La crise à la Laurentienne avait provoqué la fermeture de 76 programmes en 2021. Photo : Archives ONFR
Société

Laurentienne : rejet de la motion de censure contre la rectrice et le Conseil

La crise à la Laurentienne avait provoqué la fermeture de 76 programmes en 2021. Photo : Archives ONFR

SUDBURY – Au terme d’un débat tendu tenu à huis clos, le Sénat de l’Université Laurentienne a rejeté mardi après-midi une motion de censure visant la rectrice Lynn Wells et les membres du Conseil des gouverneurs. Durant la même séance, le Sénat a aussi régularisé le parcours des étudiants en sciences infirmières en reconnaissant officiellement leurs stages effectués en anglais.

La motion de non-confiance visant la rectrice et les membres du Conseil des gouverneurs découlait d’une demande formelle déposée lors de la réunion précédente de la mi-mars.

Le point de discorde reposait essentiellement sur un profond manque de confiance envers la direction à la suite d’une grève de trois semaines du corps professoral qui dénonçait les conditions salariales et les retraites.

L’annonce d’une augmentation de salaire de 11 % accordée à la rectrice lors d’une réunion à huis clos quelques mois plus tôt, alors que les professeurs soutenaient avoir pris du retard financier depuis l’insolvabilité de l’institution en 2021, a cristallisé les mécontentements.

Avant même d’aborder le fond, un débat procédural intense s’est engagé concernant la légitimité même du Sénat à traiter ce dossier. Les sénateurs Alain Simard, vice-recteur aux études par intérim, et Tammy Eger, vice-rectrice à la recherche, ont vigoureusement remis en question la recevabilité de la motion.

Celui qui animait la séance, Ernst Gerhardt, a toutefois rejeté cette interprétation, affirmant que la confiance envers la direction est intrinsèquement liée à la capacité de l’université à mettre en œuvre sa mission éducative. Pour valider sa décision, l’actuel orateur du Sénat a invoqué la jurisprudence de l’institution, citant des précédents historiques où le Sénat a agi de la sorte : en mars 1970 contre la direction de l’époque, ainsi qu’en septembre 2022, après la crise du lundi noir.

Les sénateurs Alain Simard, vice-recteur aux études par intérim, et Tammy Eger, vice-rectrice à la recherche lors de la rencontre de mardi après-midi. Photo : capture d’écran internet

Discussion autour d’un huis-clos

Le sénateur Simard a soulevé un point d’ordre, affirmant : « Je ne vois aucun lien clair avec les politiques académiques et éducatives de l’institution […] cette motion parle de questions de personnel et de rendement des membres du Conseil ». Selon lui, le Sénat ne constituait pas le forum approprié pour une telle discussion, celle-ci relevant de la compétence exclusive du Conseil des gouverneurs.

Une fois la motion jugée recevable, le Sénat a voté à 25 contre 5 pour que la discussion se poursuive à huis clos afin de protéger la vie privée des personnes nommées. Après deux heures de délibérations secrètes, la motion de non-confiance a finalement été rejetée.

Aucune information n’a été fournie sur le partage des votes.

Dans une déclaration aux médias suivant la rencontre, le président du Conseil des gouverneurs, Jean-Pierre (Jay) Barbeau, commente le résultat du vote ainsi : « Compte tenu du choix qui s’offrait au Sénat, nous considérons qu’il s’agit d’une décision de s’unir dans un esprit de reconstruction de l’université, et nous honorerons cet engagement. Nous souhaitons sincèrement collaborer avec le Sénat, le corps professoral et tous les membres de la communauté universitaire pour poursuivre dans cette voie. »

Et d’ajouter : « Après une période très difficile, l’Université Laurentienne réalise de réels progrès. Les inscriptions sont en hausse, davantage d’étudiants francophones choisissent l’Université Laurentienne, et l’université renoue ses partenariats et renforce son rôle au sein de la communauté. »

Les stages en anglais désormais reconnus

Un peu plus tôt dans la journée une motion, portée par Nathalie Poulin-Lehoux, vice-rectrice associée aux affaires francophones, visait à entériner une pratique appliquée de manière informelle depuis plusieurs années : l’octroi automatique du certificat de bilinguisme aux étudiants du Baccalauréat en sciences infirmières (BScInf).

« Le certificat est accordé aux étudiantes et étudiants du programme de sciences infirmières depuis quelques années, mais n’a jamais été approuvé formellement au Sénat », a expliqué Mme Poulin-Lehoux. 

Après discussion, la motion a été adoptée avec un seul vote contre et une abstention.

La révision permet désormais de comptabiliser les stages cliniques, effectués presque exclusivement en anglais, pour satisfaire à l’exigence des 15 crédits requis dans la seconde langue officielle.

Nathalie Poulin-Lehoux a justifié cette mesure par la nécessité de garantir la sécurité des patients : « La maîtrise de l’anglais est essentielle pour assurer la sécurité des patients dans un système de santé majoritairement anglophone. » Photo : capture d’écran internet

« Sudbury, c’est une ville bilingue. On essaie d’employer des éducateurs et des éducatrices bilingues, mais la réalité de notre hôpital régional, c’est plutôt l’anglais. Je dirais que la communication avec les médecins et les infirmiers, c’est entièrement en anglais, mais on embauche des francophones aussi pour guider nos étudiants », a affirmé de son côté, la sénatrice Nicole Lafrenière, de l’École des sciences infirmières. 

Elle a précisé que malgré cet encadrement francophone par l’université, les étudiants évoluent dans un univers où les politiques, la documentation et les interactions professionnelles sont « entièrement en anglais », rendant l’obtention du certificat de bilinguisme dépendante de cette immersion anglophone forcée.

Tout en appuyant la motion, Michèle Minor-Corriveau a appelé à la vigilance pour éviter qu’un programme anglophone ne réclame le certificat sous prétexte d’un contact minimal avec le français.

La question des étudiants internationaux

Fabrice Colin, président de l’Association des professeurs et professeures de l’Université Laurentienne (APPUL), a soulevé un point concernant la transparence envers les étudiants issus de la francophonie internationale, particulièrement ceux venus d’Afrique. 

Il a rappelé que, par le passé, plusieurs arrivaient sans savoir que la pratique clinique se ferait en anglais : « Nous avions beaucoup d’étudiants internationaux qui ne savaient pas que les stages seraient donnés en anglais exclusivement. »

La sénatrice Lafrenière a répondu à cette préoccupation : « Les étudiants africains sont bel et bien au clair maintenant que les stages sont dans des endroits bilingues. »

Elle a précisé qu’ils ont maintenant des prérequis spécifiques et que de l’aide leur est offerte par le centre linguistique ou au sein de l’École des sciences infirmières. 

Le Secrétaire général et secrétaire du Sénat, Serge Demers, a ajouté que le programme a modifié ses règles d’admission pour inclure l’anglais de 11e année comme prérequis afin d’assurer « qu’il y a au moins une base dans la langue ».