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Victoire de Joe Biden : quels bénéfices pour l’Ontario et les francophones ?

Temps de lecture : 4 minutes

Quelques mots de félicitations convenus, et surtout le souhait d’une « relation mutuellement intéressante entre nos deux pays ». Lundi, Doug Ford, n’a pas caché ses attentes, après la victoire de Joe Biden, déclaré 46e président des États-Unis après plusieurs jours de comptage des bulletins.

Le premier ministre connaît mieux que quiconque les chiffres de la balance commerciale avec le voisin américain. En 2018, les échanges commerciaux entre l’Ontario et les États-Unis ont représenté 29,6 milliards de dollars canadiens. La province y exporte même 74 % de ses produits alimentaires. Autre donnée révélatrice : l’Ontario est le principal partenaire commercial de 19 États américains.

Autant dire que les décisions de Washington pèsent en Ontario.

Souvent comparé à Donald Trump, pour son style populiste, mais aussi sa crinière blonde, Doug Ford avait montré ses derniers mois son agacement envers le locataire de la Maison-Blanche. En avril, il se déclarait « très déçu » après que le fabricant de masques 3M ait dû cesser ses exportations des masques médicaux au Canada. Mêmes mots et même colère, en août, après la décision de M. Trump de rétablir des droits de douane de 10 % sur les importations d’aluminium en provenance du Canada.

Ce changement de pouvoir bénéficiera aux relations entre Washington et Queen’s Park, croit Emily Wills, politologue à l’Université d’Ottawa, spécialiste des questions internationales.

« On va avoir une situation où les leaders canadiens et américains vont avoir une meilleure conversation pour la négociation et la coopération. Ça sera un changement de style, mais aussi de perspective. Le gouvernement Trump a toujours pensé qu’il pouvait négocier de manière forte. Une administration Biden verra davantage les bénéfices mutuels. »

Et de poursuivre : « L’Ontario et les États-Unis sont extrêmement liés économiquement, si l’on pense au secteur automobile à Windsor ou encore tous les échanges de produits agricoles. »

Le président des États-Unis, Donald Trump. Crédit image : (c) Gage Skidmore / CC BY-SA 2.0 

Au cours de son mandat débuté en janvier 2017, le président Donald Trump a envenimé les relations commerciales entre le Canada et les États-Unis, déclenchant « une guerre commerciale », dixit de nombreux experts.

En mai 2018, Washington décrétait l’application de taxes sur l’acier et l’aluminium au Canada et au Mexique, devant la lenteur des discussions pour renégocier l’Accord de libre-échange nord-américain (ALENA). Un an plus tard, la suppression de ces mêmes obstacles relançait des négociations, abouties finalement par l’accord Canada-États-Unis-Mexique (ACEUM).

« Les enjeux commerciaux avec les États-Unis étaient déjà réglés, et les relations meilleures, donc je ne pense pas que la présidence de Joe Biden va changer grand-chose », analyse pour sa part Dominique Lapointe, économiste principal chez Valeurs mobilières Banque Laurentienne.

En revanche, le Canada et l’Ontario pourraient bénéficier d’une reprise de l’économie américaine.

« Joe Biden s’est engagé à maîtriser l’épidémie de coronavirus. S’il y parvient, cela pourrait relancer la consommation aux États-Unis, et donc avoir un impact important pour l’économie canadienne qui ressortirait gagnante. La récession au Canada, laquelle a été profonde au second trimestre, s’explique par l’effondrement de l’économie américaine. Les arrêts de production de véhicules automobiles au Canada ont aussi contribué à faire baisser les ventes de voitures et de camions aux États-Unis. »

Des opportunités et des espoirs pour les Franco-Ontariens

Les Franco-Ontariens aussi impactés par l’arrivée de Joe Biden à la Maison-Blanche ? Par ricochet, oui. Mais le président du Conseil de la coopération de l’Ontario (CCO), Hosni Zaouali, voit plus loin.

« Pour moi, l’impact de la victoire de M. Biden est beaucoup plus psychologique. Mais il faut profiter de cette période où le message est plus positif avec lui pour que les Franco-Ontariens fassent le pont entre le monde francophone, symbolisé par la France, la Belgique, l’Afrique, et l’Amérique du Nord. Il y a une carte à jouer énorme sur le plan international. Les États-Unis comme les anglophones canadiens ont besoin que les Franco-Ontariens leur donnent, par exemple, accès à l’Afrique et au Moyen-Orient ! »

Hosni Zaouali, président du Conseil de la coopération de l’Ontario. Gracieuseté

Du côté de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), on regarde aussi avec attention la transition politique à Washington.

« Nous espérons que le nouveau gouvernement américain respecte les ententes actuelles qui touchent l’agriculture canadienne, et des échanges et relations plus harmonieuses avec notre principal partenaire économique, tout en ayant le spectre de l’imposition de droits de douane et de tarifs punitifs devenir moins probable », fait valoir le directeur général Danik Lafond, dans un échange de courriels avec ONFR+.

Dès son arrivée au pouvoir, le président Trump avait mis la pression sur Ottawa pour ouvrir son industrie laitière protégée par le système de gestion de l’offre. Le gouvernement Trudeau avait fini par concéder une ouverture de 3,59  % de son marché des produits laitiers aux producteurs américains.

« Nous souhaitons que M. Biden respecte les particularités et le mode de fonctionnement du système agricole canadien dans ses relations et négociations, notamment dans ses caractéristiques liées à la prépondérance des fermes familiales et le système de la gestion de l’offre. »

Racisme systémique

Au-delà de l’économie, la politologue Emily Wills estime que les débats sur l’inclusion se poursuivront sous le mandat de Joe Biden. La mort de George Floyd, interpellé par un policier blanc, avait déclenché une émotion mondiale.

« Les manifestations aux États-Unis avaient ouvert une réflexion au Canada, mais ces problèmes aux États-Unis vont persister. Les suprémacistes blancs, lesquels étaient proches de Trump, ne disparaîtront pas. On peut penser que les personnes agressives vont rester. »

Les défis ne s’en iront pas d’un coup de baguette magique. Une opinion aussi partagée par Hosni Zaouali qui garde en mémoire la carte électorale américaine dominée par le rouge républicain malgré la victoire de Joe Biden.

« Beaucoup aujourd’hui pensent qu’on a réglé beaucoup de choses, qu’on est sorti de cette période d’hostilité. Mais c’est oublier que près de 50 % des Américains ont voté pour Trump. On a à faire à une population très divisée, et il va falloir réussir à naviguer ainsi. »

L’économiste Dominique Lapointe voit lui un obstacle à court terme, indépendant des chiffres et des tendances boursières.

« L’administration Trump et certains membres du Parti républicain vont essayer de conserver le pouvoir. Pendant deux mois, la transition risque d’être très difficile. »

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