Politique

Vote à 16 ans : la mobilisation des jeunes se poursuit

OTTAWA – Donner le droit de vote aux jeunes de 16 et 17 ans revient régulièrement dans le débat politique canadien. Défendu depuis plusieurs années par des organisations citoyennes et par la sénatrice indépendante Marilou McPhedran, le projet de loi visant à abaisser l’âge électoral est actuellement à l’étape de la deuxième lecture au Sénat.

« Un de nos objectifs est d’envoyer le projet de loi en comité sénatorial », lance Jayden Paquet-Noiseux, 20 ans, désormais assistant au bureau de la sénatrice McPhedran.

Militant pour cette cause depuis l’âge de 16 ans, il estime que cette étape permettrait surtout d’ouvrir un débat national sur la participation politique des jeunes.

« Les comités du Sénat sont reconnus pour la qualité de leurs rapports. Cela permettrait d’entendre des experts, des chercheurs et des jeunes engagés sur cette question », explique-t-il.

Militant pour le droit de vote dès 16 ans, Jayden Paquet-Noiseux résume l’enjeu en une formule : « Plus tôt on vote, plus longtemps on vote ». Photo : gracieuseté

Le projet de loi concerne uniquement les élections fédérales et les référendums. Toutefois, ses promoteurs estiment qu’une adoption à Ottawa pourrait créer un effet d’entraînement.

« Si cela fonctionne au fédéral, les provinces et les municipalités pourraient ensuite décider de suivre », ajoute M. Paquet-Noiseux.

Pour les partisans du projet, l’enjeu immédiat est donc de franchir la prochaine étape parlementaire.

« La sénatrice a présenté ce projet de loi à chaque session parlementaire, mais à chaque prorogation ou élection, il faut recommencer le processus à zéro », poursuit-il.

Le projet, déposé une première fois en 2020, n’a jamais été rejeté formellement, précise-t-il, mais il n’a jamais eu le temps de franchir toutes les étapes parlementaires.

« Ce n’est pas parce qu’il manque de soutien. Au contraire, il y a de l’appui dans plusieurs groupes au Sénat et dans différents partis politiques. C’est surtout une question de timing », estime cet étudiant en sciences politiques à l’université d’Ottawa.

Mobilisation des jeunes

Parmi les jeunes engagés dans cette cause figure Sophia Lahlou, une militante de 13 ans originaire d’Ottawa.

« De plus en plus de jeunes ont l’impression que leur voix n’est pas importante ni entendue. La loi Vote16 pourrait changer cela en donnant aux jeunes l’importance qu’ils méritent », affirme celle qui espère profiter de ce droit d’ici trois ans.

Sophia Lahlou s’active au sein des Jeunes politiciens du Canada et du Jeune Parlement du Canada. Photo : gracieuseté

La jeune militante mène des actions de sensibilisation dans son école.

« J’encourage les gens à soutenir cette cause et à en parler autour d’eux. J’imprime aussi des affiches que je colle dans mon école pour informer les élèves. »

À Mississauga, Sophia Wan, 17 ans, milite également pour l’abaissement de l’âge du vote.

« Le gouvernement adopte souvent des lois qui ont un impact direct sur les jeunes, sans les consulter au même niveau que les adultes », explique-t-elle.

Les jeunes militants citent notamment les politiques environnementales, dont les effets se feront sentir sur plusieurs générations.

Selon elle, l’argument relève aussi d’une question de cohérence démocratique.

« À 16 ans, nous pouvons travailler, conduire et payer des impôts. Nous sommes capables de prendre des décisions réfléchies et de participer à la vie démocratique. »

Membre de la Fédération des élèves du secondaire du Canada, Sophia Wan mobilise ses pairs pour soutenir l’initiative Vote16. Photo : Gracieuseté

Un mouvement en expansion

Depuis plus de six ans, l’organisation Vote16 Canada plaide pour abaisser l’âge électoral.

Selon Vote16, plus de 100 organisations de la société civile ont appuyé cette initiative, dont le Congrès du travail du Canada, la Fédération canadienne des étudiantes et étudiants et Operation Black Vote Canada.

Des institutions jeunesse, dont le Parlement jeunesse francophone de l’Ontario et la Fédération de la jeunesse franco-ontarienne, ont également exprimé leur soutien.

Au total, une vingtaine de conseils municipaux et de commissions scolaires au Canada ont adopté des résolutions en faveur de l’abaissement de l’âge du vote.

Et déjà, plusieurs initiatives montrent une ouverture à l’égard du vote à 16 ans.

« Au Canada, 19 organisations et gouvernements autochtones (dont certaines organisations métisses de l’Alberta, de la Saskatchewan et de l’Ontario, ainsi que des gouvernements inuits) ont adopté des règles électorales permettant de voter dès 16 ans », se félicite Aleksi Toiviainen, coordinateur général de Vote16.

« Il est ridicule, alors que nous savons qu’un groupe de citoyens est capable de voter, de leur refuser ce droit fondamental ». Aleksi Toiviainen, coordinateur général de Vote16, s’indigne. Photo : gracieuseté

Lors du référendum sur la réforme électorale organisé en 2016 à l’Île-du-Prince-Édouard, les jeunes de 16 et 17 ans avaient également été autorisés à voter. Leur taux de participation avait alors dépassé celui des électeurs âgés de 18 à 44 ans.

« Les précédents se multiplient, notamment au niveau international (au Royaume-Uni, en Allemagne, en Autriche, en Belgique et dans plusieurs villes des États-Unis). Les décideurs politiques devront soit rejoindre cette dynamique, soit risquer d’être laissés pour compte », conclut Aleksi Toiviainen.