Natalie Aubin nommée pour bâtir un nouveau système de santé en français
[LA RENCONTRE D’ONFR]
OTTAWA – Dirigeante chevronnée du domaine de la santé, Natalie Aubin a pris les rênes du nouveau Centre de planification des services de santé en français de l’Ontario (CPSSF). La province a confié à cette Sudburoise au parcours riche en postes à responsabilité la mission de transformer l’accès aux soins des francophones.
« Que représente pour vous le fait d’être la première personne à diriger ce nouveau centre?
Je trouve ça incroyable d’être capable de représenter un moment que je considère comme historique pour la santé des francophones, pour qui un tel système provincial soutenu par le gouvernement a toujours été un souhait. Aujourd’hui on existe, cela est un rêve incroyable pour ma part. De plus, être sélectionnée comme toute première directrice générale me tient particulièrement à cœur.
Quelles singularités de votre parcours vous ont conduite à cette nomination?
J’ai plusieurs expériences en santé mentale, cancérologie, pédiatrie et en services de santé en français auprès des Autochtones. Je me suis construit une carrière que j’ai beaucoup aimée et durant laquelle j’ai beaucoup appris.
Avec mes 20 ans d’expérience dans le système de la santé, dont 17 ans en leadership, tout ça combiné avec mon engagement pour la francophonie, je pense être la bonne personne pour ce rôle. Au cours de ma carrière, j’ai aussi eu le plaisir de travailler au niveau régional et provincial. J’ai commencé à titre d’intervenante auprès des jeunes en santé mentale au centre de santé d’Hamilton et Niagara, puis j’ai passé 14 ans avec Horizon Santé Nord à Sudbury à titre de vice-présidente régionale pour les services de cancérologie.
Quel moment a véritablement transformé votre parcours?
La pandémie a été une situation tellement marquante. C’était une période décisive tant au niveau du leadership que de mon développement personnel. L’une des bonnes choses de la pandémie, c’est qu’on a pu faire avancer les choses assez rapidement pour répondre aux besoins en ouvrant une première unité de toxicomanie et de soins aigus à Horizon Santé Nord à Sudbury. On avait trois mois pour le faire et je me demande encore comment on l’a fait, mais l’équipe était complètement déterminée, c’était incroyable. En fin de compte, cette unité est devenue une des meilleures pratiques médicales.

Quelles ont été vos premières actions en prenant vos fonctions au CPSSF?
Bien connaître les membres de mon équipe a été ma priorité. Je suis allée les rencontrer à Windsor, Sudbury, Newmarket, Hamilton, Niagara et Ottawa. Ils étaient tous motivés de bien mener notre mandat de centre de planification provinciale.
Quelle différence concrète le regroupement des six anciennes entités aura-t-il sur l’accessibilité de services de santé en français?
Ce centre remplace les six entités régionales qui existaient auparavant, et la grande différence, c’est celle d’avoir une seule voie unie ensemble dans la planification des services de santé. La structure précédente avait une portée provinciale limitée, c’est pourquoi on a entrepris cette modernisation. C’est ça notre mandat principal. Nous avons également un mandat de supervision des décisions au niveau de la planification, des ressources, ainsi de suite.
Comment les différentes entités ont-elles abordé cette transition?
Les employés des anciennes entités ont été affectés au centre lors de la transition et sont restés dispersés dans différentes régions de la province. On veut stabiliser et ouvrir ce nouveau centre, ce qui nous pousse à redéfinir certaines des nos anciennes procédures, mais aussi d’en continuer d’autres, telles que l’engagement communautaire et l’appui aux pourvoyeurs dans les processus de désignation.
Ça reste un changement conséquent pour les employés de transitionner de leur mandat initialement régional vers un mandat provincial, même avec le fort désir de contribuer à cette mission et vision commune. La constitution d’un conseil d’administration reste quelque chose de plus large que l’on va aborder plus tard dans la nouvelle année.
Quels seront vos principaux chantiers en tant que directrice générale?
