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Whiskeyjack : brasser de la bière dans le Témiscamingue ontarien

Temps de lecture : 5 minutes

TEMISKAMING SHORES – De la bière sera bientôt brassée à Temiskaming Shores, du moins, c’est ce qu’espèrent les propriétaires de Whiskeyjack. Cette brasserie fait sa propre bière depuis deux ans, en utilisant les installations de Highlander Brew à South River. Mais, avec l’aide de la communauté, les deux entrepreneurs comptent se procurer leur propre équipement en 2020.

Whiskeyjack est la brasserie de Luc Johnson et Marc-André Therrien.

En fin 2019, l’entreprise a reçu une subvention de la Société d’aide au développement de Temiskaming Sud afin d’acheter l’ancien édifice du Café Météore, où se situe depuis peu leur bistrot. Cette subvention leur permettrait aussi de se procurer leur propre équipement de brassage.

« On veut acheter tout l’équipement pour une brasserie de 500 litres, avec quatre fermenteurs de 1 000 litres », explique le copropriétaire, Marc-André Therrien. « Ça nous permettrait de faire cinq à six mille litres par mois, environ la moitié de ce que Full Beard produit à Timmins. »

Cet équipement leur coûterait environ 200 000 $, dit-il. C’est pourquoi ils ont eu recours à la société de développement. Toutefois, pour avoir droit au montant, ils doivent d’abord récolter 50 000 $.

Il y a 18 brasseries dans le Nord de l’Ontario.

Ils ont donc lancé une campagne de sociofinancement juste avant les fêtes.

« En quelques semaines, on a déjà réussi à amasser à peu près 30 % de notre objectif », raconte le jeune entrepreneur de Kapuskasing.

« C’est 16 ou 17 000 dollars. Mais tant qu’on n’a pas le plein montant, je me sens comme si le projet n’est pas vraiment commencé. »

De l’aide de la communauté

Les bières de Whiskeyjack sont maintenant disponibles dans des bars d’une douzaine de villes du Nord de l’Ontario.

Dans les derniers mois, la brasserie est aussi parvenue à vendre une de ses bières, la Cold Front, dans 13 LCBO de North Bay à Mattice.

« Ça a été un long processus », se rappelle le jeune entrepreneur. « Il y a beaucoup de bureaucratie. Mon partenaire avait essayé une première fois avant que je me joigne à l’équipe, mais la demande a été refusée. Mais au moins, on avait un dossier d’ouvert. Donc, on a soumis une deuxième bière et non seulement elle a été acceptée, mais on nous informe qu’elle se vend très bien. »

D’ici le printemps 2020, il espère qu’une deuxième de leur bière sera acceptée.

Pour l’instant, les deux partenaires font eux-mêmes la livraison.

« Dans une journée, on peut se rendre à North Bay et Sudbury et monter jusqu’à Kapuskasing le lendemain. On a beaucoup d’amis et de famille qui se promènent dans le Nord, donc des fois on leur donne des caisses à emmener avec eux. C’est un peu comme une business familiale. »

Une représentation artistique de ce à quoi une brasserie aurait pu ressembler à Val Rita. Gracieuseté 

Val Rita, pas le choix idéal

Lors des dernières années, la municipalité de Val Rita a tenté d’attirer une microbrasserie pour qu’elle s’installe dans l’ancienne église Sainte-Rita, désaffectée depuis 2010.

L’ancien conseiller municipal Justin Murray a alors approché M. Therrien, lui-même originaire de la région, pour l’inviter à considérer cet emplacement.

« Je lui ai dit que Val Rita, c’est loin en tabarnouche », se rappelle l’entrepreneur.

Luc Johnson et Marc-André Therrien, les propriétaires de Whiskeyjack Brewing. Gracieuseté 

« Au niveau géographique, ce n’était pas encourageant pour la distribution. Si tu veux vendre à Sudbury et à North Bay, c’est beaucoup de route. On est bien mieux situé à Temiskaming Shores », explique-t-il.

