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Université Laurentienne : les francophones tirent la sonnette d’alarme

Temps de lecture : 4 minutes

SUDBURY – Les enseignants francophones de La Laurentienne demandent à l’administration de revoir sa stratégie de couper dans des programmes francophones arguant qu’ils ne « causent pas de pertes financières » et qu’ils sont « rentables ». Ce scénario de coupures inquiète aussi des anciens et membres actuels de la communauté qui lancent un cri de cœur.

Selon le Regroupement des professeurs francophones (RPF), l’administration fait fausse route si elle décide de garde le cap sur sa stratégie actuelle, soit celle de couper dans les programmes avec des nombres plus petits et donc indirectement ceux en français.

« Elle (l’administration) n’a pas bien orienté son travail de coupures. Les programmes en français qui sont petits sont imbriqués les uns les autres. L’avocat de l’Université a dit : il y a beaucoup de programmes et ça coûte cher. Ce n’est pas vrai, les programmes en français sont souvent liés entre eux autres, ils partagent des cours. C’est en ayant plusieurs petits programmes qu’on réussit à avoir un grand nombre d’étudiants à peu de coûts, car les cours sont partagés. L’idée qu’il y a trop de programmes est complètement fausse », soutient le professeur Denis Hurtubise du RPF.

Le regroupement pointe vers une subvention de 12 millions de dollars par année que reçoit l’établissement sudburois de la part du Programme des langues officielles en enseignement du ministère du Patrimoine canadien pour appuyer l’enseignement en français.

« Il faut que cet argent-là serve pour appuyer les programmes, on est convaincu qu’à cause de ce 12 millions-là, les programmes en français ne coûtent rien, ils sont même rentables », croit Denis Hurtubise.

L’Université Laurentienne à Sudbury. Archives ONFR+

Ce groupe de professeurs francophone pense que le portrait devra changer après cette « crise ».

« Les programmes universitaires de langue française à Sudbury devront bénéficier d’une autonomie décisionnelle et financière afin qu’ils soient gérés par et pour la communauté francophone du Moyen-Nord », indique le RPF dans un communiqué.

Une vague d’amour

Rachel Desaulniers est une ancienne journaliste et enseignante de l’Université de Sudbury qui a étudié à La Laurentienne. Elle est l’une des nombreuses membres de la communauté ayant lancé une sorte de cri de cœur dans les derniers jours sur les réseaux sociaux.

« Il faut que les anciens se mobilisent ou démontrent qu’on a une part à jouer comme diplômés de La Laurentienne. Je suis une fille qui a grandi à Sudbury et qui a été à l’Université Laurentienne. La situation est grave et sérieuse, mais il faut démontrer notre attachement à cet établissement-là », soutient Mme Desaulniers.

Pour cette dernière, on ne peut pas rester les bras croisés en voyant l’impact que l’Université Laurentienne a eu sur des institutions tels le Carrefour francophone de Sudbury, le journal Le Voyageur et le Centre franco-ontarien de Folklore.

« Pour le Nord de l’Ontario, c’est un lieu où tu apprends ton métier et ça contribue à l’ensemble de la carrière des gens, c’est là où tu peux vraiment avoir un sens d’identité et d’étudier en français pour retourner dans ta communauté pour contribuer à l’épanouissement de la langue et de l’économie. (…) Avec ce que l’Université a donné à la communauté, on ne peut pas rester à ne rien faire. On ne peut pas juste regarder le défilé. »

« Il n’y a pas personne dans l’administration qui parle et qui offre de l’aide » – La professeure en psychologie Line Tremblay

Même son de cloche pour la professeure en psychologie Line Tremblay qui s’inquiète que l’établissement prenne des décisions sans prendre en compte les conséquences sur l’aspect francophone et unique de l’Université Laurentienne.

« On voit juste l’arbre dans la forêt, et non toute la forêt. L’administration est face à une crise financière et c’est cette vision qui m’inquiète. Si tu es face à un ours, ce n’est pas de tomber dans la rivière qui t’inquiète, c’est l’ours », image Mme Tremblay.

Cette dernière dénonce le manque d’empathie et le côté humain dans la situation actuelle.

« Il y a une bombe qui est sortie et on annonce de possibles pertes d’emplois. Il n’y a pas personne dans l’administration qui parle et qui offre de l’aide. Il n’y a pas eu de communications publiques, aucune empathie pour les gens ou des paroles rassurantes. Je n’ai jamais entendu ; on va faire de notre mieux pour sauver le plus d’emplois possible, c’est plutôt : on va faire de notre mieux pour supprimer le plus d’emplois possible. Je ne dis pas que ce sont les vraies intentions des administrateurs, mais ils ne comprennent pas qu’ils ont un devoir de prendre soin de leur communauté, mais ils ne le font pas. »

Au gouvernement d’agir

L’Union des Associations de Professeurs des Universités de l’Ontario (OCUFA) accuse le gouvernement et le ministre des Collèges et des Universités Ross Romano de « refuser de défendre la population du Nord de l’Ontario et de fournir un financement vital à l’université publique ». L’OCUFA pointe du doigt la ministre des Affaires francophones Caroline Mulroney et M. Romano de « refuser de les rencontrer » et dit « se sentir abandonnés ».

« La position adoptée par M. Romano est irresponsable, menace les emplois, les programmes essentiels, la qualité de l’éducation des étudiants et fera un tort irréparable à l’université et à la communauté du Grand Sudbury », indique l’OCUFA dans un communiqué.

Le ministère répond qu’il a nommé le conseiller spécial, Alan Harrison pour lui fournir « des recommandations sur la façon dont le gouvernement peut procéder pour soutenir la viabilité financière à long terme de La Laurentienne ».

« La portée du mandat du conseiller spécial s’étendra au-delà de l’analyse financière et comprendra un examen d’autres facteurs sous-jacents à la situation à la Laurentienne. Le conseiller spécial fournira des conseils et des recommandations qui appuieront la prise de décision du gouvernement, y compris une perspective sur la gouvernance et la planification stratégique actuelle de la Laurentienne et les plans de retour à des opérations durables. Nous restons déterminés à faire en sorte que les étudiants de l’Université Laurentienne puissent poursuivre leurs études sans interruption », indique un porte-parole du ministre Romano.

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