Une manifestation a rassemblé, ce mercredi, plusieurs milliers d'étudiants devant Queen's Park. Photo : Rudy Chabannes/ONFR
Société

Frais de scolarité : les étudiants de l’Ontario en colère

Une manifestation a rassemblé, ce mercredi, plusieurs milliers d'étudiants devant Queen's Park. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Ils étaient quelques milliers à manifester ce mercredi devant Queen’s Park, à Toronto, après les changements apportés par le gouvernement Ford au Régime d’aide financière aux étudiantes et étudiants de l’Ontario (RAFEO). Plusieurs centaines également à Waterloo. Partout en Ontario, les étudiants dénoncent la diminution des bourses et la fin du gel des frais de scolarité, deux mesures qui pourraient alourdir leur endettement. S’achemine-t-on vers une grève à l’échelle de la province?

« À bas les frais », « Ne touchez pas au RAFEO », « Coupes Ford = moins d’opportunités »… les slogans hostiles aux changements de régime étudiant ont fleuri ce mercredi à Toronto devant l’Assemblée législative de l’Ontario.

Au même moment, le campus de Waterloo, dans le Sud-Ouest, faisait face à une grève générale, tandis qu’à Ottawa le mécontentement ne faiblit pas.

« Les étudiants sont très en colère et prêts à utiliser tous les moyens nécessaires pour s’assurer un avenir stable », affirme Alex Stratas, commissaire à la revendication pour le Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa (SÉUO).

Selon elle, plusieurs étudiants font déjà référence au mouvement étudiant québécois de 2012, lorsque les mobilisations contre la hausse des frais de scolarité avaient réussi à faire reculer le gouvernement.
Pour l’instant, une grève à l’échelle provinciale demeure toutefois incertaine.

« À l’Université de Waterloo, les étudiants ont voté en faveur d’une grève d’une journée. Mais lorsqu’on parle d’une grève provinciale, ces discussions sont encore prématurées et il est peu probable qu’une telle action ait lieu dans le mois à venir », précise-t-elle.

Une grève étudiante « n’est certainement pas exclue » en réaction aux changements au RAFEO, estime Alex Stratas, commissaire à la revendication du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa. Photo : Gracieuseté

En attendant, les associations étudiantes envisagent d’autres moyens de pression, notamment des campagnes de courriels, des banques d’appels et des rassemblements.

« La grève est considérée comme un dernier recours », ajoute Alex Stratas.

Le gouvernement ontarien avait justifié la réforme du RAFEO par la nécessité d’en assurer la pérennité et le rapprocher des mécanismes en vigueur dans les autres provinces.

En vertu de cette réforme prévue dès la rentrée prochaine, les étudiants de l’Ontario pourront recevoir jusqu’à 25 % de leur aide du RAFEO sous forme de bourses et un minimum de 75 % sous forme de prêts.

Le gouvernement met aussi fin au gel des frais de scolarité, en vigueur depuis 2019 et autorise ainsi les collèges et universités recevant une aide publique à majorer les droits de scolarité jusqu’à 2 % par an pendant trois ans.

Un contexte déjà difficile pour les étudiants

Selon Jack Coen, président du Syndicat étudiant de l’Université d’Ottawa, cette décision s’inscrit dans une série de mesures adoptées par le gouvernement Ford qui compliquent la vie des étudiants.

Il cite notamment le projet de loi 60, qui réduirait selon eux les droits des locataires, ainsi que le projet de loi 33, qui a supprimé certains frais accessoires servant à financer des services essentiels sur les campus, comme les banques alimentaires, les services de santé mentale et les fonds d’urgence.

« Les étudiants ne sont pas responsables de la dette provinciale et ne devraient pas en assumer le poids », affirme-t-il.

Pour Jack Coen, les changements à la RAFEO surviennent dans un contexte déjà difficile pour les étudiants.

Pour Jack Coen, président du SEUO, craint que l’Ontario se rapproche du modèle américain, où l’endettement étudiant est massif. Photo : Gracieuseté

« Le marché du travail est de plus en plus compétitif pour les jeunes diplômés. Plusieurs emplois d’entrée exigent désormais une maîtrise. Rendre l’accès aux études plus coûteux risque de réduire le nombre d’étudiants et d’aggraver les difficultés financières des universités », estime-t-il.

Il craint ainsi un cercle vicieux qui nuirait à la fois aux étudiants, aux établissements d’enseignement et à l’économie ontarienne.

Jack Coen rappelle qu’environ 33 % des familles ontariennes ont déjà eu recours à ce programme pour financer les études postsecondaires.

Selon lui, réduire cette aide pourrait aussi avoir des conséquences économiques plus larges.
« Les familles devront consacrer davantage d’argent aux études au lieu de le réinjecter dans l’économie locale », soutient-il.

Les étudiants francophones aussi touchés

Les étudiants francophones pourraient être particulièrement vulnérables à ces changements. À l’Université d’Ottawa, une proportion importante d’entre eux provient de régions rurales franco-ontariennes.

Selon des données internes évoquées par le syndicat étudiant, les étudiants francophones seraient aussi surreprésentés parmi ceux qui vivent de l’insécurité alimentaire.

Dans les rangs des manifestants : des étudiants mais aussi des élèves des écoles secondaires ainsi que des députés provinciaux venus les soutenir. Photo : Rudy Chabannes/ONFR

Dans ce contexte, Jack Coen estime que les changements au RAFEO risquent d’aggraver les inégalités déjà présentes.

Présents dans la manifestation torontoise, les députés d’opposition Jamie West (NPD, Sudbury) et John Fraser (Parti libéral, Ottawa) ont appelé le gouvernement à faire machine arrière sur sa réforme.