J’ai plusieurs dossiers prioritaires, tels que la question des soins primaires, la santé mentale, la toxicomanie, les soins à domicile ou encore les soins de longue durée. À mesure que les priorités provinciales apparaitront, il restera important qu’on y soit présents dès le début, au niveau de la planification et jusqu’au point de décision.
Deux autres de mes priorités, c’est d’une part d’avoir une bonne stratégie pour être capable de mesurer nos progrès, parce qu’on doit être capable en tant que centre d’avoir accès et de partager ce genre d’informations. D’autre part, c’est d’être présent, peu importe la priorité, en tant que représentant des communautés francophones ontariennes. Ce centre est une opportunité historique pour les Franco-Ontariens, et c’est une grande tâche de vouloir bâtir un système de santé plus accessible et équitable pour les francophones.

Comment ce nouveau modèle contrôlé depuis un point unique peut-il servir les communautés francophones en milieu minoritaire?
Bien que la structure répond à un mandat provincial, elle entretient quand même de forts liens avec les différentes régions que nous desservons, parce qu’on doit bien comprendre que la réalité, quelle qu’elle soit n’est pas unique à tout le monde. C’est en prenant en compte ces variations régionales que nous établirons les bases d’une amélioration continue.
Comment gardez-vous la santé des francophones au cœur de vos priorités?
En réfléchissant à mes préoccupations, il s’agit majoritairement d’assurer que tout besoin francophone soit pleinement considéré dans la planification et le financement. On veut mener à une amélioration d’accès, car cette réalité d’accès a des répercussions directes sur l’expérience des patients et ultimement sur leur résultat de santé. Un accès constant aux services — que ce soit pour la santé primaire, la santé mentale ou les services d’urgence — reste donc une priorité.
Vous avez de l’expérience dans la direction d’organismes ainsi que dans des différents départements d’hôpitaux. Qu’est-ce qui vous attire dans le fait d’être en position de responsabilité?
L’expérience que j’apprécie le plus, c’est d’avoir de l’expérience dans la bonne gouvernance et dans la performance d’un système de santé du provincial au régional, donc c’est intéressant pour moi de faire l’application de ces expériences au développement de ce tout nouveau centre.
Après avoir été intervenante dans des centres de santé communautaire dans le début de ma carrière, j’ai commencé mes études doctorales parce qu’après ma maîtrise, j’avais un désir inné de comprendre le système dans lequel je travaillais.
Qu’est ce qui vous passionne dans le fait de faire partie d’un système complètement francophone?
J’ai étais élevée dans une famille francophone où l’on parlait juste le français, c’est ma culture, mon identité, ma famille et ma communauté. J’ai passé la majorité de ma vie à Sudbury depuis l’âge de deux ans. J’ai vécu pour un petit moment dans la région Niagara-Welland et un autre petit moment à Ottawa, mais la majorité de mon temps était ici. J’ai aussi fait mon baccalauréat, ma maîtrise et mon doctorat à l’Université Laurentienne.
Je suis Sudburoise jusqu’au bout. Notre territoire du Nord est tellement vaste et a des populations variées avec les Autochtones puis avec les nouveaux arrivants. Quand on travaille dans le Nord, on est maîtres de nos ressources, mais on souffre aussi parfois d’un manque de ressources, qu’elles soient humaines ou financières. Donc ça reste un défi d’y pratiquer. »
LES DATES-CLÉS DE NATALIE AUBIN :
1980 : Naissance à Elliot Lake, Ontario.
2004 : Rejoint le Centre de santé communautaire Hamilton/Niagara.
2012 : Devient directrice régionale du Centre de cancérologie du Nord-Est de l’Ontario.
2017 : Est recrutée comme professeure adjointe en santé rurale et du Nord à l’Université Laurentienne.
2022–2025 : Devient vice-présidente régionale, Cancérologie, et vice-présidente, Responsabilité sociale, Horizon Santé Nord / Santé Ontario.
2025 : Nommée directrice générale du Centre de planification des services de santé en français (CPSSF) et vice-présidente à l’Hôpital Montfort.
Chaque fin de semaine, ONFR rencontre un acteur des enjeux francophones en Ontario et au Canada.