Ottawa réintègrera le portrait de son premier maire francophone
OTTAWA – Lors du 19e Rendez-vous francophone annuel qui s’est tenu ce vendredi matin à l’hôtel de ville, le maire Mark Sutcliffe a annoncé deux initiatives marquant l’évolution de la francophonie à Ottawa : la correction d’un oubli historique et l’adhésion de la Ville à un réseau international.
C’est dans une formule renouvelée, proposant pour la première fois des places assises aux convives, que de nombreux dignitaires et chefs de file de la communauté se sont rassemblés ce vendredi matin à l’hôtel de ville d’Ottawa.
Le moment le plus solennel de la matinée fut le dévoilement du portrait de Joseph-Balsora Turgeon, premier maire francophone de Bytown, soit l’ancien nom d’Ottawa avant son incorporation, laquelle fête ses 200 ans cette année.
Élu premier maire francophone de Bytown en 1853, Joseph-Balsore Turgeon est une figure dont l’influence résonne encore aujourd’hui, bien que son image ait été absente des galeries officielles de la Ville pendant plus d’un siècle.
« C’était une question de justice historique […] la présence francophone définit Ottawa depuis bien avant sa fondation officielle », a fait savoir M. Sutcliffe qui a précisé avoir rectifié cet oubli grâce à une collaboration entre l’archiviste en chef Paul Henry et le Musée Bytown.
Le portrait, une photo datant de 1848, trônera dans l’édifice historique de l’hôtel de ville, flanqué d’une plaque commémorative.

« JB Turgeon n’était pas seulement un forgeron de métier, c’était un bâtisseur de ponts », a déclaré le maire Sutcliffe. Le maire a rappelé que c’est Turgeon qui a proposé de rebaptiser la ville « Ottawa », du mot algonquin Adawe, afin de choisir un nom neutre capable d’unir les solitudes anglophone et francophone.
Il fut également un pilier de la création du Collège de Bytown (l’actuelle Université d’Ottawa) et du système scolaire séparé.
« Bien que ce geste de dévoiler un portrait soit symbolique, il témoigne de notre engagement profond », a conclu Mark Sutcliffe. « Nous ne faisons pas que célébrer le passé; nous bâtissons une capitale où le français est un moteur de développement économique et culturel. »
Cap sur le Sommet de la Francophonie 2028
L’annonce la plus stratégique concerne le rayonnement international de la capitale. Le maire a confirmé que, suite à une collaboration étroite avec la ministre Caroline Mulroney et les députés fédéraux, le Canada briguera officiellement l’accueil du Sommet de la Francophonie en 2028 après avoir posé la candidature de la Ville plus tôt cette semaine.
« J’ai rencontré le Premier ministre Carney pour plaider la cause d’Ottawa, et je suis ravi qu’il nous ait écoutés », a précisé le maire.
En préparation pour cet événement qui réunit des chefs d’État de 90 pays, Mark Sutcliffe a officiellement rejoint l’Association internationale des maires francophones (AIMF), intégrant ainsi Ottawa dans un réseau mondial de villes influentes.
« J’ai décidé que c’est peut-être le temps de me joindre à cet organisme international pour rencontrer les autres maires des villes francophones […] pour connecter notre équipe ici à l’hôtel de ville avec les hôtels de ville partout au monde », a-t-il précisé en entrevue avec ONFR.
Des avancées mais encore des défis
L’élu en a aussi profité pour revenir sur les résultats du bilan sur les services en français pour l’année 2025 publiés un jour plus tôt.
D’une part, les indicateurs de satisfaction et de participation sont à la hausse. La Ville note une diminution de 27 % des plaintes déposées concernant les services en français, tandis que les inscriptions aux programmes récréatifs francophones ont progressé de 6 %.
D’autre part, le rapport – qui sera présenté au Comité des finances et des services organisationnels
le 7 avril prochain – souligne une stabilité dans la structure des effectifs : la proportion de postes désignés bilingues demeure à 16,7 % pour une deuxième année consécutive.
Interrogé par ONFR sur cette stagnation, Mark Sutcliffe a évoqué les défis de recrutement auxquels la municipalité fait face : « C’est toujours l’objectif d’avoir plus de personnel bilingue, mais il est parfois difficile de trouver le candidat idéal. Nous sommes en compétition avec le gouvernement fédéral pour les employés. Ce n’est pas toujours possible, mais c’est l’objectif. »
De son côté, l’ACFO Ottawa, dans un communiqué publié jeudi soir, reconnaît certaines avancées tout en exprimant des « préoccupations importantes ». L’organisme souligne notamment que si le nombre de plaintes a diminué, cela ne doit pas occulter les problèmes de fond, comme l’affichage unilingue ou l’offre de services incomplète.
Le président de l’ACFO Ottawa, Bobby Bourdeau, a d’ailleurs rappelé que le respect des droits linguistiques ne devrait jamais dépendre de la seule vigilance des citoyens : « La diminution des plaintes ne doit pas masquer l’enjeu de fond : pourquoi, en 2025, doit-on encore porter plainte pour obtenir un service dans sa langue? » affirme-t-il.
M. Sutcliffe a aussi affirmé « avoir corrigé le tir » concernant les enjeux soulevés par le Comité consultatif sur les services en français lors de sa dernière rencontre de novembre dernier. La Ville instaurera un mécanisme formel de rétroaction pour assurer un suivi systématique de ses recommandations auprès du personnel municipal. De plus, les rencontres budgétaires seront désormais décalées de deux semaines après le dépôt du budget pour permettre aux membres d’analyser un survol détaillé des investissements francophones avant de siéger.
Hommage à la Maison Marie-Louise
Enfin, le volet social de la rencontre a mis en lumière la Maison Marie-Louise, un pilier communautaire de Vanier depuis près de 30 ans.
En présence de la directrice générale Ginette Gratton et de sœur Louise Madore (des Sœurs de la Sagesse), le maire a remis une proclamation officielle honorant le rôle crucial de l’organisme auprès des familles francophones vulnérables de la région.

Le maire a réitéré le soutien financier de la Ville à d’autres projets structurants, tels que le nouveau MIFO à Orléans, le Centre de services communautaires Vanier, et la Maison de la Francophonie dans l’ouest ou encore la mise en place du balado OttaVoix qui met en vedette 17 employés francophones issus de différents secteurs de l’administration municipale.