les programmes en français existants dans la province.

Il faudra bien plus que deux ou trois ans pour que l’UOF se démarque. Le soutien des Franco-Ontariens à cette université, aussi perfectible soit-elle, est obligatoire. De son possible succès dépendront d’autres initiatives et financements gouvernementaux.

Cette analyse est aussi publiée dans le quotidien Le Droit du 10 octobre.

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