Société

Toxicomanie à Ottawa : projet pilote et nouveau modèle d’intervention

Centre de santé communautaire du Centre-Ville, l’un des organismes bénéficiaires du financement annoncé pour lutter contre la crise des surdoses à Ottawa. Gracieuseté

OTTAWA – Pour faire face à la toxicomanie et la criminalité qui y est associée, un investissement fédéral de 1,2 million de dollars permettra d’augmenter la capacité d’intervention des organismes communautaires du centre-ville d’Ottawa. Le financement soutient notamment un projet pilote axé sur l’expertise vécue et la coordination des services.

Comme plusieurs autres villes au pays, Ottawa fait face a une crise qui prend de l’ampleur. En 2024, la Ville a enregistré 157 décès liés aux surdoses. Pour le seul mois de décembre 2025, 263 visites aux urgences ont été attribuées à une surdose de drogue soupçonnée.

Dans ce contexte, le gouvernement fédéral a débloqué des fonds pour la création, entre autres, d’un modèle d’intervention qui pourrait être implanté ailleurs.

Combler un déficit de financement

Deux volets de financement seront mis en place. Le premier concerne un projet pilote de 500 000 $, déployé depuis le 30 décembre et jusqu’à la fin de l’exercice financier fédéral, le 31 mars 2026. Il vise à combler un déficit de financement et à renforcer la capacité d’intervention sur le terrain.

« Ce financement va nous aider à augmenter les services déjà disponibles et à accroître notre capacité de 50 à 100 personnes par jour, notamment au centre-ville », explique Michelle Hurtubise, directrice générale du Centre de santé communautaire du Centre-Ville, dont l’organisme a reçu 120 893,75 $.

Michelle Hurtubise, directrice générale du Centre de santé communautaire du Centre-Ville, évoque un manque de ressources pour répondre aux besoins des personnes en situation d’itinérance. Gracieuseté

Actuellement, le Centre dessert environ 4500 personnes par année.

« Il y a des personnes qui attendent à l’extérieur de nos installations, mais nous sommes à pleine capacité chaque jour », souligne Mme Hurtubise, évoquant la pression constante sur les services existants.

L’organisme prévoit notamment l’ouverture d’un nouvel espace sur la rue Somerset, ainsi que le réaménagement de certains points de service afin de les rendre plus accessibles aux personnes en situation d’itinérance.

Plusieurs organismes communautaires bénéficieront aussi de ce soutien financier, notamment :

Opération Rentrer au foyer : 90 163,19 $

Ottawa Inner City Health : 121 643,55 $

Les Bergers de l’espoir : 27 940,69 $

Service paramédic d’Ottawa : 65 200,00 $

Services sociaux et communautaires : 71 801,77 $

Malgré ces investissements, les besoins demeurent importants. « Le manque d’hébergements avec soutien demeure l’un des principaux obstacles, explique Mme Hurtubise. Il ne suffit pas d’avoir un logement : les personnes ont besoin d’un accompagnement pour réussir leur stabilisation. »

Un projet axé sur l’expertise vécue

Pour Sarah Taylor, directrice des Services de sécurité communautaire, de bien-être, des politiques et des données analytiques à la Ville d’Ottawa, le projet pilote repose sur une approche concertée.

« En regroupant les organismes afin qu’ils planifient et mettent en œuvre conjointement leurs activités dans les secteurs prioritaires du centre-ville, le projet pilote permet de s’assurer que les programmes sont coordonnés et adaptés aux besoins communautaires », indique-t-elle.

L’un des éléments centraux du projet est l’inclusion d’activités conçues et dirigées par des pairs, soit des personnes ayant vécu ou vivant en situation d’itinérance.

« Les programmes sont façonnés par ceux et celles qui connaissent ces réalités de l’intérieur, ce qui renforce leur pertinence et leur efficacité », ajoute Mme Taylor.

La Ville prévoit la mise en place d’un cadre d’évaluation visant à recueillir des données, à suivre la participation et à obtenir les commentaires des partenaires, des pairs et des usagers.

« Ce processus permettra d’orienter les pratiques exemplaires et d’éclairer les options futures de programmes », précise Sarah Taylor.

De son côté, Michelle Hurtubise indique que les organismes sont toujours en phase de concertation avec la Ville.
« Nous sommes en discussion afin de finaliser les objectifs du projet, les activités à mettre en œuvre et les indicateurs qui permettront d’en évaluer les retombées », explique Mme Hurtubise.

Selon elle, les échanges sont également en cours avec les services paramédicaux et les autres partenaires afin de définir les interventions à privilégier et de recruter des personnes ayant une expérience vécue, dans l’objectif d’offrir des services concrets et adaptés aux besoins immédiats des personnes accompagnées.

Un modèle reproductible

Le second volet, financé à hauteur de 650 000 $ par Santé Canada et dirigé par le Centre canadien sur les dépendances et l’usage de substances, vise à élaborer un modèle reproductible à l’échelle nationale.

Entre le 1er janvier et le 31 décembre 2026, le Centre collaborera avec la Ville et ses partenaires afin d’analyser les systèmes existants, les données disponibles et les pratiques comparables ailleurs au pays.

L’objectif est d’identifier des mesures à court terme, de renforcer la capacité de réponse face à une crise jugée complexe et imprévisible.

Ville officiellement bilingue, Ottawa affirme par ailleurs vouloir tenir compte des réalités francophones.

« Les besoins des communautés francophones seront identifiés à travers des processus de mobilisation dirigés par des pairs, afin de garantir que les services financés soient accessibles en français et adaptés aux réalités vécues », assure Sarah Taylor.