M. Therrien avoue que l’emplacement n’était pas idéal pour un bistrot non plus.

« C’est un beau projet, mais c’est une petite communauté qui ne grandit pas. Le futur des brasseries artisanales, c’est de réussir à amener le monde chez vous. Ça coûte moins cher en distribution, tu as de plus grandes marges de profit, et tu peux mieux contrôler ton produit. Les gens de Kapuskasing ont de la misère à se rendre à Moonbeam, je ne suis pas sûr qu’on arriverait à les attirer à Val Rita. »

Un marché « saturé »

Il y a actuellement 276 microbrasseries en Ontario, explique l’agent de communication d’Ontario Craft Brewerers. On en compte 18 dans le Nord de la province à des endroits comme Sudbury, Timmins et North Bay, mais aussi Kenora, South River et sur l’Île Manitoulin.

De plus, 80 nouvelles brasseries en phase de planification à travers la province comptent ouvrir leurs portes dans les prochaines années.

Ces statistiques inquiètent Dwayne Wanner, le propriétaire de Highlander Brewery.

« Tout le monde perd de l’argent », s’exclame M. Wanner. « Les brasseurs artisanaux échouent au rythme d’environ un par mois. »

Selon lui, l’Ontario n’a simplement pas la population pour soutenir autant de microbrasseurs.

« Si l’on regarde aux États-Unis, dans les régions où la bière artisanale fonctionne le mieux, il y a une brasserie par 50 000 habitants. Quand ce nombre diminue, les brasseries commencent à faire faillite. »

Selon ces chiffres, les quelque 14,57 millions d’habitants de l’Ontario devraient pouvoir soutenir les brasseries actuelles. Mais ce n’est que la moitié de l’histoire.

« À des endroits comme la Californie ou le Québec, la bière artisanale compte pour environ 12 à 15 % de la vente de bière. En Ontario, c’est seulement 7 %. »

Un plus grand défi dans le Nord

Selon M. Wanner, un des problèmes est que n’importe qui peut démarrer une brasserie.

« Si vous faites du vin, vous devez faire pousser des raisins et si vous faites du cidre, vous devez faire pousser des pommes. Mais puisque l’orge utilisée dans la fabrication de la bière ne pousse pas en Ontario, il n’y a pas de barrière à l’entrée. »

« Les gens pensent que s’ils savent faire une bonne bière, ils devraient avoir une brasserie. C’est faux. Avoir une brasserie, c’est savoir comment vendre de la bière », affirme-t-il. « N’importe qui peut faire une bonne bière assez facilement. La plupart des recettes ne sont même pas brevetées. »

Le Nord de l’Ontario est une région particulièrement difficile pour les brasseurs, ajoute-t-il.

« Les brasseries qui fonctionnent le mieux, ce sont celles au centre-ville de Toronto, qui peuvent vendre directement aux clients. Mais dans les petites villes, il faut vraiment compter sur le système de distribution de la LCBO. »

Toutefois, il juge que le modèle de bistrot-brasserie est le mieux adapté pour la région.

« Avoir un restaurant, c’est une manière d’aller chercher… Les gens viennent manger une pizza et goûter votre bière et repartent avec six bières en main. »

Marc-André Therrien demeure tout de même optimiste.

« Si la bière artisanale n’est pas à 10 % du marché, c’est qu’il y a encore beaucoup de place pour prendre de l’expansion », affirme-t-il.

« Les gens sont prêts à payer pour de la qualité ces jours-ci. Ils boivent pour l’expérience, pour découvrir de nouvelles saveurs », affirme le propriétaire.

« On voit certainement que plusieurs microbrasseries ne vont pas survivre. Il y a beaucoup de gens qui se lancent en affaire, mais qui ne connaissent pas bien le domaine. Mais ceux qui offrent un produit de qualité survivront. »

M. Wanner dit qu’il croit aussi au succès de Whiskeyjack.

« De tout le Nord de l’Ontario, Whiskeyjack et Fullbeard sont les brasseries les plus dynamiques. Elles ont les meilleures chances de réussir. »

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