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400 000 $ de nouveaux livres en français : les bibliothèques de Toronto y sont presque

Temps de lecture : 4 minutes

TORONTO – La gaffe était monumentale et a fait parler à travers le monde francophone  : le retrait annoncé de dizaines de milliers de livres en français dans les bibliothèques publiques de Toronto, en janvier. Mais depuis l’institution a corrigé le tir et progresse dans son objectif de gonfler la collection francophone.

L’année a débuté sur des chapeaux de roue pour la communauté franco-torontoise avec l’annonce du retrait de 26 000 livres en français des tablettes de leurs bibliothèques publiques. Cela représentait 18 % des ouvrages disponibles dans les bibliothèques de la Ville reine, avait alors pu confirmer ONFR+ qui faisait éclater au grand jour l’information.

La décision de retirer des dizaines de milliers de livres a obtenu une large couverture dans la francophonie avec des articles sur le site de TV5Monde, du site français Livres Hebdo ou du journal Le Devoir au Québec. Crédit image : archives ONFR+

Quarante-huit heures plus tard suite à l’intervention musclée des paliers de gouvernements fédéral, provincial et municipal, les bibliothèques publiques de Toronto revenaient sur leur décision. Mais ce n’est pas tout : l’organisation annonçait du même souffle qu’elle comptait doubler le budget annuel d’achat de matériel en français, le faisant passer de 200 000 $ à 400 000 $.

À deux mois de la fin de 2020, les bibliothèques publiques de Toronto sont en voient d’atteindre leur pari. En date du 27 octobre, 314 000 $ de matériel en français avait déjà été acheté, a confirmé l’organisme.

« Avec cette somme nous avons acheté des livres, des ouvrages électroniques, des livres audio, des DVD, des ensembles pour enfants, notamment. Nous sommes à 79 % du budget annoncé jusqu’à maintenant », fait savoir l’organisation dans un courriel envoyé à ONFR+. L’organisation dit vouloir dépenser l’ensemble du budget avant la fin de l’année.

L’atteinte prochaine de la cible promise relève de l’exploit, selon l’institution publique, alors que la pandémie a chamboulé les calendriers de publication et même empêché l’impression de certains ouvrages « chez des éditeurs anglophones, mais aussi francophones ».

La bibliothécaire en chef de Toronto, Vickery Bowles. Crédit image : les bibliothèques publiques de Toronto

« Même si la pandémie a eu un impact majeur sur nos opérations, les bibliothèques publiques de Toronto demeurent dédiées à améliorer nos collections francophones. Nous espérons aussi prendre le pouls de la population francophone lors des consultations publiques maintenant prévues pour 2021 », fait savoir la bibliothécaire en chef, Vickery Bowles.

Les consultations, initialement prévues à l’automne 2020, doivent permettre de mieux connaître les besoins des lecteurs franco-torontois, mais aussi de développer des stratégies pour les encourager à emprunter davantage d’ouvrages physiques ou électroniques.

Au cours des derniers mois, l’achat de livres en français a notamment permis de gonfler la collection virtuelle. Depuis un an, les emprunts de livres en français ont connu une augmentation de 121 % sur la plateforme virtuelle Cantook, en raison de la pandémie et du confinement, indique-t-on.

Octobre a aussi marqué l’entrée en fonction d’un responsable des collections francophones, ce qui n’existait plus depuis quelques années.

« Une très bonne nouvelle ! »

L’ancienne responsable des collections francophones des bibliothèques publiques de Toronto, Céline Marcoux-Hamade, a pris la parole publiquement pendant la « crise du livre francophone » au début de l’année. Elle avait dénoncé vivement la décision prise, mais aujourd’hui, elle salue les gestes posés par son ancien employeur.  

« C’est une très bonne nouvelle ! Quand je regarde les nouveautés qui arrivent, je crois qu’ils font un bon travail. Mais la clé est la promotion. Un employé francophone doit aller dans la communauté et dire ce qui est disponible en français, puis écouter ce que les gens veulent voir dans les collections », affirme-t-elle.

Céline Marcoux-Hamade (au premier plan) et Susan Caron, directrice des collections aux Bibliothèques publiques de Toronto. Photo prise lors d’une discussion sur la crise du livre francophone au Comité consultatif francophone de Toronto. Crédit image : Étienne Fortin-Gauthier

Elle demeure néanmoins sur ses gardes. « Il faut être indulgent sur le report en 2021 des consultations, mais il faut aussi continuer à être vigilant. Dans le meilleur des mondes, il faudrait renouveler le budget de 400 000 $ en 2021, car on a encore du chemin à faire pour améliorer les collections francophones », affirme Mme Marcoux-Hamade.

À ce sujet, les bibliothèques publiques de Toronto restent prudentes. « Nous ne savons pas encore quel sera le budget pour 2021. S’il y a une réduction généralisée des budgets, cela va affecter les budgets de toutes les collections, incluant celle francophone », affirme-t-on du côté de l’institution publique financée par la Ville de Toronto.

Aujourd’hui, les livres en français se retrouvent dans 78 des 100 emplacements du réseau des bibliothèques publiques de Toronto. Vingt-quatre ont des livres pour adultes et pour enfants, 54 autres se spécialisent dans les collections pour enfants.

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