Est ontarien : le carburant alourdit la facture des agriculteurs
PRESCOTT ET RUSSELL – La volatilité des prix du carburant continue de fragiliser les producteurs agricoles de l’Est ontarien. Selon la Fédération de l’agriculture de l’Ontario, le coût des intrants atteint un niveau record pour les producteurs en 2026. En l’absence d’un soutien direct du gouvernement, les agriculteurs s’adaptent.
« Ce n’est pas seulement à la pompe », résume Michel Dignard, producteur agricole dans la région de Prescott et Russell. « Ça nous affecte sur tous les fronts. »
Spécialisé en grande culture de maïs et de soya, mais aussi de bleuets, de framboises et d’activités apicoles, il constate que la hausse du diesel se répercute désormais bien au-delà du plein des machines.
Selon M. Dignard, également vice-président de l’Union des cultivateurs franco-ontariens (UCFO), le phénomène s’étend à l’ensemble de la chaîne d’approvisionnement : transport, pièces et alimentation animale.

« Certaines compagnies n’ont même pas encore livré les semences qu’elles parlent déjà d’augmenter les frais de livraison », souligne-t-il.
Les fertilisants ont connu des hausses importantes depuis l’automne, atteignant parfois jusqu’à 500 $ la tonne. Si le prix des semences demeure relativement stable, le transport de l’engrais pèse de plus en plus lourd.
Derrière ces hausses, des facteurs internationaux fragilisent les producteurs agricoles, notamment les tensions géopolitiques et les perturbations dans les chaînes d’approvisionnement.
Hausse de 37 % des coûts des intrants en 2026
Du côté de la Fédération de l’agriculture de l’Ontario, on évoque un coût record des intrants pour les producteurs en 2026.
« Les producteurs font face à une hausse moyenne de 37 % des coûts des intrants en 2026, incluant carburant, engrais et énergie », affirme Sam McDonell, directeur pour la zone 14, représentant les agriculteurs de Stormont, Glengarry, Prescott et Russell. Producteur de troisième génération, il exploite avec sa famille une ferme à l’est de Cornwall.
Selon lui, les coûts du transport continuent d’augmenter, tout comme ceux des équipements.
« Certains prix sont devenus difficiles à justifier. Certaines pièces ont énormément augmenté, parfois jusqu’à 200 %. Par exemple, un semoir que j’ai regardé l’an dernier coûtait 400 000 $, alors qu’en 2013, on en avait acheté un à 120 000 $. Il y a plus de technologie aujourd’hui, mais l’écart reste très important », déplore-t-il.

Contrairement à d’autres secteurs, les agriculteurs ne peuvent pas absorber ces hausses en augmentant leurs prix.
« On ne peut pas augmenter nos marges. Le prix des grains est fixé par le marché, notamment à Chicago. On n’a aucun contrôle là-dessus », explique M. Dignard.
« On n’investit plus »
Dans ce contexte, chaque augmentation vient directement réduire les revenus. Ainsi, plusieurs producteurs freinent leurs investissements.
« On n’investit plus. On se limite à réparer et on reporte tous les achats d’équipement d’au moins un an », affirme Michel Dignard.
« Même les concessionnaires constatent que plusieurs agriculteurs annulent leurs achats de machines parce que les marges sont trop faibles cette année », ajoute-t-il. Selon lui, les producteurs qui n’avaient pas acheté leurs engrais à l’automne doivent maintenant absorber des hausses d’environ 40 %.
De plus, à l’approche des semis, la pression financière s’intensifie. « C’est là que le gros des dépenses arrive », dit M. Dignard.
Faute de solutions immédiates, les producteurs ajustent leurs pratiques : moins de passages dans les champs, optimisation des opérations, réduction de la consommation de carburant. « On travaille avec les universités et les entreprises agricoles pour améliorer les rendements et réduire les coûts. On utilise davantage le semis direct pour limiter le travail du sol », souligne Sam McDonell.
« Ceux qui font de la grande culture vont, par exemple, passer de trois passages à deux pour préparer le sol », précise Michel Dignard.
Les producteurs pointent aussi du doigt le peu de soutien direct. « Contrairement à d’autres pays, comme les États-Unis, il n’y a pas de compensation directe lorsque les marchés changent. Et les programmes existants sont souvent complexes et demandent beaucoup de démarches », fait observer Sam McDonell.
Il précise par ailleurs qu’il existe certains programmes en Ontario, notamment des assurances ou des partenariats pour tester de nouvelles pratiques ou équipements. Michel Dignard espère, lui, un allègement supplémentaire. Si la tendance se maintient, les effets pourraient se faire sentir davantage lors de la prochaine saison agricole, estime-t-il.
En attendant, les producteurs avancent à vue. « Chaque année, et même chaque jour, on cherche des moyens de produire plus avec moins de ressources, qu’elles soient financières, naturelles ou environnementales. C’est dans la nature des agriculteurs de trouver des solutions », conclut Sam McDonell.